Les lockoutés d’ABI s’étaient massés au pied de l’édifice abritant le bureau du député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

Ça rentre ou ça pète quand?

Il faisait plus froid la nuit dernière qu’il y a un an, jour pour jour, heure pour heure, quand la direction de l’Aluminerie de Bécancour a décrété son lock-out.

C’est dire qu’il n’y a pas eu de progrès du côté météo, mais dans les relations rompues entre l’employeur et le syndicat des métallos qui représente les 1030 employés mis en piquetage forcé, s’il fallait en plus d’ajouter à l’écart de température extérieure celui «ressenti» dans les relations de travail, on atteindrait un froid extrême.

C’est ce qui est décourageant dans ce conflit, déjà devenu le plus long de l’industrie de l’aluminium au Québec. Plus on avance dans le temps, plus on semble reculer dans les espoirs d’en venir à une entente. Malgré que les deux parties, prises séparément, affirment souhaiter un règlement, négocié dans chaque cas, dans les faits, leurs positions apparaissent plus irréconciliables qu’au moment du rejet massif de l’offre globale et «finale» de la direction et de l’application du lock-out qui en a découlé.

Le ministère du Travail, son médiateur spécial Lucien Bouchard et maintenant le ministre et député de Trois-Rivières, Jean Boulet en savent quelque chose.

On peut se demander malgré tout si le conflit va pouvoir être terminé un jour et quand?

Quand? La réponse pourrait être brutale. Dans le contexte actuel et pour ce qu’on en observe, ce sera quand la haute direction d’Alcoa, à Pittsburgh, jugera que le moral des lockoutés est suffisamment bas, même à terre, que l’heure est enfin arrivée pour elle de resoumettre une ultime proposition «globale et finale», beaucoup moins généreuse que celle de l’an passé, mais suffisante pour des troupes devenues affamées.

D’une façon plus prosaïque, on pourrait dire quand la direction aura l’impression, si ce n’est la conviction, que sa réduction de personnel (190 employés), la flexibilité dans la mobilité de sa main-d’œuvre, quelques petits changements au régime futur de pension, et quelques autres babioles qu’elle réclame aujourd’hui lui seront concédés presque à bras ouverts.

Une proposition de cet ordre, accompagnée d’une menace même pas voilée d’une fermeture définitive de l’usine, serait assurément de nature à secouer, au moins quelques centaines d’employés, dont la situation financière est devenue précaire.

On parle ici de ceux qui n’occupent pas un travail ailleurs, dont le revenu qui s’ajoute à l’allocation de lock-out non imposable de 635$ par semaine, a rétabli une bonne zone de confort et qui peuvent plus qu’aisément «continuer le combat».

On n’a pas de statistiques sur le nombre d’employés d’ABI qui occupent un emploi, mais, dans un certain sens, le lock-out a plutôt bien tombé compte tenu des besoins criants en main-d’œuvre dans la région en 2018 alors que le taux de chômage a atteint un plancher historique. C’était assez facile de se dénicher un petit à-côté.

Cela n’aide évidemment pas à faciliter un retour au travail à des conditions qui resteraient au-delà de la moyenne en industrie, mais qui deviendraient les plus basses du secteur de l’aluminium au Québec, comme cela s’est produit à Alma, après un conflit de six mois.

Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

On serait justifié de se demander si après Rio Tinto, qui a fait son «effort» à Alma pour réduire les conditions de travail de son usine et briser un peu l’esprit syndical militant de ses travailleurs, on n’a pas suggéré à Alcoa que c’était à son tour de faire une contribution à cette œuvre commune pour l’industrie de l’aluminium au Québec.

Quand on prend connaissance des propos du président et chef de la direction de l’Association de l’aluminium du Canada, rapportés vendredi dans Le Nouvelliste, on apprend que l’ensemble de cette industrie au Québec se doit d’abaisser ses coûts de production si elle veut continuer à être concurrente sur le plan mondial, en particulier avec ces nouveaux joueurs que sont la Chine et la péninsule arabique.

En parvenant à établir un cadre de fonctionnement plus accommodant et conciliant dans ce qui étaient les deux alumineries les plus syndicalement combattantes, il y aura un effet domino qui se fera sentir dans toutes les autres alumineries du Québec.

Pour Rio Tinto et Alcoa, c’est même combat. Faut-il rappeler qu’elles sont partenaires dans l’Aluminerie de Bécancour. En prenant cela en compte, on peut évaluer que «l’effort de guerre» aura finalement été assez bien réparti entre les deux grands producteurs d’aluminium au Québec.

Est-ce qu’on s’attendait à un si long conflit à l’ABI? Probablement pas. Mais on savait qu’il ne pouvait pas être court non plus.

Le lock-out a été décrété sans attendre après le refus massif prévisible de l’offre finale. Après six mois, loin d’enlever quelques irritants au syndicat, on lui signifiait qu’il y aurait 200 cotisants de moins si on reprenait le travail.

On souhaitait ne pas remplacer la centaine de travailleurs qui ont pris leur retraite durant le conflit et d’y en diriger, par incitation, une centaine d’autres qui sont près d’y avoir droit.

Un peu avant Noël, alors que le ministre Boulet s’attendait à recevoir l’hypothèse de règlement qu’il réclamait, la production était coupée de moitié dans la seule série de cuves qui était encore exploitée par les cadres. Tout un signal...

Il reste qu’Alcoa, en maintenant une production à son usine, indique son intérêt à la maintenir en service dans le futur. On serait plus convaincu si elle déposait un plan majeur d’investissement.

Autrement, ça pète quand?

Coup de griffe: Un nouveau ministre à l’Environnement et ce n’est pas Donald. Le député de Nicolet-Bécancour deviendra-t-il la Noëlla Champagne de la CAQ, qui avait été comme lui jusqu’à présent, privée de ministère?

Coup de cœur: Boirons-nous toujours de l’eau, sommes-nous des grenouilles? À Bécancour, oui, mais pas dans des bouteilles de plastique, une décision simple et pragmatique.