Yves-François Blanchet

Blanchet affronte deux «parachutés»

S'il ne l'avait pas tendu, pour la nécessaire distribution des poignées de main, on pourrait dire que le ministre régional, Yves-François Blanchet pourrait mener le bras dans le dos sa campagne électorale dans sa circonscription de Johnson. Ce n'est évidemment pas ce qu'il fait. Mais il fait peu de doute que sa réélection, cette fois, est acquise et qu'il pourrait même ramener dans le giron péquiste le comté voisin de Drummond.
Il faut dire qu'à Drummondville, il peut parfois sembler y avoir de la confusion territoriale. C'est que la grande artère principale, le boulevard Saint-Joseph, qui traverse la ville du nord au sud, divise aussi celle-ci en deux, au provincial, sur le plan électoral. De sorte que de chaque côté de la rue, il y a souvent des affiches des candidats des deux circonscriptions.
Une imprécision qui ne trompe pas vraiment les gens de la place, mais qui a permis au ministre Blanchet une moquerie à l'endroit de son adversaire caquiste, André Lamontagne. Parce qu'il s'est installé dans un motel qui se retrouve dans le comté de Drummond et que c'est aussi le cas pour sa permanence électorale, Blanchet l'a un peu raillé en suggérant que son adversaire, qui est débarqué de l'Île-des-Soeurs pour l'affronter, s'était trompé de circonscription.
Le choix de résidence temporaire du candidat lui appartient. Quant à son local électoral, c'est simplement par mesure d'économie qu'il l'a partagé avec le député caquiste sortant de Drummond, Sébastien Schneeberger.
C'était quand même un bon truc pour souligner qu'André Lamontagne est un parachuté. Mais comme il a défendu à Trois-Rivières la candidature d'Alexis Deschênes, il lui aurait été embarrassant d'employer ce mot et de s'en indigner. Il se l'aurait fait remettre sur le nez. Et c'est aussi le cas de son adversaire libérale, Brigitte Mercier, une ancienne attachée du bureau de Jean Charest, qui habite la rive sud de Montréal et qui a été candidate défaite à deux reprises dans Vachon.
Elle a été culbutée dans Johnson une semaine après le déclenchement des élections. Quant à Lamontagne, il avait simplement offert ses services à François Legault, qui lui a répondu que la meilleure façon d'y arriver, c'était de se présenter contre Blanchet. Ce dernier susurre que le ministre n'a pas grand-chose à dire sur sa provenance, lui qui couche à Shawinigan.
Dans ces deux cas, même si on s'en défendra, cela sent un peu beaucoup le sacrifice.
C'est quand même surprenant quand on sait qu'aux élections de 2012, Yves-François Blanchet ne l'avait emporté que par 203 voix sur le caquiste Stéphane Legault et que dans Drummond, le même terreau électoral, c'est un caquiste qui a été élu. Mais Legault s'est volatilisé dans la brume et il a fallu à la CAQ se résigner à désigner un volontaire alors que les libéraux peinaient à en trouver une.
Chez ces derniers, on peut comprendre, car la dernière fois que Johnson a voté libéral, c'était en 1980 et ça n'a duré qu'un an. Camille Picard avait succédé à un certain Maurice Bellemare, le «vieux lion» comme on l'appelait, qui tentait de relancer l'Union nationale.
Depuis, Johnson a toujours voté péquiste, sauf une fois en 2008. Les libéraux n'ont pas vraiment d'assise dans l'ensemble du comté comme dans Drummondville, où se trouve le gros des électeurs.
En dix-huit mois et demi, Yves-François Blanchet a quand même beaucoup occupé le terrain et acquis du respect et de la reconnaissance en menant à terme plusieurs dossiers importants, dont celui du pavillon de l'UQTR. Il a été un joueur incontournable dans la place.
Ça a été la même chose en Mauricie. Nommé ministre régional dans la controverse, Blanchet s'est finalement révélé un honnête porteur de ballon pour la plupart des grands dossiers de la région. Il a surtout été très présent, et cela ne s'explique pas seulement du fait qu'il s'est trouvé une fiancée à Shawinigan. Beaucoup de réserves du départ ont tombé à son endroit.
Mais sa responsabilité achève. Si le Parti libéral remporte les élections, il perdra forcément son siège de ministre. Et si le Parti québécois reforme un gouvernement et qu'il fait élire Alexis Deschênes dans Trois-Rivières ou Patrick Lahaie, dans Maskinongé, on voit mal comment il pourrait alors demeurer ministre responsable de la Mauricie.
On le reverra bien sûr sur la 5e à Shawinigan et même à Trois-Rivières, mais ce ne sera pas pour les mêmes raisons.