Les électeurs sont appelés aux urnes dimanche.

Aux urnes! Non aux urnes citoyens! C’est presque pareil!

Ils seront plus de 700 dans la région, en Mauricie et dans la partie nord du Centre-du-Québec, des femmes et des hommes, à attendre dimanche soir avec une certaine nervosité, mais avec aussi beaucoup d’espoir, votre verdict.

L’implacable verdict des urnes, qui scellera leur sort politique au municipal, qui fera plus de déçus que d’élus, car ils sont souvent plusieurs à convoiter un même siège de conseiller ou de maire.

Pour se faire valoir auprès de leurs concitoyens, ils auront souvent investi dans des affiches et des dépliants, ils vous auront parfois mis en garde contre leur adversaire, avec, c’est selon, plus ou moins d’élégance. Ils auront surtout multiplié les poignées de main et dans bien des cas, sacrifié quelques kilos dans leurs efforts pour aller à la rencontre des gens et à faire leur porte-à-porte.

Ils se seront beaucoup démenés pour vous séduire. Ce ne serait qu’honnêteté d’aller leur donner votre appréciation en exerçant ce privilège démocratique qui s’appelle le droit de vote et, par induction, son devoir de citoyen.

Ça tombe bien, il ne fera pas très beau dimanche. Alors aussi bien aller faire un petit tour au bureau de votation. Les électeurs l’ont déjà fait en bon nombre dimanche dernier, témoignant d’un intérêt certain pour leur administration municipale. Il faut maintenant aller plus loin et franchir, le plus possible, le niveau des 50 pourcent de suffrages exprimés.

Ce n’est pas les chaudes luttes électorales qui ont fait défaut ni manqué de couleurs et d’émotion, dans les districts comme dans les mairies. 

D’abord, là où il y a ces imprévisibles luttes à deux, comme à Saint-Tite ou Bécancour.

L’affrontement en apparence le plus corsé a probablement eu lieu dans Bécancour. Cela tient au ton particulièrement agressif qu’a adopté l’aspirante Martine Pepin dans l’espoir de désarçonner Jean-Guy Dubois, le maire sortant. Un homme qui, justement, à son contraire, affiche une personnalité calme, peu belliqueux de nature, et qui cite avec abondance une expression qui lui est chère et qui reflète sa philosophie dans la conduite des choses: «Bien faire et laisser braire».

Au-delà des tempéraments de l’une et de l’autre, il y a une vision de fond qui s’affronte entre les collaborations qu’a favorisées le maire Dubois entre sa ville et Trois-Rivières sur le plan du développement touristique et économique et qu’a pourfendues avec beaucoup d’ardeur sa rivale en réclamant de pouvoir reprendre les clés de la ville.

Ce sera à surveiller.

À Saint-Tite aussi il y a une lutte à deux, dont l’issue reste incertaine, entre le maire sortant, André Léveillé et une conseillère municipale, Annie Pronovost. 

Le maire Léveillé était devenu un habitué des réélections sans opposition. Mais il avait cette année décidé de se retirer de la vie politique, avant de se raviser in extremis parce que son poulain, le maire sortant de Saint-Prosper, n’était pas éligible comme candidat. 

Un épisode un peu loufoque qui pourrait ne pas être sans conséquence dans le choix des électeurs. C’est ce qu’on a hâte de savoir.

On peut se demander si le maire sortant de La Tuque, Normand Beaudoin, qui a semblé avoir réfléchi presque jusqu’à la date limite ne serait pas resté dans les rangs s’il avait su qu’il y aurait quatre autres candidatures à sa mairie. 

La Tuque aura donc forcément un nouveau maire. Difficile de déterminer un gagnant, car au débat de la Chambre de commerce locale, personne n’a cassé la baraque. Et personne ne s’est envoyé de flèche empoisonnée, pas même, en pleine période de chasse, une balle «égarée!» 

