La lutte s’annonce palpitante entre Yves Lévesque d’un côté

Bonne entente... et jeux de coulisses

CHRONIQUE / Assis à la même table sous le chapiteau du président du Grand Prix de Trois-Rivières, Joël Saint-Pierre, Robert Boisvert et Jean-Claude Ayotte portent peu d’attention aux bolides qui rugissent un peu plus bas sur la piste.

Les deux hommes devisent allègrement et même s’échangent leurs cartes d’affaires.

En principe, rien là. Sauf que Robert Boisvert est président du Parti conservateur de Trois-Rivières et principal organisateur de la campagne d’Yves Lévesque et que Jean-Claude Ayotte est l’organisateur en chef de la candidate libérale Valérie Renaud-Martin.

Quelques instants plus tard, c’est le ministre François-Philippe Champagne qui donne une poignée de main généreuse à Bruno-Pier Courchesne avec lequel il amorce une conversation très détendue. Ce dernier est son adversaire conservateur dans Saint-Maurice-Champlain.

Est-ce que la loge du président Saint-Pierre aurait des vertus apaisantes sur les politiciens qui s’y font voir chaque année en grand nombre, surtout lorsqu’il y a une campagne électorale?

Qu’on ne se trompe pas. S’il semble régner une bonne entente, les hostilités électorales sont bien lancées, en particulier dans Trois-Rivières.

C’est vrai que, pour l’instant, le ministre Champagne est loin d’apparaître menacé dans sa circonscription et qu’il en est à peu près de même dans Bécancour-Nicolet-Saurel de Louis Plamondon, parti pour devenir, lui un souverainiste, le doyen historique de la Chambre des Communes.

Dans Berthier-Maskinongé, c’est assez étrange. Alors que les sondages ont tendance à placer le Parti libéral en avance sur le Bloc québécois, on ne sait toujours pas qui occupera la candidature libérale.

Comme cela risque d’être le cas dans Trois-Rivières pour Robert Aubin, la députée néo-démocrate Ruth Ellen Brosseau risque fort d’être aussi victime du grand délestage des anciens supporteurs du NPD au profit principalement du Bloc et ensuite du Parti Vert.

Il faudra attendre encore un peu pour qu’on sorte lances et boucliers.

Mais dans Trois-Rivières, la bataille est déjà fortement engagée entre le conservateur Lévesque et la libérale Renaud-Martin, pourtant deux anciens alliés à la table du conseil municipal de Trois-Rivières.

Ce qui ne fait qu’ajouter au plaisir électoral, c’est que selon différents sondages, ils seraient tous les deux au coude-à-coude. Alors, il y aura suspense et beaucoup de montée de fièvre d’ici le 21 octobre.

Les conservateurs accusent au Québec un retard d’une douzaine de points sur les libéraux. Sauf que s’ils aspirent à occuper le pouvoir, il leur faudra ajouter des sièges au Québec et il se trouve qu’avec Yves Lévesque, la chose apparaît possible dans Trois-Rivières.

On comprend que quelques ténors du parti, avec le chef Andrew Scheer, s’y soient pointés le soir de son couronnement.

et Valérie Renaud-Martin de l’autre.

Par contre, les libéraux ont compris qu’ils vont perdre des sièges dans l’Ouest et en Colombie-Britannique et qu’en conséquence, s’ils veulent obtenir un second mandat, il leur faudra compenser ces pertes en remportant plus de sièges qu’ils en détiennent au Québec.

Et bien sûr, Trois-Rivières est particulièrement ciblé. Le comté leur avait échappé par moins de mille voix en 2015 et le fait d’avoir une jeune femme qui se présente bien comme candidate n’est pas pour nuire.

Ce n’est pas pour rien que lors d’une récente prise de photos qui réunissait les candidats libéraux, on a installé la candidate de Trois-Rivières juste à côté du chef… pour lui donner de la visibilité. L’organisation locale s’attend à recevoir une aide relevée du national.

Tous les éléments pour qu’on assiste à une lutte épique dans Trois-Rivières sont là.

D’autant que d’autres ingrédients bien locaux ont déjà apporté du piquant à la confrontation.

Au-delà du fait que les deux adversaires s’entendaient plutôt bien jusque-là, ce sont des organisateurs très proches d’Yves Lévesque qui ont convaincu Valérie Renaud-Martin d’être la candidate libérale dans Trois-Rivières et qui sont aussi allés repêcher Jean-Claude Ayotte pour prendre en charge sa campagne.

Ayotte, c’est ce qu’on appelle un genre de «kingmaker» politique. Il ne gagne pas tout le temps, mais... Il a déjà, mais ça remonte à 2005, été dans l’équipe gagnante d’Yves Lévesque à la mairie de Trois-Rivières.

Il a aussi en 2013 dirigé la campagne, mais perdante celle-là, de Catherine Dufresne, contre Yves Lévesque. Il avait entre-temps mené la campagne victorieuse de Sébastien Proulx en 2007 et celle de sa défaite l’année suivante.

On a vu Ayotte réapparaître l’an passé, cette fois aux côtés de Jean Boulet.

On peut dire qu’il a de l’expérience en organisation électorale. Le plus drôle cependant, façon de parler, c’est que ceux qui l’avaient recruté ont depuis quitté l’organisation libérale pour, non pas pour sauter au cou de Lévesque, mais, semble-t-il, pour se mettre au neutre.

Ce qui fait dire à certains qu’il n’y a plus de «lévesquistes» dans l’équipe de Renaud-Martin.

De son côté, Yves Lévesque ne manque pas de bras et certains lui viennent du Parti libéral, mais, moins évident qu’on a voulu le laisser croire, du Bloc québécois. Gaétan Leclerc, ex-candidat péquiste dans Champlain, n’ira pas chanter pour lui, advenant une victoire de sa part. Il serait même pas trop content qu’on ait tenté de le défroquer politiquement.

Yvon Deshaies réfléchit encore tout haut à la possibilité d’une candidature indépendante et le Parti populaire du Canada a des candidats partout, sauf à Trois-Rivières. Quant au Bloc, c’est la mésentente totale entre le chef Yves-François Blanchet qui préférerait l’ex-footballeur Jonathan Beaulieu-Richard et des ténors du Bloc à Trois-Rivières qui favorisent l’ex-présidente Louise Charbonneau.

Pour les amateurs de sport électoral, on devrait donc beaucoup s’amuser dans Trois-Rivières dans ce combat, qu’on a déjà appelé de la «belle et la bête», allez savoir pourquoi.

Coup de cœur: Au Grand Prix de Trois-Rivières pour que sa finale du 50e soit en grande beauté.

Coup de griffe: À la ministre Andrée Laforest, la seule qui aurait le bon pas dans le dossier de la Zone d’intervention spéciale.