Aujourd’hui, en ce jour après...

CHRONIQUE / On est aujourd’hui le jour après. Pas le jour suivant un éclatement nucléaire, comme dans le célèbre film The Day After, mais le jour suivant une grande commotion sociale à l’échelle mondiale.

Partout dans le monde, on a marché pour sauver la planète et on l’a fait à Montréal avec une participation plus forte que si le Canadien venait enfin de gagner une nouvelle coupe Stanley. À Trois-Rivières, jamais on n’a vu un cortège de manifestants s’étirer aussi long sur le boulevard des Forges, avant de fondre sur le centre-ville qui a semblé aussi envahi qu’un soir de feux d’artifice du Grand Prix de Trois-Rivières.

Même le temps, parce qu’il fallait bien qu’il contribue un peu à l’émotion, car après tout, ça le concerne au premier plan, s’est fait complice de l’événement en concédant une température idéale pour des manifestations extérieures et en permettant au soleil de faire quelques clins d’œil.

Ç’aurait peut-être été moins convaincant et moins populaire de protester sous les pluies crues de jeudi et de ce samedi contre le réchauffement climatique galopant, quand il faut s’emmitoufler.

On a marché ou organisé, partout dans la région, à Shawinigan, à Nicolet, à Saint-Alexis-des-Monts, des activités de sensibilisation à cette planète Terre menacée d’embrasement et d’assèchement global et qui aurait précipité, par les agissements de ses humains, l’arrivée de la cinquième extinction de masse de son histoire. Une extinction qui emporterait l’un des plus récents arrivés à sa surface et, présumément ou prétentieusement, son plus réussi et plus brillant élément de vie de tous les temps: l’homme.

On est le jour après... et puis après? Qu’en restera-t-il de cet immense élan planétaire pour convaincre tout le monde de ce qu’on appelle à hauts cris désespérés, l’urgence d’agir, si l’on veut prévenir le pire, en laissant tomber, le ton sombre et l’air pénétré, «s’il n’est pas trop tard».

On doit se réjouir que ce grand mouvement ait été inspiré par la jeunesse du monde. On souhaite toujours que les jeunes s’impliquent, qu’ils aient des opinions et des réflexes politiques. Descendre dans la rue, arborer ses convictions ou ses craintes sur une pancarte qu’on brandit pour qu’on en repère le message ou tenir à bout de bras une banderole large comme la chaussée ou empoigner des micros pour diffuser ses attentes et stimuler les ardeurs contestataires, c’est un geste politique, un grand geste politique.

Et l’on doit aussi reconnaître que de tenter d’éviter les pires convulsions à la Terre, l’unique lieu d’accueil que l’humain peut encore jusqu’à ce jour habiter, c’est une cause d’une grande noblesse.

Ce n’est pas la population plus âgée, les fameux boomers entre autres qu’on aime bien culpabiliser à cet égard, qui seraient justifiés de maugréer pour des manifs aussi fortes en nombre, aussi réussies, eux qui, plus jeunes, sont sortis dans la rue mille et une fois pour protester contre quelque chose, au Québec en particulier pour protéger la langue, mais surtout pour obtenir de meilleures conditions de travail, «pour continuer le combat».

Le combat, il a simplement changé d’urgence, changé d’intérêt.

Même s’il y avait forcément beaucoup d’intergénérationnel dans le lot des manifestants de vendredi, on sait bien que le mouvement a été avant tout soutenu par la jeunesse, peu importe son endroit dans le monde, parce que c’est elle qui va devoir vivre avec les conséquences de l’insuffisance d’actions fortes si les scénarios catastrophiques qu’on nous prédit se concrétisent.

La semaine environnementale que l’on vient de traverser va-t-elle changer le monde? Les changements sont en cours, partout. Cela n’est certainement pas suffisant pour les plus radicaux, qui sont entrés dans la cause environnementale comme autrefois les croisés dans la religion. Il faudrait agir vite, même de façon intempestive.

On a bien sûr eu droit, puisqu’on est en campagne électorale, à une surenchère de promesses opportunes. Mais quand on demande aux Canadiens l’enjeu électoral qui va les influencer, l’économie et les taxes viennent nettement au premier rang, même au Québec, et l’environnement et la lutte contre les changements climatiques, en troisième lieu et assez faiblement.

Si tout le monde s’entend sur l’avantage, si ce n’est la nécessité, d’agir avec des mesures plus corsées pour protéger l’environnement, tout le monde n’est pas rendu au même niveau d’exaspération. Entre les écosceptiques et les écoanxieux ou même écopaniqués, il y a beaucoup de nuances.

Le problème, c’est qu’il n’y a plus vraiment de place au débat, aux points de vue différents et aux analyses d’études contradictoires. Si la vérité est dans la dialectique, les positions qui s’affirment sur le climat ne risquent pas de l’atteindre tant elles sont braquées, d’un bord comme de l’autre, comme s’il n’y avait que les extrêmes à exprimer.

La jeune Greta Thunberg était admirable de simplicité et de sincérité vendredi matin à Montréal lors de sa brève apparition aux côtés de représentants autochtones. Mais à l’ONU, cela frisait tellement la crise d’hystérie qu’on pouvait se dire que c’est elle qui avait grand besoin d’aide, bien avant la planète.

Coup de griffe: Il aurait été intéressant de savoir comment le CIUSSS s’y prenait pour valider les réponses aux questions sur leur intimité sexuelle qu’on obtenait des potentiels parents adoptifs.

Coup de cœur: Aux Aigles Can-Am de Trois-Rivières, en attendant que et au cas où...