Le maire de Louiseville, Yvon Deshaies.

Blocus sur le blocus

CHRONIQUE / Ce matin, j’ai deux bonnes raisons d’en vouloir à Yvon Deshaies, citoyen de Louiseville, qui se trouve aussi être maire de la place.

Un premier reproche parce qu’il a organisé son blocus de la voie ferrée qui traverse sa municipalité et l’autre, parce qu’il a levé le siège un peu trop vite.

C’est un peu plate parce qu’au moment même où je me préparais à suggérer, dans cette chronique, aux chambres de commerce de la région d’occuper les rails de la Mauricie afin de donner du poids à leur demande d’intervention urgente de la part des gouvernements pour dénouer la crise ferroviaire, Yvon Deshaies installait sa chaise sur sa «track».

Se faire scooper d’une bonne suggestion parce qu’elle illustrait assez bien l’incongruité de la situation, ça peut être un peu frustrant.

Occuper les voies ferrées, ce n’est peut-être pas un bon conseil à suivre, mais il n’y a parfois que la dérision pour parvenir à démontrer l’absurdité d’une crise comme celle qui a été imposée aux Canadiens par l’inaction gênante de son gouvernement d’Ottawa.

Oui, comme l’a si bien décrit le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, Justin Trudeau avait l’air d’un chevreuil au milieu de la rue, mêlé, confus, perdu, figé et timoré. Qu’on l’ait aimé ou pas, on s’ennuyait de son père.

Remarquez que ç’aurait été surprenant que des dames en tailleur, peut-être même en talons aiguilles, et des hommes en complet-cravate, bloquent des traverses de voies ferrées, en se réchauffant autour d’un petit bivouac; bloquent des chemins de fer pour faire débloquer les chemins de fer.

Mais ç’aurait frappé l’imagination et fait le tour des nouvelles nationales. Il y a une gare du CN à La Tuque, Shawinigan a la sienne au bout de la rue de la Station, et Trois-Rivières est traversée par une grande voie ferrée à laquelle plusieurs dessertes sont raccordées. Ce n’est pas le choix qui aurait manqué.

Avec la présence de trois collèges et d’une université dans la région, ce n’est pas les causes à défendre qui manquent. Il y aurait rapidement eu affluence à tous les blocus.

Les chambres de commerce auraient même pu en profiter pour rappeler que la population de la région veut un train... à grande fréquence.

Mais c’est Yvon qui a volé le «show» et qui s’est fait entendre.

Sauf que c’est décevant qu’il ait quitté ses rails moins d’une heure à peine après s’y être installé, simplement parce que des agents de la SQ l’ont invité à le faire.

Comme catholique et bedeau de profession, il a été élevé dans la crainte de Dieu. On peut comprendre. Mais dans la crainte de la police quand ce genre de manif est devenu autorisé à travers tout le Canada, il n’avait pas à craindre la brutalité policière. Ç’aurait d’ailleurs fait scandale qu’on le brasse ou qu’on lui passe les menottes.

Il défendait après tout, dans son esprit, une grande cause: le rétablissement de la peine de mort. Un peu plus d’opiniâtreté de sa part et il y aurait rapidement eu d’autres manifestants à ses côtés. Peut-être la Meute y aurait dépêché quelques dignes représentants. Et puis, à l’école secondaire l’Escale, il doit bien y avoir quelques ardents écoanxieux à propos de la planète plus que disposés à la sauver en agitant une pancarte... surtout un vendredi.

Mais bon! La docilité du citoyen Deshaies nous aura privés d’une probable démonstration qu’il y a deux poids deux mesures, au Canada, selon ses origines.

Outre la furtive contestation du maire de Louiseville, les Caucasiens de la région sont demeurés bien tranquilles, mais les Abénakis et les Atikamekws aussi. Enfin presque!

Il faut rendre hommage à la sagesse de nos concitoyens des Premières nations qui sont restés, avec grande classe, au-dessus de la mêlée dans ce conflit improvisé par quelques chefs dits héréditaires, comme de sang royal.

C’est vrai qu’à Odanak, on aurait été mal avisé d’occuper l’ancienne voie ferrée qui traverse la réserve, puisque le conseil de bande l’a transformée en un beau sentier pédestre. On entend rarement des récriminations venant d’Odanak.

À Wôlinak, le chef Michel Bernard, qui peut être bouillant au besoin, est demeuré plus que discret. Il avait un beau pont de fer au bout de la réserve qui aurait pu faire de belles images s’il avait été envahi par des membres de sa réserve. Mais chef élu et homme d’affaires accompli, l’homme est pragmatique.

En Haute-Mauricie, on a pu apprécier à quel point Constant Awashish, le grand chef de la nation Atikamekw, non seulement s’exprimait bien, mais demeurait d’une grande sobriété dans ses propos.

Certes, à Wemotaci, le clan de Denis Chilton, issu du conseil territorial (une instance obscure) aurait monté un blocage sur la voie ferrée du CN. On devait obstruer la voie pendant 24 heures. Cela a été réduit à 12 heures.

Dans les faits, le chemin de fer n’a jamais été bloqué puisqu’on avait allumé le bivouac à côté de la ligne.

On peut dire de Denis Chilton qu’il a une bonne expertise en «blocage» sans bloquer.

En 2005, lui et son groupe avaient présumément fermé l’accès au camp des travailleurs d’Hydro-Québec qui construisaient deux centrales sur la réserve. C’est ce qui avait été rapporté dans la presse nationale. Dans les faits, ils n’avaient que monté un tipi au kilomètre 75 de la route 25, sans empêcher quiconque d’accéder au camp.

Ils réclamaient des avantages plus durables en compensation pour les centrales hydro-électriques.

En 2007, choqué par l’exploitation jugée abusive de leurs ressources, le clan entreprit de faire ralentir le train de VIA Rail, ce qui est presque impossible puisque c’est le train de passagers le plus lent qu’on puisse imaginer.

En 2009, pour protester contre la loi 57 qui réduisait certains de leurs droits ancestraux, une quinzaine d’Attikamekws, avec Denis Chilton à leur tête, bloquèrent à La Tuque le pont de la route 25... quelques minutes. On peut être plus que solidaire avec nos peuples autochtones et partager beaucoup de leurs revendications sans l’être sur les moyens choisis par certains pour les faire valoir.

Cette fois, il nous a fallu beaucoup trop d’«Indian Time».

Coup de cœur: l’Allée des Trifluviennes au lieu de l’Allée des Commissaires. C’est bien. Si on pouvait les nommer...

Coup de griffe: un nouveau slogan: À Trois-Rivières, on n’est plus Open.