Avis aux squatters du Nitaskinan

C’est la plus nordique des trois réserves atikamekw de la Haute-Mauricie, enclavée loin sur la rive nord de l’immense réservoir Gouin, véritable mer intérieure artificielle qui régularise depuis cent ans le débit de la rivière Saint-Maurice pour maximiser la productivité du chapelet de centrales d’Hydro-Québec qui s’y trouvent.

On ne se tromperait pas vraiment à dire qu’Opitciwan est au bout de nulle part, au fin fond des bois. Il n’y a pas de route nationale qui passe par là.

On comprend que si la bande d’Opitciwan (près de 3000 membres) avait des revendications, et elle n’en manque pas, il lui serait bien inutile de monter des barrages routiers pour forcer la main à Québec ou à Ottawa.

Même avec la résonnance de tous leurs tam-tams et toute la puissance de leurs cris guerriers, encore qu’ils ne le sont pas tant que ça puisque c’est un peuple rieur, bloquer les trois chemins forestiers qui relient la réserve à Chapais à l’est, à La Tuque au sud ou à Senneterre en Abitibi, ça ne perturberait pas grand-chose.

À part faire damner quelques pêcheurs, chasseurs ou travailleurs forestiers et effaroucher quelques orignaux et le couple de malard du voisinage, ça ne mettrait aucun gouvernement en transe.

C’est pourtant la menace à peine voilée qu’avait laissée filtrer en 2014 les quatre chefs de la nation Atikamekw en s’autoproclamant souverain de leur territoire, le Nitaskinan. Ce territoire, c’est au-delà de 80 000 km2. Ça part de près de la Baie James, ça frôle le Lac-Saint-Jean, ça descend jusqu’à Trois-Rivières, en englobant la Batiscan et le bassin de la rivière du Loup, tout le lac Saint-Pierre, bien sûr, et une grande partie de Lanaudière jusqu’à proximité de la rivière des Outaouais.

On a compris que nous ne serions pas des Mauriciens, mais des Nitaskinaniens... En résumé, des squatteurs, blancs pour la plupart d’entre nous, qui auraient intérêt à brasser son arbre généalogique pour en faire tomber quelques plumes d’un ancêtre amérindien.

Jusqu’ici, la nation atikamekw, qui n’existe qu’en Mauricie, répartie dans trois réserves, a plutôt regagné la table des négociations avec les gouvernements du Québec et d’Ottawa.

Il reste que ça fait 40 ans qu’on discute et qu’on a perdu confiance et patience à Opitciwan.

Le conseil au grand complet, dirigé par leur chef Christian Awashish, a déposé cette semaine en Cour supérieure, à Montréal, une requête pour faire reconnaître leurs droits ancestraux sur un territoire de 26 350 km2, qui est aussi en partie revendiqué par les Innus, les Naskapis et les Cris. C’est aussi une démarche inattendue et solitaire qui a irrité le reste de la nation atikamekw.

C’est le jugement rendu en 2014 par la Cour suprême du Canada reconnaissant à la nation Tsilhqot’in, en Colombie-Britannique, de réels droits territoriaux, une première au Canada, qui a inspiré la démarche judiciaire des dirigeants d’Opitciwan.

Ils devront établir devant la cour l’existence d’un titre ancestral. On n’a pas connaissance qu’il existe. On parle d’Atikamekw, mais en réalité, il s’agirait davantage de Têtes-de-boule. Venus du lac Supérieur, ils se seraient installés en Haute-Mauricie sur l’ancien territoire des Atikamekw, après leur extermination quasi totale par les Iroquois. En 1670, les Mohawks les avaient massacrés sur l’île Saint-Quentin avant de les pourchasser jusque dans leurs refuges du haut Tapiskwan-Sipi (Saint-Maurice). Les Mohawks ne voulaient partager avec aucune autre nation amérindienne la business sur les rives du fleuve Saint-Laurent. À eux contre fourrures les morceaux de miroir, mais après, les couteaux et les haches, les mousquets avec poudre et plombs, et plus tard, la boisson vivifiante des Blancs. Ils ne sont pas arrivés à une telle domination, même appuyés des Anglais.

Nos amis et alliés de toujours du nord de La Tuque auront à justifier leurs origines mais surtout, leur occupation territoriale, qu’il leur faudra faire remonter au-delà de l’arrivée des Blancs de la compagnie de la Baie d’Hudson.

Les habitants d’Opitciwan sont confrontés à de nombreux défis, dont une promiscuité due à une surpopulation de la réserve qui engendre d’énormes problèmes sociaux. Il y a aussi un sérieux problème d’occupation de leurs jeunes, presque tous sans emploi, malgré les efforts déjà faits pour faire marcher une scierie.

Ce n’est pas une situation unique à Opitciwan, Mais il faut reconnaître que depuis leur érection en réserve, ils ne l’ont jamais eu facile.

D’abord, ils ont été les derniers à se faire concéder un territoire pour s’établir en réserve, parce qu’il n’en restait plus au gouvernement à céder. Ils ont finalement pu hériter d’une parcelle de réserve.

D’abord installés à Kikendatch, ils ont déménagé en 1915 leur village sur le bord du lac Opitciwan, tout près du poste de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson.

Mais à peine arrivés, le gouvernement du Québec accorda la permission de construire un barrage de retenue des eaux au rapide de la Loutre qui allait former le réservoir Gouin… et inonder le lac Opitciwan et le village amérindien qui s’y trouvait.

Bien sûr, on a dû leur redonner un nouveau territoire et la Commission des eaux courantes du Québec s’engagea à les dédommager.

On leur fournirait le bois sec requis pour la reconstruction de leurs maisons, mais pas plus grandes que celles qu’ils occupaient. Il leur appartenait de reconstruire eux-mêmes ces maisons, avec l’aide de quelques ouvriers qui ne seront pas au nombre promis. On leur creuserait un ou deux puits pour l’eau potable. On leur remettrait 120 $ par ménage, des années plus tard, une fois déduits les coûts de la peinture.

Le bois fourni, en retard, était vert de sorte que les maisons ne furent pas habitables l’hiver pendant plusieurs années. Vingt ans plus tard, ils devaient encore faire bouillir leur eau du lac pour la rendre potable.

On entrerait sur le sentier de la guerre pour moins que ça.

Coup de cœur: On aura deux Patrick Charlebois, dimanche à TLMP: lui et son jumeau.

Coup de griffe: On n’a pas besoin de Trump et de son shutdown. On a notre Phénix pour ne pas payer nos fonctionnaires.