Alcoa a intérêt à régler le conflit à l’ABI afin de profiter de la vigueur de l’économie américaine

ABI et tant pis pour le ketchup...

L’onde de choc n’avait pas fini d’être ressentie que les interrogations étaient déjà portées sur ce qui pourrait en résulter à Bécancour.

L’annonce de la décision du belliqueux président américain Donald Trump d’élargir au Canada ses tarifs douaniers punitifs sur l’acier et l’aluminium a aussitôt provoqué des inquiétudes sur les possibilités de rapprochement des parties qui pouvait s’être dessinées à l’Aluminerie de Bécancour.

On aura franchi dans dix jours le cap des cinq mois de lock-out. Il est plus que temps qu’il se passe quelque chose. Tout le monde perd. Le gouvernement par le truchement d’Hydro-Québec qui est privée d’énormes revenus, les propriétaires Alcoa et Rio Tinto, les 1030 travailleurs à la rue, les nombreux fournisseurs et sous-traitants et toute la région, au sud comme au nord, en retombées économiques disparues.

Or, après avoir rencontré séparément Lucien Bouchard, le conciliateur spécial mandaté au dossier, le syndicat des Métallos et la direction d’ABI ont accepté de s’asseoir l’un en face de l’autre lundi.

On ne peut certes rien en conclure, mais c’est par cela que s’amorce généralement le règlement d’un litige comme celui d’ABI. Le lock-out à l’aluminerie de Rio Tinto Alcan d’Alma, en 2012, avait été réglé au bout de six mois. Le conflit d’ABI est apparu jusqu’ici comme un calque de celui d’Alma.

Pour que la comparaison se tienne jusqu’au bout, il faudra bien que les pourparlers qui s’amorcent soient productifs, si on espère entreprendre en juillet les travaux de redémarrage des deux séries de cuves figées depuis le 11 janvier.

Avec les droits vengeurs du matamore américain, la question qui est apparue sur toutes les lèvres est bien sûr de savoir si cela est de nature à compromettre la réconciliation qui s’esquissait entre les parties. Est-ce que cela risque de refroidir l’intérêt des propriétaires à relancer la production dans un contexte où le métal qu’elle va produire va être frappé d’une taxe de dix pour cent?

On s’entend que si les exportations canadiennes d’aluminium vers les États-Unis avaient continué d’être exemptées de ces droits punitifs, cela aurait généré un fort avantage aux alumineries canadiennes.

Déjà qu’avec une tonne métrique dont le prix atteint les 2300 USD, les alumineries canadiennes sont toutes très rentables. Mais si en plus l’aluminium provenant de Chine, de Russie ou d’Europe était frappé de droits compensateurs et que ce ne soit pas le cas pour le Canada, l’avantage concurrentiel serait devenu considérable.

Ce ne serait vraiment plus une bonne idée de laisser les cuves d’ABI refroidies plus longtemps. Cela aurait assurément exercé un gros moyen de pression sur les propriétaires.

Cette nouvelle taxation, c’est un gros pépin, mais les forces du marché continuent de militer en faveur d’une relance de l’usine de Bécancour.

Il y a le prix du métal qui est excellent, mais aussi une demande américaine pour l’aluminium qui est en croissance.

En dépit de toutes les turpitudes de Trump, l’économie américaine demeure costaude, sur le bord de la surchauffe. La preuve en est qu’après un léger recul du Dow Jones jeudi, attribuable à la guerre commerciale qui venait d’être déclenchée, l’indice s’est aussitôt redressé avec l’annonce vendredi de l’addition de 200 000 nouveaux emplois aux États-Unis.

Une économie qui prospère, ça a besoin de matières premières et en particulier d’aluminium.

Tarif punitif ou pas, les Américains vont devoir continuer de commander de l’aluminium, principalement du Canada, son meilleur fournisseur. Ils vont simplement devoir payer plus cher leur métal d’importation dont ils ne peuvent se passer comme ils le font en ce moment pour le bois d’œuvre, matraqué lui aussi de droits compensatoires.

Ils se tirent dans le pied, mais telle est la fanfaronnade logique de leur président, qui veut piétiner le monde entier.

Comme tous les producteurs d’aluminium devront acquitter les mêmes tarifs douaniers, on revient finalement comme à la case départ.

La direction d’ABI aura donc de toute façon intérêt à relancer la production, si elle veut profiter de l’état du marché américain et des prix dopés par la force de la demande.

Le contexte de la rencontre de lundi entre patrons et syndicats reste donc propice à un rapprochement.

De notre côté, tout le monde a applaudi à la réplique musclée du gouvernement canadien. On pouvait redouter que le premier ministre Justin Trudeau ne se départisse de son esprit boy-scout.

Il arrive un moment où la gentillesse n’est plus de mise. On n’ira pas jusqu’à lui suggérer de crier des noms à Donald Trump ou de s’interroger publiquement sur son état mental. Bien que cette façon de faire a bien servi le président nord-coréen Kim Jong-un. Mais si par hasard il échappait un petit vilain mot, comme son père en était capable, on ne s’en offusquerait pas longtemps.

Quant à nous, se priver de pizzas américaines, c’est quasiment un bienfait pour notre santé. Ce sera facile de remplacer le Jack Daniel’s par des bières de nos micro-brasseries archi-médaillées. Ouais, il y a aussi le ketchup… En cette saison des hot-dogs, ce sera notre sacrifice collectif.

Coup de griffe: Puisque des conseillers municipaux promettent d’alléger sa tâche en l’ignorant, peut-être que René Goyette pourra finalement occuper à demi-temps sa fonction de chef de cabinet du maire Yves Lévesque.

Coup de cœur: À la ville de La Tuque qui a réglé avec une édifiante efficacité et dans un grand souci de ses citoyens pour l’inconfort qu’on devait leur imposer, son crucial problème de conduite d’eau.