Pierre Karl Péladeau

Après l'euphorie PKP: pauvre PQ!

L'invasion mauricienne des chefs des principaux partis politiques dans les premiers jours de la campagne électorale n'a sans doute pas été le facteur déterminant, mais on pourrait prendre plaisir à croire qu'elle a contribué à faire bouger un tout petit peu les intentions de vote.
Il n'y a pas encore une semaine d'écoulée dans cette campagne québécoise que déjà les quatre chefs des partis politiques qui peuvent espérer remporter au moins une circonscription au Québec y ont mis les pieds.
On a compris que dans toutes les formations, on s'était donné, sans s'en parler bien sûr, le mot d'ordre de d'abord marcher sur les terres mauriciennes. Le chef libéral Philippe Couillard en était lundi soir à sa troisième visite.
Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, à sa seconde. À sa sortie des bureaux du lieutenant-gouverneur mercredi, auquel elle venait de demander de dissoudre l'Assemblée nationale, la chef péquiste Pauline Marois est montée dans son autobus de campagne en disant à son chauffeur, «Trois-Rivières, s.v.p.»
Françoise David, la porte-parole de Québec solidaire, la vraie chef en réalité de ce parti, du moins aux yeux de l'opinion publique, qui attendait après son bel autobus de chef, a finalement pu l'étrenner en débarquant dimanche à Notre-Dame-du-Mont-Carmel.
C'est de là qu'elle a fait sa sortie sur la candidature péquiste de Pierre Karl Péladeau, la plus mordante des réactions des chefs de parti et de peut-être tous les commentateurs politiques. Québec solidaire peut évidemment n'entretenir aucun espoir de s'emparer du moindre siège dans la région, mais peut par contre espérer améliorer d'un point ou deux sa récolte de votes.
Si l'on se fie à un premier coup de sonde depuis l'ouverture de la campagne, ce serait les libéraux qui ont marqué les meilleurs premiers coups. Selon le sondage CROP réalisé pour le compte de Radio-Canada, libéraux et péquistes sont maintenant au coude-à-coude, avec 36 % des intentions de vote. La CAQ est à 17 % et Québec solidaire, à 8 %. Pour les amateurs de sport électoral, on ne pouvait souhaiter un meilleur scénario.
Du coup, les militants libéraux qui doutaient des qualités de campaigner de leur chef, qu'ils jugeaient un peu trop didactique avec en plus une tête de péquiste des années 70, ont repris des couleurs. On peut bien sûr analyser que ce sont moins les libéraux qui montent que les péquistes qui ont un peu descendu et attribuer ce léger trébuchage à un mauvais début de campagne de leur chef.
C'est vrai que son refus la première journée de répondre aux questions de la horde des journalistes nationaux qui la suit et ses contradictions sur référendum, pas de référendum qui ont fait le régal des caricaturistes, ont pu dégager une impression de «Pauline Indéterminée». C'est peut-être davantage le triomphalisme prématuré des péquistes, un réflexe dont ils ne semblent jamais vouloir se départir, qui leur a le plus nui.
La campagne n'était pas encore partie qu'ils clamaient qu'ils allaient gagner l'élection, former un gouvernement majoritaire et s'euphorisaient à l'idée déjà acquise d'un nouveau référendum winner. Yes my Dear! Les électeurs, qui sont encore à moitié branchés politiquement, ont jugé sage d'égaliser les comptes.
Il faudra attendre un peu pour que se dégage une tendance. Il faudra surtout voir sur quel versant entraînera les péquistes, l'arrivée de Citizen Péladeau.
Qu'on ne se trompe pas. Pour tous les partis pouvant aspirer au pouvoir, PKP aurait été une belle prise, même s'il traîne avec lui toutes les odeurs, y compris sulfureuses, d'un Sylvio Berlusconi. Mais il aurait semblé beaucoup plus naturel de le voir au PLQ et davantage à la CAQ que dans un parti social-démocrate qui porte à gauche comme le PQ.
L'homme a beaucoup de notoriété, mais il est aussi très controversé. Il est aussi difficile de penser qu'il pourrait accepter de se concevoir comme un lieutenant. Son vedettariat, qui attirera sur lui les réflecteurs de la campagne, enverra dans l'ombre plusieurs ténors du parti qui pouvaient un jour aspirer à diriger le PQ. On est en campagne électorale. On va donc camoufler pour l'instant ses frustrations. Mais on pourrait rapidement manquer d'ardeur au travail.
C'était un peu surréaliste lundi matin d'entendre le candidat péquiste dans Trois-Rivières, Alexis Deschênes, le défendre, lui à qui on prêtait volontiers sa décision de quitter TVA à l'interventionnisme indirect, mais bien senti, de Pierre Karl Péladeau, dans le ton à donner à la couverture de la colline parlementaire.