Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Jean Beaulieu.
Jean Beaulieu.

Au placottoir de Jean

CHRONIQUE / En attendant le prochain scrutin municipal, peut-être faudrait-il penser installer un «placottoir» devant la boutique de Jean Beaulieu, sur la rue Notre-Dame. En y prévoyant bien sûr, outre un ou deux bancs de parc pour les placotés, une petite tribune sur laquelle pourrait monter notre célèbre artiste pour les nourrir de sa prose belliqueuse.

C’est sûr que s’il lui faut pour son placottoir obtenir l’autorisation de la «clique... des petits roitelets forts de leurs fades pouvoirs», comme il les décrit, qui peuvent former au besoin un groupe dominant autour de la table du conseil municipal, ça pourrait ne pas passer.

Jean Beaulieu nous a habitués à ses sporadiques sorties vitrioliques. Il n’a jamais fait dans l’eau de rose et on ne va surtout pas le lui reprocher. Il a toujours eu un franc-parler sans barrières, ce qui lui a valu d’être assez souvent invité à exposer dans les médias, à défaut de ses œuvres, ses positions politiques ou sociales, en espérant bien sûr qu’elles soient livrées avec toute sa couleur verbale.

Il y a quelques années, il avait menacé, avec les jeunes décrocheurs qu’il initiait à l’art de fabriquer de grands vitraux, d’aller faire sauter le Goldorak à tête de cabane à moineaux planté dans le parterre du palais de justice qu’il semble prétendre protéger en levant en l’air ses deux bras atrophiés. Une horreur... artistique.

Il ne l’a pas fait.

Mais là, il menace, si l’on peut s’exprimer ainsi, d’être candidat aux prochaines élections municipales s’il se forme des partis politiques.

Il apparaît très amer en déduisant qu’une «clique» s’est formée à l’hôtel de ville. Il défie donc «la gang» qui se sentirait «plus gros que le bœuf» à se démasquer en formant un parti politique aux prochaines élections.

Ceux-ci auraient fait de la grosse peine à Yves Lévesque, au point qu’il en arrive à remettre sa démission et ils auraient comme ligoté l’actuel maire Jean Lamarche en le privant de son leadership de fonction.

En attendant les élections, Jean Beaulieu a initié sur le site www.change.org une pétition demandant la formation de partis politiques à Trois-Rivières.

C’est récent, mais pour l’instant on ne peut pas dire que ce soit le déferlement citoyen pour la signer. Il n’y a pas de tsunami pétitionnaire. Par contre, la suggestion fait beaucoup jaser.

Tous les conseillers municipaux qui peuvent être identifiés au groupe majoritaire des dix qui ont été interrogés sur la question ont balayé sans hésitation toute idée de parti politique. Ils ont plutôt invité Jean Beaulieu à en former un parti politique, s’il y tient tant.

Par contre, la conseillère Valérie Renaud-Martin n’a pas fermé la porte à une telle avenue comme le maire Jean Lamarche. Mais la conviction manque.

Il faut dire que les expériences passées dans ce sens n’ont pas été très heureuses.

On a tous en mémoire le terrible échec électoral de 2013 de Force 3R qui, pourtant bien structuré et après cinq années d’un gros travail de terrain, n’a même pas passé proche de faire élire un seul de ses candidats.

Une autre formation politique, le Rassemblement pour l’action municipale, avait aussi subi un échec total en 1990. Certes, Alain Gamelin avait été élu. Mais il n’était qu’un sympathisant du RAM.

Le parti parviendra à faire élire André Lamy, en 1994, dans Saint-Philippe. Mais celui-ci choisira de siéger comme indépendant.

En 1966, Gérard Dufresne, le maire sortant, avait formé une équipe électorale, sanctionnée par une défaite électorale.

Autrement, si vous voulez fouiller plus loin, François Roy vous dira qu’en 1913, un maire et six conseillers issus de l’organisation libérale prirent le contrôle du conseil. On n’était pas là personne, mais ce n’était pas vraiment un parti. C’était plutôt ce qu’on appelait une «slate» et ça, il y en aura plusieurs par la suite, plus ou moins avouées.

On peut comprendre qu’à Trois-Rivières, on soit peu chaud à la perspective de se lancer en politique municipale par le biais d’un parti politique officiel.

Même Yves Lévesque, qui y avait songé, dans l’espoir de clarifier les positions des uns et des autres à la table du conseil, et d’avoir les deux mains sur le volant, ne s’y est pas rendu. Peut-être l’a-t-il regretté après l’élection de 2017...

L’intérêt pour un parti politique, c’est bien sûr de présumer qu’on sera dominant à l’hôtel de ville et que les adversaires vont en manger toute une.

Ça ne se passe pas toujours comme ça. Un maire est mieux d’avoir une opposition officieuse, avec laquelle il peut espérer parfois composer, qu’un parti d’opposition majoritaire qui n’a comme objectif que de le planter sur tout et sur rien.

Il est vrai qu’à Trois-Rivières, il y a dans la société deux grands clans dont les positions radicalement opposées ont été illustrées par le débat sur la Vision zéro.

Cela s’est aussi reflété à l’hôtel de ville où, à l’évidence, un groupe de conseillers, neuf à l’époque, dix maintenant, partageait cette même Vision zéro. Il y a une grande communion de pensée entre eux sur tout ce qui touche les questions environnementales, parfois proche du militantisme, ou de développement durable.

Et dans leur cas, on peut être plus enclin à chausser des espadrilles pour aller courir ou chevaucher une bicyclette qu’à tripper sur de grosses cylindrées. C’est dans l’air du temps.

Et on peut même penser que la mairie de 2021 est dans l’œil de certains ou certaines. Alors, ça peut être tentant de glisser de temps en temps une petite pelure de banane par-ci par-là sous les pas du maire Lamarche,

S’il y a bloc, il n’est pas monolithique. À preuve, cet aveu de Mariannick Mercure: «Depuis l’élection de Jean, je trouve qu’on n’a jamais avancé aussi vite vers des objectifs communs.»

On pourra en placoter au placottoir de l’autre Jean.

Coup de griffe: M. le ministre Garneau, pour le train à grande fréquence Trois-Rivières-Montréal, ça irait. Il ne traversera aucun territoire amérindien.

Coup de cœur: Fleurs ou chocolat, au choix, à tous nos lecteurs. C’est la fête des petits cœurs qui se prolonge.