La griffe à Beaudoin

Valérie Plante: oui mais... attention

Elle incarne peut-être la victoire de ce qu’on appelle les «progressistes» de Montréal, façon de désigner les «plateauistes» et tout l’esprit gauchisant qui les inspire, mais il faut reconnaître que l’élection de Valérie Plante à la mairie de la métropole a apporté quelque chose de très rafraîchissant dans le paysage politique québécois.

On pourrait même ajouter de rassurant en raison de l’étonnante simplicité, ajoutée à son perpétuel sourire, qui semble l’habiter tout naturellement. Elle a été jusqu’ici d’une grande sobriété dans tout et dans toutes ses apparitions en public.

Dans la jeune quarantaine, dégageant sincérité, honnêteté et détermination, on peut penser que les Montréalais, en dépit de l’extraordinaire travail accompli en un seul mandat par Denis Coderre, ont exercé un choix judicieux en faisant de Valérie Plante la première mairesse de leur ville. L’ex-maire n’avait assurément pas prévu que les Montréalais se réservaient comme apothéose des célébrations de leur 375e, une telle élection.
Comme à Montréal, le reste du Québec a applaudi cette nouvelle arrivée et cette semaine à son discours d’assermentation parce qu’elle entend placer le citoyen au cœur des priorités de sa ville.

Du coup, on se prend à souhaiter que ce vent «citoyen» qui caresse maintenant Montréal se propage au reste du Québec. C’est peut-être ce qui est en partie arrivé le 5 novembre, même si c’est en apparence moins fulgurant, dans plusieurs villes du Québec. À Trois-Rivières, avec l’élection de cinq nouveaux conseillers, on pressent déjà qu’une réflexion nouvelle va prendre place à la direction de la ville.

Après la gloire de la ville avec ses projets de grandeur, cela annonce que maintenant, ce sera la gloire du citoyen.

La «contamination» montréalaise, si l’on peut s’exprimer ainsi, devra cependant s’arrêter là.

Car pour mener à bien ses promesses, la nouvelle mairesse de Montréal n’aura pas le choix d’être extrêmement gourmande auprès des gouvernements de Québec et d’Ottawa. Tous ses prédécesseurs l’ont été. À cette différence qu’en raison de sa popularité, de son aura et de sa grande virginité politique, elle disposera dans les prochaines années d’un poids politique qui risque d’être démesuré.

On a vu avec quel empressement le ministre Martin Coiteux s’est retrouvé sur le même trottoir que Valérie Plante le lendemain de son élection. Avec des élections générales à venir au Québec dans moins d’un an et au fédéral l’année suivante, dans un contexte où il n’y a plus de véritables acquis pour les gouvernements sortants, on ne reculera devant aucune courbette pour paraître dans les bonnes grâces de sa nouvelle majesté. On voudra éviter de l’indisposer, car ce serait électoralement très périlleux.

Et la façon de rendre hommage et son tribut à un ou une élue politique, c’est d’acquiescer à ses demandes.

Pour réaliser ou mettre en marche ses engagements, Valérie Plante va devoir quémander des milliards de Québec et d’Ottawa… qui viendront en concurrence avec les attentes des autres villes et régions du Québec. Les ressources gouvernementales ne sont pas élastiques à ce point.

On ne retiendra que cette première grande promesse d’améliorer considérablement la mobilité des piétons, des cyclistes, des automobilistes, des transporteurs dans l’île de Montréal. Il faudra tout l’argent public disponible en infrastructures pour simplement s’en rapprocher.

Si Québec et Ottawa disaient oui à tout ce que veut Montréal, il ne resterait plus grand-chose pour le reste du Québec.
Déjà que l’investissement de ces deux gouvernements dans le Réseau électrique de Montréal (REM) a probablement été ce qui a repoussé le Train à grande fréquence de Via Rail devant relier Québec à Montréal en passant par Trois-Rivières.

