C’est grâce à Ludger Duvernay si les Québécois font chaque année la fête, non seulement le 24 juin, mais aussi la veille et le lendemain.

C’est la fête à Ludger

«Il fait partie de ces journalistes qui n’hésitent pas à prendre la parole et la plume pour défendre leurs idées. Le mot neutralité ne semble pas exister à cette époque de grands débats. Toute sa vie gravitera autour de journaux engagés en faveur d’une cause, celle de la libération du Canada du joug de l’Angleterre.»

L’homme aux idées fortes dont il est question, c’est Ludger Duvernay, le fondateur de la Société Saint-Jean-Baptiste. Et celui qui l’a décrit ainsi, c’est l’éditeur Jacques Lanctôt, qui est aussi un ancien felquiste de la cellule Libération qui enleva en 1970 l’attaché commercial britannique James Richard Cross. C’était le début de ce qu’on appellera la Crise d’octobre.

Après un exil forcé de huit ans à Cuba et en France, Lanctôt décida de revenir au Québec et de purger une peine d’emprisonnement de trois ans pour son méfait.

On peut comprendre que celui-ci apparaisse admiratif de Duvernay, puisqu’à beaucoup d’égards, les deux hommes se ressemblent.

Lanctôt a été éditeur, comme Duvernay et comme ce dernier, il a fait de la prison pour ses idées, a subi l’exil et a été un patriote québécois de grande intensité.

Si dimanche, les Québécois fêteront pour une 184e fois leur fête nationale, c’est parce que le 24 juin 1834, Duvernay organisa un banquet dans les jardins de l’avocat John McDonald auquel participeront des personnalités qui ont fait l’histoire dont Jacques Viger, maire de Montréal, Louis-Hippolyte Lafontaine, George-Étienne Cartier, Thomas Brown… On porta plusieurs toasts au Parti patriote, mais aussi à l’Irlande et à la naissante République américaine… qui s’était affranchie des Britanniques.

L’année d’ensuite, on fêta la Saint-Jean-Baptiste à plusieurs endroits. Le mouvement était lancé. La fête patronale des «Canadiens-français» se transformera en officielle fête nationale des Québécois.

Duvernay est tout un personnage. Ce qu’on doit se rappeler, c’est qu’il y a eu beaucoup de Trois-Rivières dans cet homme.

Certes, il est né à Verchères et mourra à Montréal. Mais il fait à peine ses dix-huit ans quand, en 1817, il décide, lui qui a une formation d’imprimeur, de venir ouvrir sa propre imprimerie à Trois-Rivières.

Duvernay habitera Trois-Rivières jusqu’en 1826. Il y éditera un journal hebdomadaire, La Gazette des Trois-Rivières, qui connut beaucoup de succès mais qui manqua sans doute de rentabilité. Il éditera aussi, le temps d’une élection, pour soutenir un candidat, l’Argus, présenté comme un «journal électorique». Il publia aussi Le Constitutionnel et L’Ami de la religion et du roi.

Pour gagner sa vie, Duvernay sera aussi gérant de la voirie municipale et inspecteur des ponts et chemins. Il deviendra même inspecteur du service des incendies. Il maria Reine Harnois, une fille de Louiseville.

Il gagna finalement Montréal pour y publier le Canadian Spectator, mais surtout, il acheta La Minerve pour en faire un véritable journal de combat en soutien au fort mouvement patriotique qui avait cours alors et au Parti patriote de Louis-Joseph Papineau.

Duvernay sera accusé à quelques reprises pour des propos jugés diffamatoires publiés dans ses journaux. Il devra pour cela en quelques occasions prendre le chemin de la prison… mais triomphalement et chaque fois escorté de chauds partisans.

En 1837, il sera élu député de Lachenaie pour le Parti patriote. Mais la rébellion est en cours et Duvernay prendra la tête d’un bataillon de patriotes qui engagea la bataille à Moore’s Corner. Peu nombreux et mal équipés, lui et ses hommes furent contraints à abandonner le combat et Duvernay, à fuir aux États-Unis. À Burlington où il se réfugia, il en profita pour fonder un journal, Le Patriote canadien.

Il revint à Montréal en 1842 où on l’invita à remettre sur pied et mieux structurer ce qui deviendra la Société Saint-Jean-Baptiste.

C’est donc grâce à Ludger Duvernay si les Québécois font chaque année la fête, non seulement le 24 juin, mais aussi la veille et le lendemain.

Il y aura bien sûr quelques discours ici et là à forte saveur patriotique. Mais puisqu’elle a glissé de fête patronale en fête nationale, elle se veut aujourd’hui plus inclusive et s’adresse à tous les Québécois, peu importe leur langue, leur religion, leur couleur de peau ou leur préférence politique.

Le patriotisme québécois, armes à la main, comme l’a connu et pratiqué Duvernay ou les felquistes dans les années 1960, n’a plus cours.

Il a même glissé, après deux échecs référendaires, vers un nationalisme de grand accommodement avec le fédéral.

Duvernay ne s’y retrouverait plus. Par contre, il trouverait de grandes ressemblances avec le mouvement patriote d’après-rébellion.

Les luttes intestines s’étaient multipliées et les partisans se partageaient dans diverses factions et à l’intérieur de partis politiques concurrents, entre Louis-Joseph Papineau et Louis-Hippolyte Lafontaine, entre autres.

Quand on regarde les divisions qui ont éclaté au cours des dernières semaines au sein du Bloc québécois et le fait qu’il y aura encore aux prochaines élections québécoises deux partis indépendantistes qui s’entredéchirent, le Parti québécois et Québec solidaire, avec en plus un ancien péquiste à la tête de la Coalition Avenir Québec, on se dit que l’histoire se répète.

Ce qui fait que peu importe ses sensibilités politiques, c’est vraiment la fête de tous les Québécois. Alors, dehors et bonne fête gang!

Coup de cœur: 27 fois merci à Vlad. Oui, à Vladimir Guerrero qui s’est fait autant de «fans» à Trois-Rivières par sa personnalité attachante qu’il s’en était fait avec son coup de bâton pour les Expos.

Coup de griffe: Le 22 juin 1908, c’était des jeunes qui avaient mis le feu sur la rue Saint-Georges, mais accidentellement. Le 22 juin 2018, c’est des adultes, des grutiers, qui ont mis le feu sur la même rue en refusant de lever la passerelle qui obstrue l’accès au nouveau restaurant Brasier 1908.