La plage de Varadero à Cuba.

C'est comme ça que ça se passe...

Dans leurs prétentions, qui peuvent parfois frôler la vanité, les politiciens sont persuadés qu'entre la dinde et les atocas, les conversations des grandes rencontres familiales ou d'amis du temps des Fêtes vont porter sur eux, leurs décisions, leur personnalité... en fait sur leur personne.
Leurs prestations, sont-ils convaincus, vont être au coeur d'échanges plus enflammés les uns que les autres. Ils constitueront le grand centre d'intérêt du bon peuple.
Il faut d'abord démystifier la question de la boustifaille. D'abord, avec les familles plus courtes d'aujourd'hui, la dinde existe encore, mais sa forte corpulence l'éloigne de plus en plus des tables du temps des Fêtes. À moins d'être passionné de vol-au-vent et de pâtés à la dinde pour évacuer les restes pendant des semaines. 
La cote va plutôt aux pratiques petits roulés de boeuf, de porc et de tout ce que vous voulez. Il y a des précieux qui vont se risquer à l'osso buco, de porc plutôt que de veau, parce que l'offre est abondante et que le prix et nettement plus bas. Certains vont s'offrir le petit jarret d'agneau. Quand même moins cher que la côte de boeuf ou le filet, très mignon, sauf dans le prix.
Mais, surtout, maintenant, il y a le canard. À bien articuler le mot canard pour que le nard ressorte.  Même si c'est celui de l'ineffable quétaine, auquel personne ne voudrait s'associer, de Plaisirs Gastronomiques, celui qui a eu une indigestion fatale durant le Bye Bye
Il n'y a finalement que la tourtière ou le pâté à la viande qui demeurent des incontournables.
On ne dissertera pas davantage sur tous ces liquides qui ont pu, ou dû être ingurgités pour faire passer tous ces excès de table, ces inévitables grandes libations qui libèrent en même temps que l'estomac, la parole. Même si beaucoup n'aimeraient pas être cités le lendemain. C'est le temps des Fêtes où tout se pardonne... ou presque.
Alors, de quoi parle-t-on au juste dans nos chaumières? Du Canadien? Depuis que Péké n'est plus là, ce n'est pas le sujet le plus palpitant pour les femmes. Et puis, comme à chaque année, quand on approche du jour de l'An, on ressent toujours comme une mauvaise impression que l'odeur de la coupe est encore en train de se dissiper. Dans ce contexte, les hommes n'insistent pas.
Les maladies des uns, la santé des autres, ça n'allonge pas les échanges.
La politique, donc? Oui, mais au risque de décevoir nos politiciens, lorsque le sujet est tombé dans l'assiette, il n'y avait toujours qu'une vedette, comme ces atocas rouges vifs qui ne peuvent que, momentanément, capter l'attention. 
Même si avec notre carte de crédit collective, il a beaucoup joué au père Noël, tant pis pour Trudeau-le-jeune. Personne n'avait de selfie avec lui à ses côtés, tout «smilant», à exhiber.  Presque «out» des délires festifs. Tout comme Philippe Couillard. Au mieux, un opposant va parfois risquer son nom, en le baptisant «Couillon», bien sûr. Mais ça ne lève pas. Ça ne mord pas. Tout comme son ministre de la Santé, si facilement caricatural, que lorsqu'il est évoqué, on l'appelle toujours le «gros Barrette», même si depuis qu'il s'est mis aux patates en poudre et au manger texturé, il est devenu pas loin d'être «slim». Avec les restes, le passé reste.
L'année des élections municipales n'a pas non plus été un élément déclencheur. Remarquez qu'à quelques mois de la nouvelle échéance électorale, nos maires n'aient pas constitué d'éléments déclencheurs autour de la table quand les verres s'entrechoquent, ça peut être interprété comme un bon signe de leur part. Ils vont se dire que c'est parce qu'on n'a pas suffisamment de mal à dire contre eux, s'il en est ainsi. 
On va leur demander juste un peu de patience, le temps que leurs adversaires se fassent connaître ou se confirment pour que le défoulement verbal refoulé, s'il en est, explose. 
Dommage pour tous ces indifférés, s'il y a eu une vedette politique à l'honneur cette année, ce fut le président désigné des Américains pas encore résignés, leur vaniteuse comète toupettée teinte blond-roux, Donald Trump. 
Encore là, si par son élection, il révèle le grand cynisme des électeurs, aux USA comme partout ailleurs dans le monde, à l'endroit des politiciens et de leurs politiques appauvrissantes, monétairement, intellectuellement, même spirituellement, cela va de soi, ce président-poutine a plus fait lever le coeur qu'avancer les assiettes parce qu'on en redemandait. Trop indigeste, comme notre playboy à bon marché de PG, pour qu'on allonge les conversations sur lui.
De quoi les Québécois ont-ils donc pu nourrir leur appétit verbal de ces longues soirées festives? 
De soleil, tout simplement de soleil. C'est fou comme le sud n'a plus de secrets pour les uns et les autres. On connaît tous les resorts des Caraïbes, de la Jamaïque, des Bahamas, du Mexique, de l'Amérique centrale... Ça, c'est un quatre, mais il a une étoile de trop. Celui-là, c'est presque un cinq. Mais la plage est pas belle. Par contre, c'était propre et on n'a pas manqué d'eau chaude. Ouais mais j'aime mieux les Cubains que les Dominicains. Sont plus souriants. La bouffe s'améliore à Cuba, mais il n'y a pas d'Internet. Les Mexicains sont assez gentils, aussi... À Playa Del Carmen, c'est-tu le fun. Il y a le Los Tabernacos...
Le problème, c'est que les prix baissent pas. On va attendre. Les deals sont rares... C'est parce que c'est calculé en dollars US.
Les Québécois sont devenus de véritables spécialistes des destinations-soleil. Ils connaissent tous les hôtels, toutes les plages, vont vous décrire la végétation de chaque place, parce qu'ils y sont allés, qu'ils en ont entendu parler ou parce qu'ils ont lu les commentaires des autres touristes. 
C'est ce qui est devenu le grand sujet de conversation des soirées des Fêtes. Vous allez où ou tu pars quand cette année? Voilà ce qu'on se demande. Nous, ça sera en mars... à tel hôtel. C'est pas un cinq, mais ça le vaut...
Tant pis si nos politiciens sont déçus de ne pas avoir été le sujet de nos grandes préoccupations du temps des Fêtes. On va les rassurer. Ils auront leur tour. On va parler d'eux. Mais est-ce que ça sera en termes aussi élogieux que de cette belle plage sablonneuse aux eaux turquoises où on s'est trempé les pieds? C'est moins sûr.
Coup de griffe: S'il y a une tempête de neige, le 5 novembre, jour d'élections municipales, est-ce qu'on déneigera les rues et les trottoirs à  la même vitesse qu'en ce moment?
Coup de coeur: À Trois-Rivières, Shawinigan et La Tuque, toutes trois dans le Top 5 des millionnaires de la péréquation. Ça nous fait ça de moins sur nos comptes de taxes.