Image du spectacle du Cirque Éloize

Affaires de cirques: numéro périlleux

«La seule affaire que je peux répondre à mon ami Yves Lévesque», en insistant sur le mot ami, «c’est que s’il veut une subvention, il a juste à en demander une», a-t-il répliqué à la radio du FM 106,9, avant d’offrir, plus suavement, d’y apporter son aide, si elle pouvait être utile.

Le bouillant Robert Trudel commentait, avec une pointe de sarcasme, la sortie outrée qu’avait faite la veille le maire de Trois-Rivières en apprenant que la Cité de l’énergie serait à toutes fins utiles qualifiée pour obtenir une subvention du ministère du Tourisme. 

Tant que cette contribution gouvernementale, qui pourrait atteindre 750 000 $, était requise pour aider à produire le prochain spectacle nocturne de la Cité, tout le monde était d’accord. 

Mais quand Robert Trudel a révélé qu’il avait conclu une entente avec le Cirque Éloize, son «bon ami» le maire de Trois-Rivières a explosé et à sa suite, le directeur général de l’Amphithéâtre Cogeco, Steve Dubé a senti le besoin d’expliquer que l’appui apporté en soutien à la demande de subvention de la Cité pour son spectacle aurait été analysé bien différemment si on avait su que c’était pour un spectacle de cirque.

Pour l’instant, Robert Trudel s’en est tenu à quelques pointes d’humour et de sarcasme à l’endroit de son «chum» de Trois-Rivières. Parce qu’il est toujours convaincu que sa demande de subvention est pleinement justifiée et blindée et qu’elle sera confirmée dans l’ordre de grandeur qu’il a réclamée, soit autour de 750 000 $.

Trudel est peut-être allé un peu vite en affaires, c’est son genre, en concluant son entente de cinq ans avec le Cirque Éloize sans attendre la confirmation de sa subvention et du montant qui y sera effectivement rattaché. On peut se douter qu’il avait plus qu’un bon pressentiment que tout était bien ficelé, d’autant qu’il se trouve que la ministre du Tourisme est Julie Boulet, députée de Laviolette.

Chaque fois qu’on y a monté dans le passé un nouveau spectacle estival, la Cité a toujours reçu de Québec l’aide financière qui lui était nécessaire. Ce serait bien un comble qu’il en soit autrement cette fois-ci, quand on a la ministre du Tourisme dans sa cour et qu’elle aspire être la candidate libérale l’an prochain de la nouvelle circonscription de Laviolette-Saint-Maurice. 

Ce serait toute une coche mal taillée à inscrire au dossier de Julie Boulet. Quand elle était aux Transports, la région était semble-t-il devenue la mieux asphaltée du Québec. Il faudrait bien qu’il y ait quelques concordances en ce sens en Tourisme. On ne peut aller en deçà des équivalences par rapport au passé…

Il y a pourtant un risque qui plane. Non seulement la ministre n’a pas laissé entendre que la subvention à la Cité, ce n’était plus qu’une formalité, elle a plutôt fait savoir qu’elle avait demandé à son sous-ministre de revoir le dossier. Pour s’assurer qu’il cadrait bien à l’intérieur de la stratégie événementielle du ministère. En réalité, pour apaiser un peu Yves Lévesque, avec lequel elle s’est toujours plutôt bien entendue. 

C’est un exercice très périlleux. 

S’il fallait qu’à l’issue de la «révision», la subvention attendue soit lourdement amputée ou même retirée, ce serait un drame.

On peut penser que Robert Trudel s’emparerait de son dragon cracheur de flammes qui ne sert plus et qu’il descendrait à Trois-Rivières pour faire brûler vif le maire de la ville, son «ami».

Il est vrai, comme le hurle Yves Lévesque, qu’il n’y a guère de différence entre le Cirque du Soleil et le Cirque Éloize, en ce sens que tous les deux présentent un spectacle exclusif et saisonnier et qu’ils sont, pour leur ville et la région, des locomotives touristiques. Qu’on les nomme «attrait» ou «diffuseur culturel», ça restera de la sémantique bureaucratique. 

Il est parfaitement justifié d’affirmer que l’Amphithéâtre Cogeco, avec le Cirque du Soleil, répond à tous les critères de la Cité de l’énergie avec la venue du Cirque Éloize. Cirque pour cirque…

«C’est déloyal», s’offusque le maire de Trois-Rivières. Voilà le problème. On peut penser que ce que Trois-Rivières veut, à la lumière de ce qu’on sait maintenant, c’est profiter du même traitement que la Cité. Sauf que de la façon dont on le dit, ça semble aussi vouloir dire que la Cité ne devrait pas pouvoir profiter d’une telle aide financière de Québec. 

Déjà que politiquement, Trois-Rivières et Shawinigan se regardent souvent de travers, s’il fallait que la violente sortie d’Yves Lévesque ait comme conséquence de faire perdre à Robert Trudel sa subvention, ça ne serait pas beau à voir.

Les deux hommes se sont toujours entendus jusqu’à maintenant comme larrons en foire. On est à tu et à toi et on se prend par le cou quand on se rencontre.

En 2008, alors que des gens lui prêtaient quelques intentions de se présenter à la mairie de Shawinigan, Robert Trudel avait répondu à la blague qu’aussitôt élu, il ferait en sorte que sa ville soit fusionnée à Trois-Rivières afin de laisser «toute la place à Yves Lévesque».

Deux ans plus tard, on le verra apporter son soutien au Grand Prix de Trois-Rivières et s’impliquer personnellement dans les efforts de l’organisation pour obtenir de meilleures contributions gouvernementales. 

Il faut dire que Robert Trudel s’est toujours révélé d’une édifiante efficacité dans ce type de démarchage. Au fil des ans, il a largement dépassé les 50 millions $ de subventions, tant du côté de Québec que de celui d’Ottawa, pour la Cité de l’énergie. 

On ne s’étonnera pas qu’à la présidence d’une campagne de souscription, il ait arraché un chèque de 10 000 $ de la Ville de Trois-Rivières que son ami Lévesque était venu lui remettre en personne. La conséquence en a été que Robert Trudel a dû respecter la promesse qu’il avait faite d’exhiber sur scène son arrière-train s’il atteignait l’objectif de financement qu’il avait fixé. Le montant atteint par la collecte y était inscrit… sur les fesses.

Rassurons-nous et calmons-nous, ça a été vite fait. Et il n’y a pas eu de rappel venant de l’assistance.

Si le maire de la Cité de l’énergie perdait une subvention acquise à cause de Lévesque, il baisserait peut-être à nouveau son froc… pour lui faire dessus.

Coup de cœur: On va souhaiter un bon anniversaire et encore une longue vie au pont de Trois-Rivières qui aura 50 ans mercredi.

Coup de griffe: C’est fou les limousines ministérielles qui roulent en Mauricie ces temps-ci, avec souvent plein de beaux dollars dans les valises. On se demande bien pourquoi on est devenu si fréquentables.