Il y avait concurrence sur les disponibilités financières. Mais pour désengorger Montréal, pour parvenir à la meilleure mobilité promise, cela passera en plus par le prolongement de la ligne Bleu du métro et par la construction de la nouvelle ligne Rose, très chère mais si chère à la nouvelle mairesse.
Ces deux projets, c’est plusieurs milliards $ et il ne faudra pas qu’ils viennent écraser un projet comme le TGF, important pour le développement du Québec central et qui contribuerait aussi à la mobilité montréalaise.

La seule promesse qu’a faite Yves Lévesque au cours de la campagne électorale c’est de tout faire pour que le TGF se réalise. C’est un projet qui n’est pourtant pas du ressort municipal. Mais qui reste politique.

Que le maire de Trois-Rivières réclame le rétablissement d’un train de passagers entre Québec et Montréal, parce qu’il passerait dans sa ville, cela ne fait pas grand poids. Il lui faut élargir ses appuis politiques.

Cela explique probablement, en partie bien sûr, son désir de réintégrer l’Union des municipalités du Québec. Le nouveau président de l’UMQ, Alexandre Cusson, maire de Drummondville, l’en a convaincu, autour d’un café et de quelques toasts. Lévesque lui avait pourtant résisté dans cette tentative après avoir tourné le dos intempestivement à l’UMQ il y a deux ans.

Mais après avoir réclamé qu’il passe par Drummondville plutôt que par Trois-Rivières, Cusson appuie maintenant publiquement un TGF qui emprunterait la rive nord. Une concession plutôt facile à faire puisque la cause était déjà entendue chez Via Rail. En contrepartie, Trois-Rivières appuie Drummondville qui veut devenir une plaque tournante en transport ferroviaire sur la rive sud.

C’est une alliance qui peut faire sourire, en regard de la concurrence larvée que se livrent depuis longtemps les deux villes et des propos aigres-doux qu’ont souvent échangés leurs différents maires.

On peut penser qu’Alexandre Cusson n’a pas répété à Lévesque qu’il considérait Trois-Rivières comme faisant partie de la banlieue de Drummondville, comme il l’avait déjà dit en 2015. Que ce n’était qu’une question de temps pour que sa ville coiffe Trois-Rivières sur le plan démographique, cette «ville en déclin dans une région en déclin».

Il n’a pas dû lui rappeler non plus qu’il avait souhaité s’accaparer des fonds compensatoires restants de Gentilly-2 réservés à Trois-Rivières et à Bécancour.

La concurrence demeurera vive entre les deux villes à bien des égards. Il reste que c’est une bonne chose que puisse se constituer une influence politique forte en dehors de Montréal et de Québec et que cela émerge de la Mauricie et du Centre-du-Québec, qui ont déjà, avec un certain bonheur, formé une seule région.

Coup de cœur: C’est un nouveau-né, mais auquel on va souhaiter la longue vie qui lui est promise et qu’il mérite: le Festival international du film, le TR-IFF, Trois-Rivières, Images, Fêtes et Films, qui se déroule ce week-end.  

Coup de griffe: Pierre-David Tremblay, le nouveau maire de La Tuque est rempli d’idées et de bonnes intentions. Mais il aurait intérêt à faire une bonne tournée des commerces de sa ville. La Tuque n’est pas venue au monde le 5 novembre dernier.

La griffe à Beaudoin

Prétexte aux hostilités: le colisée

À 51,7 pour cent des voix exprimées, on ne peut pas dire qu’à Trois-Rivières, Yves Lévesque a fait exploser quelque plafond que ce soit.

Mais en remontant au-dessus des 50 %, il a fait mieux qu’en 2013 et peut réclamer une pleine légitimité pour diriger la ville puisqu’une majorité d’électeurs ont à nouveau voté pour lui.  

Si on remet ce résultat dans le contexte d’un cinquième mandat qui porterait à 20 ans sa domination politique de ce qu’il a longtemps appelé «la nouvelle grande ville de Trois-Rivières»,  il faut quand même lui concéder que sa victoire du 5 novembre doit être reconnue comme un véritable exploit. 