On a beaucoup parlé de «pot» à Louiseville. En fait, beaucoup plus les médias qui y ont tiré une ligne électorale, en raison de la position favorable avouée à sa légalisation du maire sortant Yvon Deshaies, qui a reconnu sans gêne en avoir consommé… quand il était dans l’armée. 

Mais on ne peut pas dire que cette question du cannabis, thérapeutique ou pas, soit devenue un facteur déterminant dans la campagne.

C’est plus l’entrée dans la course, presque au son de la cloche, de l’ex-maire Guy Richard qui a fait jaser, alors qu’on se dirigeait dans un affrontement à deux avec Laurent Robitaille. 

Il y a donc une division du vote d’opposition susceptible de garder à la tête de Louiseville leur petit maire au franc-parler et à la tenue aussi colorée qu’à ses propos. 

À Shawinigan, c’est probablement la réélection la plus acquise chez les maires sortants de la région.

Michel Angers n’est jamais apparu menacé, d’autant qu’il peut compter sur deux rivaux  pour diluer la présumée faible insatisfaction à son endroit: François Bonenfant, un habitué des séances de l’hôtel de ville et, comme sortie de nulle part et d’arrivée récente à Shawinigan, de Judeline Corriveau, une employée de CGI.

Et pourtant, le maire sortant s’est fait brasser dans les quelques débats qu’il n’a pas hésité à accepter, sans doute parce qu’il se sentait en grande confiance. 

On s’entend. Michel Angers ne s’est aucunement fait déboulonner. Mais ces affrontements ont permis à ses deux adversaires de se donner du coffre électoral et en particulier à Judeline Corriveau de démontrer qu’elle avait du répondant et qu’elle n’entendait pas être une simple figurante. 

La démonstration, peut-être, que les débats ne servent que les aspirants, comme en est très convaincu le maire sortant de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui a refusé tous ceux qu’on lui proposait.

Pourra-t-il arracher un cinquième mandat? 

La question qui se posait cette semaine n’était pas de savoir s’il allait remporter cette, en principe, ultime victoire, mais par quel pourcentage. 

Les plus optimistes à son endroit osaient monter jusqu’à 60 pour cent. Mais pour la plupart, même chez ceux qui ne lui témoignaient pas d’affection, on le réduisait plutôt à plus ou moins 55 pour cent.  

Personne ne le situait dans les 80 pour cent, son niveau de popularité révélé à la mi-campagne par le sondeur Segma Recherche pour le compte du Nouvelliste et de Cogeco Média 106,9.

Depuis, la campagne s’est corsée, mais aussi, chaque fois qu’il est mis en avance, le vote Lévesque a tendance à se ramollir, car on sent moins la nécessité d’aller déposer son vote en sa faveur. 

Ce qui n’est pas le cas de ceux qui ne l’aiment pas et qui sont très impatients d’aller le lui signifier dans les urnes. Ce qui profitera essentiellement à Jean-François Aubin, conseiller municipal, qui est entré tôt dans la campagne et qui s’est érigé, à la différence d’André Bertrand, comme le véritable adversaire du maire sortant. Celui qui peut le renverser.

On ne peut quand même pas négliger qu’Yves Lévesque n’avait guère fait mieux que 55 pour cent en 2009 et qu’il avait glissé sous les 50 pour cent en 2013. 

Il est vrai qu’en 2009, il avait provoqué une puissante grogne populaire en envoyant à la poubelle un registre des électeurs qui s’opposait à un règlement d’emprunt pour Trois-Rivières sur Saint-Laurent et qu’en 2013, la fièvre électorale était au maximum après quatre ans d’opposition soutenue de la part du Groupe des 7 et de Force 3R. 

Il y a eu moins de tumulte au cours des quatre dernières années, mais il reste beaucoup de plaies non cicatrisées et une usure du temps qui peut générer le goût du changement.

À Trois-Rivières comme ailleurs, on sera assis sur le bout de nos chaises dimanche soir.