Une affiche pour retrouver Cédrika Provencher, peu de temps après son enlèvement.

Cédrika: impossible d'oublier

Cela fera dix ans lundi. On ne l'a pas oubliée. Parce qu'on ne veut pas oublier.
Cédrika serait aujourd'hui, au bord de ses vingt ans, devenue une jeune femme, prête à mordre dans la vie, avec toute la vivacité que laissait deviner chez elle son petit visage poupin de gamine enjouée, aux yeux vifs et profonds, apparu à l'été 2007 sur des milliers d'affiches, partout à travers le Québec.
On s'est collectivement beaucoup trop investi affectivement dans cette fillette pour qu'on accepte peut-être, parfois, de tourner une page, mais jamais de fermer le livre.
On l'a dit, on l'a écrit, Cédrika a été comme adoptée par la population québécoise. On s'est pris à vouloir la serrer tout un chacun dans nos bras, parce que si cela s'était produit, cela aurait voulu dire qu'elle était délivrée.
C'est à sa recherche que s'est à l'époque spontanément lancée toute une population.
Jamais une disparition d'enfant n'avait causé autant d'émoi et réveillé à ce point au plus creux de chacun le meilleur de l'humain, alors qu'elle en avait vécu le pire. Il faut dire que jamais une famille ne s'était autant démenée pour soutenir l'intérêt public afin de garder aiguisée au maximum la vigilance populaire.
Jamais les médias n'avaient pour leur part accordé autant d'importance à une disparition d'enfant rapidement transformée à l'évidence en enlèvement. Jamais non plus la Sûreté du Québec n'avait déployé des effectifs d'une telle ampleur, jusqu'à une soixantaine d'enquêteurs à un certain moment, dans l'espoir d'en arriver à un dénouement rapide.
Même les implications majeures de personnalités connues, comme le reporter criminaliste Claude Poirier ou l'avocat Guy Bertrand, en pro bono, n'ont pourtant permis à l'enquête de progresser. Même l'argent n'a servi à rien, car il a été offert jusqu'à 170 000 $ à quiconque fournirait des renseignements qui permettraient de retrouver Cédrika et qui conduiraient à l'arrestation de son ravisseur.
On connaît aujourd'hui une partie de son histoire depuis que des chasseurs, à la fin de l'automne 2015, ont retrouvé des ossements de la fillette dans un boisé broussailleux, à proximité de l'autoroute, aux limites est de la ville. 
Du coup, on découvrait que le ravisseur était aussi un assassin et on pouvait déduire, puisque le corps avait été disposé à une dizaine de minutes seulement du petit parc Chapais où elle avait été enlevée, que ce monstre était probablement l'un des nôtres. 
Il y a bien eu depuis de graves spéculations sur celui qui pourrait être l'auteur du crime, mais aucune accusation n'a à ce jour encore pu être portée contre qui que ce soit. La prudence reste de mise, même si l'opinion publique ne s'embarrasse pas de telles considérations. 
L'ignoble tueur reste toujours un impuni. Pour l'instant. Au moins, on peut penser  que s'il peut encore marcher dans nos rues, ce n'est pas  en homme véritablement libre. L'air qu'il respire est empoisonné par la honte qui ne peut que l'habiter, on espère le regret, et la connaissance qu'il ne peut ignorer du dégoût collectif que son crime a généré.
C'est une bien piètre consolation. Car tant qu'on ne connaîtra pas l'auteur du crime et tant que celui-ci n'aura pas reçu la punition qu'il mérite, il persistera un grand malaise et beaucoup de frustration dans la population. Une grande impression d'injustice. 
Ce refus d'oublier ce qui s'est passé même si on a retrouvé ses restes démontre la grandeur de l'attachement de la population à l'endroit de Cédrika. Tout le monde la connaît, tout le monde l'aime. On dépose encore des fleurs et des peluches, parce qu'elle les aimait tant, à la roseraie du petit parc qui porte son nom et au pied de la clôture, face au boisé où on l'a retrouvée.
Depuis qu'on sait qu'elle n'est pas tenue en captivité quelque part, soumise à un abuseur dégoûtant, il s'est instauré comme un léger soulagement. Une première petite délivrance, comme l'a aussi rapporté Martin, son père. 
Comme lui, c'est moins les détails qui ont entouré ses derniers instants, il y a de cela dix ans, qu'il importe maintenant de connaître. 
Le coupable est déjà un condamné.
Avec son sourire espiègle, ses cheveux roux regroupés en nattes, son petit air ingénu, son sourire généreux, c'est comme ça qu'elle nous est apparue sur les affiches. C'est comme ça qu'elle va rester dans la mémoire de tous. Une petite jeune fille radieuse... qui ne vieillira pas. 
Coup de griffe
Avec un dossier comme la Villa du jardin fleuri, on peut se demander s'il reste une once d'humanisme et de compassion dans le système. Vaut mieux ne pas être vieux.
Coup de coeur
Tant mieux si les criminels perdent leur spécialité à Trois-Rivières, devenue la ville plus sécuritaire du Canada. On est loin du red light de la rue Des Forges des années 50.