Mais on doit aussi constater que si Yves Lévesque et ses partisans ont pu vivre un bon moment d’euphorie dimanche soir, la soirée électorale n’était pas terminée qu’on esquissait déjà dans son entourage rapproché les premières grimaces d’inquiétude avec les rides de souci naissant qui vont avec.

Lévesque venait bien d’arracher une prestigieuse victoire, mais la nouvelle composition du conseil municipal qui se dessinait  le prévenait que les quatre prochaines années seraient probablement les plus difficiles pour lui à la mairie de Trois-Rivières.

L’homme a bien connu de fortes oppositions au sein de son conseil municipal à son deuxième mandat et au suivant, avec en particulier un Groupe des 7 structuré et inspiré par la conseillère Sylvie Tardif.

Mais là, on a beau faire les comptes, analyser, supputer les sympathies des uns et des autres, on arrive au mieux à sept conseillères ou conseillers qui pourraient se ranger plus naturellement derrière le maire. Ce qui ferait la moitié du conseil. Mais c’est loin d’être acquis.

Tous les élus se présentent comme «indépendants», des non-alignés qui promettent de n’aller que dans le sens des intérêts des citoyens, sans partialité politique. Mais sous ce couvert de neutralité se dissimule dans plusieurs cas une opposition encore sourde qui a hâte de s’exprimer.

Il va se forger des alliances naturelles et ce ne sera pas long à paraître. 

D’abord, avec la formation du conseil exécutif, qui génère l’avantage de générer un supplément de revenus à ses membres, comme c’est aussi le cas à certains sièges de commissions municipales. 

Ce sont des postes convoités. Mais pour s’en faire accorder un, il faut être gentil avec le maire et lui donner l’assurance qu’il en sera ainsi pendant un bon bout de temps, parce que c’est lui qui fait les nominations. 

L’autre occasion, et elle est déjà arrivée, qui permettra de commencer à discerner les nouvelles alliances autour de la table du conseil, c’est le colisée.

Il n’y avait pas vingt-quatre heures d’écoulées après les élections qu’on annonçait déjà l’urgence d’une grande «réflexion» sur la pertinence de réaliser, dans sa forme actuelle ou pas, le projet de colisée. 

On comprend que les jeux d’eau de l’amphithéâtre Cogeco, on n’en parlera même plus.  

Comme on associe volontiers le colisée à un autre des grands projets du maire, il devient le prétexte taillé sur mesure pour déclencher les premières hostilités. Il y a des élus, nouveaux comme anciens, qui ont hâte de se forger des muscles politiques avec cette controverse. De révéler leurs couleurs.

Dire qu’Yves Lévesque avait d’abord compté procéder pendant la campagne électorale à la levée symbolique de la première pelletée de terre du futur colisée. 

Quand on a commencé à se douter qu’on ne rentrerait pas dans les coûts prévus (autour de 56 millions $), on s’est ravisé en décidant prudemment de reporter à plus tard l’ouverture des soumissions. Ç’aurait autrement été électoralement périlleux. De nos jours, les contribuables-électeurs digèrent mal les dépassements de coûts.

Radio-Canada Mauricie nous apprenait vendredi qu’on aurait effectivement retranché plusieurs centaines de sièges et coupé plusieurs aménagements afin de rapprocher les soumissions des premières estimations.  

Même si on y arrivait par une telle gymnastique, ce ne serait plus le même projet, ce qui autoriserait d’anciens conseillers qui l’avaient approuvé de justifier une position de repli et à des nouveaux élus d’y aller selon leurs convictions. 

Le projet de colisée, qui semblait pourtant sur les rails, sera le premier grand dossier qui va diviser le conseil municipal de Trois-Rivières et permettre de voir là où chacun campe.

