Jean-Marc Beaudoin
Pour l’instant, on surfe encore sur l’euphorie des Fêtes et pour une solide majorité, c’est grâce à la généreuse collaboration de la SAQ.
Pour l’instant, on surfe encore sur l’euphorie des Fêtes et pour une solide majorité, c’est grâce à la généreuse collaboration de la SAQ.

C’est dans le temps du jour de l’An

CHRONIQUE / On peut imaginer que la dinde et les tourtières sont maintenant digérées.

Ok, mettons que l’agneau braisé ou, pour les sophistiqués, le filet en croûte richement badigeonné de foie, de canard bien sûr, ne sont plus qu’un souvenir... jusqu’à l’arrivée de la facture de la carte de crédit.

Même chez les puristes de la tradition, on devrait tenir pour acquis que le plus gras des ragoûts de pattes de cochon a finalement pu être lui aussi évacué.

Dans ce dernier cas, pour que la page soit tournée, il a peut-être cependant fallu un peu plus de temps qu’il n’en a pris à nos grands patrons pour encaisser le salaire annuel moyen d’une personne qui occupe un emploi: 34 heures et des poussières.

Alors, imaginez s’il fallait s’en référer à ceux qui dépendent d’un chèque, en raison de l’âge ou de n’importe quoi d’autre... On ne serait même pas rendu aux reprises des émissions de fin d’année de Radio-Canada que ce serait déjà fait.

En fait, personne n’avait vraiment fini de digérer le presque indigeste Bye Bye que les poches sans fond de nos grands patrons vénérés étaient déjà mieux regarnies que les nôtres ne le seront à la fin de la nouvelle année.

On a suggéré «vénérés», car autrement on pourrait se faire taxer de jaloux, d’envieux, de frustrés, de limités et, dans le cas des femmes, de mal... quelque chose. Ou, avec le langage plus coloré qu’érudit d’un maire déneigeur de chez nous, d’être dans leur période.

Il reste que toutes ces émissions de fin d’année ont été divertissantes, et cela peut surprendre, mais la satisfaction des téléspectateurs a été à l’inverse de leurs côtes d’écoute.

La plus appréciée, mais la moins écoutée des quatre, a bien sûr été En direct de l’univers, pour laquelle on a dû signer l’équivalent de tous les artistes d’un Gala des artistes, pas juste les nommés ou nominés, mais tous ceux qui sont dans la salle.

Pour distraire le bon peuple, on ne manque décidément pas de moyens financiers à RC. C’est qui qui paye?

Pour l’instant, on surfe encore sur l’euphorie des Fêtes et pour une solide majorité, c’est grâce à la généreuse collaboration de la SAQ. Pas vraiment de la SQDC, qui a commencé l’année sans bonbons, juste avec des petites tisanes sans émotions.

Quand on veut du bon thé ou des tisanes qui ont du tonus, on n’a qu’à s’arrêter à l’Urbanithé, au centre-ville de Trois-Rivières.

Il y a aussi quelque chose de nouveau en 2020 au Québec: le test des valeurs qui sera imposé à tous les étrangers qui souhaitent devenir de futurs Québécois.

On ne peut pas dire encore quel sera le premier échec de l’année au test des valeurs.

Avant de le faire passer à tous ces terriens d’outre-mer qui «rêvent» du Québec, le gouvernement devrait le tester vraiment en le faisant subir à tous les Québécois. Sans aller jusqu’à menacer d’expulsion ceux qui n’obtiendraient pas la note de passage… quoique!

On peut s’amuser encore un peu, car dès la semaine prochaine, on va redevenir grognon.

C’est comme ça chaque année, avec la livraison toujours précoce des comptes de taxes municipales.

On sait bien qu’il y a eu partout des hausses de taux de taxation, souvent au-dessus du coût de la vie, parfois au niveau de celui-ci et beaucoup plus rarement, en deçà. Mais avec l’arrivée de la douleur annuelle, on mesure concrètement l’effort de guerre qu’il nous faut désormais assumer et on peut légitimement éprouver un vertige devant l’ampleur révélée de notre misère contribuable.

On ne va pas les défendre, mais si plusieurs des villes de la région reçoivent de la péréquation municipale, c’est parce que les valeurs foncières souffrent de la comparaison avec celles d’autres régions du Québec. Il faut compenser par un petit coup de crayon sur le taux de taxation.

Mais on va laisser à nos élus, maires en tête, le martyre d’assumer, comme on se complaît chaque année à les regarder se justifier, non sans une bonne jouissance, la laborieuse défense de leurs budgets.

Et on fera semblant de ne rien comprendre à leurs savantes explications en leur répliquant que nos revenus personnels, eux, pour bon nombre, ne suivent même pas l’inflation. On les implorera de cesser de créer de la richesse, car comme citoyens, on n’a décidément plus les moyens d’être riches. Que leur tsunami fiscal (faut un peu exagérer) va emporter nos humbles chaumières.

Même si ça n’a pas vraiment adonné cette année, nos contribuables peuvent quand même espérer qu’on est entré dans une certaine ère d’accalmie.

L’époque des grands projets et des grands événements est achevée. On entre dans une ère de consolidation des actifs et des acquis. Nulle part on n’annonce de construction de super-édifices comme un colisée ou un amphithéâtre.

On n’entreprend pas qu’une nouvelle année. Avec 2020, on se dirige surtout vers une nouvelle décennie, avec des valeurs nouvelles et des considérations différentes.

Les grands besoins de faire rayonner nos villes, qui voulaient peut-être revivre le glamour de leurs gloires industrielles perdues, vont faire place à ce qu’on pourrait appeler un grand souci citoyen.

Ce qui va faire de plus en plus recette, c’est le service au citoyen. C’est ce qui va générer de la douceur de vivre.

Cela va passer davantage par une piste cyclable additionnelle ou améliorée, par exemple, que par un gros édifice de prestige qui doit être supporté par les contribuables.

On voudra des villes conviviales bien sûr, mais à échelle humaine. Des villes résolument plus vertes, façonnées par les grandes sensibilités écologiques qui balaient la planète.

Des villes où l’on préserve le meilleur du passé en s’accordant à l’air du nouveau temps.

C’est ce qu’on mérite. C’est ce qu’on se souhaite.