Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
On a proposé à plusieurs endroits des paniers remplis de produits agroalimentaires ou variés conçus et fabriqués dans la place.
On a proposé à plusieurs endroits des paniers remplis de produits agroalimentaires ou variés conçus et fabriqués dans la place.

Ce geste identitaire nécessaire

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Ce qui pourrait faire la différence dans la reprise économique régionale, quand elle s’amorcera, c’est le grand mouvement de solidarité qui a émergé à la faveur de la pandémie, l’achat local.

Que la reprise prenne la forme d’un V ou d’un W, on peut croire que la forte tendance qui s’est manifestée depuis plusieurs mois de chercher à favoriser dans nos approvisionnements nos producteurs ou entrepreneurs de la région va se maintenir et probablement, s’intensifier.

Partout en Mauricie comme au Centre-du-Québec, l’achat local est devenu un véritable leitmotiv.

Toutes les chambres de commerce, les organismes de développement économique, les municipalités, les regroupements d’affaires ont lancé des campagnes de sensibilisation et d’encouragement à prioriser les biens et les services produits ou offerts dans le voisinage.

Cela a pris toutes sortes de formes et permis à plusieurs établissements, et on pense en particulier aux restaurateurs, de «survivre», mais à d’autres de se faire découvrir et parfois de prendre de l’ampleur.

On a aussi proposé à plusieurs endroits des paniers, remplis de produits agroalimentaires ou variés, conçus et fabriqués dans la place.

La période des Fêtes a été particulièrement propice à ce genre de distribution et il s’est avéré qu’à bien des endroits, l’expérience s’est révélée une réussite au-delà des prévisions.

Ces succès témoignent que cet esprit d’achat local correspond à une volonté sociale plus que disposée à s’affirmer.

En principe, ce n’est pas nouveau. Du plus loin que l’on remonte dans le temps, on découvrira qu’il y a toujours eu des campagnes de promotion pour favoriser l’achat de produits locaux et privilégier le commerçant de la place.

Déjà, il y a une quinzaine d’années, la Ville de Shawinigan avait financé une étude de la firme Géocom qui avait évalué à 120 millions $ les achats qui échappaient à l’économie locale.

Si à Trois-Rivières, par exemple, chaque ménage consacrait 5 $ de plus à ses dépenses locales hebdomadaires en biens ou services locaux, cela générerait 15 millions $ dans l’économie de la place. De quoi faire une différence.

Le mouvement d’achat local qui a pris beaucoup d’ampleur en Mauricie et au Centre-du-Québec a été assez généralisé dans les régions du Québec.

Québec l’a beaucoup stimulé par des publicités dans ce sens mais aussi par la mise en place de son Panier bleu qui identifie pour chaque région une large gamme de produits locaux. On se rappellera peut-être de la campagne de «Mettez le Québec dans votre assiette», en 2008. Même si la formule doit être affinée, l’accueil pour le Panier bleu a été plus senti et on sait qu’il va durer dans le temps.

On n’oublie pas, dès le début du premier confinement, en mars 2020, les exhortations du premier ministre François Legault à s’approvisionner le plus possible auprès de producteurs ou fabricants locaux.

Il faut dire que, même si l’incitation à s’y adonner a toujours existé, l’achat local faisait déjà tendance depuis quelques années. La pandémie a permis de concrétiser cet élan qui prenait forme.

Il y a différents mouvements qui militent en faveur de ces nouveaux réflexes de consommation et le plus important est bien sûr venu des préoccupations écologiques, partagées par l’ensemble de la population.

On a tous compris que plus un produit ou un bien vient de loin, plus il implique de l’emballage, de la manutention, du transport, donc beaucoup d’émissions de gaz à effet de serre.

Ce qui est peu compatible avec l’idée de consommation responsable de laquelle se réclame une majorité de Québécois et au développement que l’on veut durable et auquel on souscrit aussi abondamment.

Bien sûr, on ne peut pas tout fabriquer, ni tout produire ou tout faire pousser localement. Il est facile de se précipiter sur les fraises du Québec quand elles apparaissent sur les comptoirs ou d’aller les cueillir aux champs, mais ça restera peu vraisemblable pour les ananas ou les bananes.

Ce qui est rassurant par contre, c’est que, selon l’Observatoire de la consommation responsable, plus de six Québécois sur dix se sont adonnés durant la pandémie à l’achat local et qu’une forte majorité d’entre eux compte bien continuer quand la COVID et les restrictions qui en découlent seront devenues choses du passé. Ce ne sera pas une mode passagère.

Il restera pour un certain nombre une sensibilité au prix, que l’on présume parfois, mais souvent à tort, plus élevé pour un produit local qu’importé.

Mais l’expérience pandémique a permis d’apprécier la plupart du temps l’indéniable qualité supérieure des produits locaux et, il faut le dire, de ressentir une certaine satisfaction à se les procurer et à le faire savoir.

Beaucoup de gens, pour donner le ton, souvent en éprouvant une certaine valorisation personnelle, ont fait état avec fierté des commandes ou des achats faits auprès de fabricants, producteurs ou commerçants de leur coin, ou de pas loin.

On devrait d’ailleurs inciter tout le monde qui a ce souci régional à ne pas hésiter à le faire savoir, d’exhiber ses achats et de le crier sur tous les toits. Pour en stimuler d’autres, pour l’effet d’entraînement.

Si cette pratique de l’achat de produits locaux ou auprès de commerçants de la place a été précieuse durant les confinements, elle sera déterminante à la réouverture de l’ensemble des activités commerciales.

Plus on adhérera à ce réflexe de privilégier la région, plus on contribuera à se préserver une qualité de vie. Ce sera la façon de faire mentir les déprimantes prédictions de faillites à la chaîne.

Dans cet univers de PME qui maintenant nous caractérise, plus le privilège local sera élevé, plus le tissu social sera serré, plus notre milieu de vie sera vivant, dynamique et agréable.

L’achat local, c’est un geste de cœur, c’est peut-être même un geste égoïste compte tenu de la satisfaction qu’on en retire.

C’est aussi un geste politique parce que c’est un acte d’affirmation identitaire. C’est ce qui fera ou pas la différence. Avec l’engouement que la région a témoigné pour cela, la cause est pas mal entendue.