Le sondage Segma Recherche commandé par Le Nouvelliste et Cogeco Média 106,9 avait indiqué que les Trifluviens appuyaient le projet de colisée à hauteur de 54,7 % contre 40,2 % qui y étaient opposés. Il faut savoir que les électeurs qui appuyaient Yves Lévesque se prononçaient fortement en faveur du colisée et  que c’était exactement le contraire chez les appuis à Jean-François Aubin.

 On pourra s’amuser dans les prochaines semaines à observer les accointances qui se révéleront à l’intérieur du nouveau conseil municipal de Trois-Rivières. 

On peut d’ores et déjà affirmer que l’esprit autour de la table va être complètement différent que par le passé. 

Ce sera plus le conseil qui initiera les projets que le maire. Ce sera aussi un conseil beaucoup plus axé sur les attentes citoyennes simples que sur les grands projets, même s’ils contribuaient au rayonnement de Trois-Rivières comme l’amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent. 

Ce ne sera pas un conseil municipal de gauche, mais pas loin. Plus social, assurément. Les conseillers vont occuper plus de place dans l’espace public et certains pourraient même être perçus comme des activistes. 

Yves Lévesque acceptera-t-il de s’installer comme un grand sage au-dessus de la mêlée, qui ne dirait plus rien parce qu’on ne voudrait simplement plus savoir ce qu’il a à dire? Il peut être un peu zen, mais pas à ce point.  

S’il n’est pas à la barre de sa barque municipale, il va trouver le temps long. Ce cinquième mandat risque de devenir pour lui le plus long de sa carrière. 

Il ne faudrait pas se surprendre que le goût du large s’empare de lui. Et le goût du large, dans son cas, ce serait d’aller ailleurs en politique. Il y aura des élections au Québec l’an prochain et un besoin de candidats pour les partis politiques. Il y aura surtout des élections fédérales l’année suivante, un niveau où Yves Lévesque aurait déjà aimé se faire voir.

Même s’il vient à peine d’être réélu, l’homme regarde déjà un peu plus loin que les limites de sa ville. C’est devenu bien loin quatre ans.


Coup de griffe: Faut-il se surprendre que le champion nord-américain de la taxation toutes catégories, le Québec, choisisse héroïquement de prélever seul, non seulement sa TVQ sur Netflix, mais aussi la TPS fédérale? Un champion, c’t’un champion. Il n’y a pas que GSP qui pratique la prise du sommeil.

Coup de cœur:  Est-ce qu’il y a des «tout-inclus» dans les paradis fiscaux? Pas nécessaire, semble-t-il. Dommage, si c’était le cas, on aurait pu tenter d’impressionner notre entourage en disant qu’on va dans le sud, comme aux îles Caïmans, mais pour régler quelques petites affaires.   

La griffe à Beaudoin

Un peu d’effet Coderre dans la région

L’euphorie dans le clan des adversaires au maire sortant de Trois-Rivières, Yves Lévesque, n’aura duré qu’une demi-heure après la fermeture des bureaux de votation.

On l’a vu, le candidat Jean-François Aubin s’est installé dès le départ en tête dans les premiers résultats, en même temps qu’à Montréal, Valérie Plante, l’adversaire au maire sortant Denis Coderre marquait ses premiers points d’avance. 

Il y avait peut-être l’effet Coderre, que beaucoup de maires sortants à travers le Québec, redoutaient, depuis que de sondage en sondage, la défaite du maire sortant de Montréal était annoncée comme probable.

Est-ce qu’il y a eu un effet d’entraînement, il faudra voir. Mais les premières analyses nous montrent qu’il y a eu un ressac chez les élus sortants en faveur d’un grand changement.

Si les partisans d’Yves Lévesque ont pu échapper enfin un premier soupir vers 20 h 30, ils n’ont pas eu le choix de rester assis d’inquiétude sur le bout de leur chaise jusqu’à tard en soirée. Car si une avance de cinq à six points semblait vouloir se confirmer, la victoire est toujours restée courte avec à peine 51 ou 52 pour cent des voix exprimées. Une victoire qui s’est dessinée à la petite cuillère, sans grand éclat. 

Si les votes du troisième candidat, André Bertrand, qui pouvaient aussi être considérés de protestation à l’endroit d’Yves Lévesque, avaient été portés à Jean-François Aubin, on aurait vraiment pu parler d’une victoire à l’arrachée.

Il reste que pour un cinquième mandat, quand on considère des facteurs comme l’usure du pouvoir mais aussi les indispositions que génèrent au fil des ans les décisions controversées qu’un maire doit prendre, même une victoire raccourcie signifie une belle victoire.

Il faut cependant regarder la formation du nouveau conseil municipal pour comprendre qu’Yves Lévesque aura maintenant moins d’alliés plutôt inconditionnels autour de la table du conseil municipal. Le fait d’être perçu comme un pro-Lévesque n’a pas été cette fois-ci perçu comme un atout électoral. Lui qui, jusque-là, faisait la vie dure sur le plan électoral aux «récalcitrants» a perdu des appuis et ceux qui ont résisté sont apparus comme des survivants, avec des majorités plus qu’amoindries. 

On peut penser qu’on aura à Trois-Rivières un conseil municipal plutôt indépendant. 

On ne compte pas moins de sept nouveaux venus. Il faudra donc voir comment le maire Lévesque sera à l’aise de composer avec cela. Même si ce cinquième mandat est un exploit et qu’il égalera en temps, s’il remplit tout son mandat, le règne de Gilles Beaudoin, son ascendant politique sera forcément moins puissant qu’il ne l’a été jusque-là. 

La réélection pour un troisième mandat de Michel Angers à la mairie de Shawinigan a pris beaucoup moins de temps à être confirmée. Ce qui n’était pas une surprise. De tous les maires sortants de la région, il était celui dont la victoire était la plus acquise. 

Dès les premiers résultats et jusqu’à la fin, Michel Angers n’a jamais été menacé par son principal adversaire, François Bonenfant et encore moins par Judeline Corriveau, qui a malgré tout fait une performance respectable, compte tenu qu’elle était comme sortie de nulle part..

Sa victoire est sans équivoque et Michel Angers a reçu largement la pluralité des voix exprimées. Mais sa majorité aura quand même été amoindrie comme le pourcentage des votes exprimés en sa faveur qui avait atteint 77 pour cent en 2013.

Il y en a au moins un qui a semblé l’avoir facile et c’est le maire sortant de Louiseville, Yvon Deshaies, auquel deux électeurs sur trois ont accordé leur faveur. 

On se doutait que le maire au petit chapeau, aux boucles et aux chemises colorées, mais surtout au franc-parler somme toute rafraîchissant pouvait espérer la victoire. Elle s’est révélée beaucoup plus décisive qu’on l’attendait. 

Dans son cas, on peut reconnaître que ce ne sont sûrement pas les médias, qui l’ont sollicité d’abondance au cours des quatre dernières années, ne serait-ce que pour faire une bonne «cote», parce que ces réflexions pouvaient détonner, qui vont s’en plaindre. 

À La Tuque, on peut dire que la lutte a été très serrée jusqu’à la fin entre Rémy Beaudoin, qui était identifié comme le dauphin de l’ancien maire Normand Beaudoin et Pierre-David Tremblay, jusque-là maire de la Bostonnais. C’est finalement ce dernier qui l’a emporté, mais par moins de trois pourcent des suffrages.

Le leitmotiv du maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, de «bien faire et laisser braire» aura finalement eu raison de Martine Pepin, l’ancienne directrice générale de la Chambre de commerce du Cœur-du-Québec, qui s’était révélée une adversaire coriace en multipliant les reproches et les attaques. 

Au niveau des mairies, les électeurs de la région sont en général demeurés conservateurs, ou prudents, en reportant les maires sortants au pouvoir, mais en leur signifiant quand même, par un manque d’enthousiasme électoral, des réserves.

La griffe à Beaudoin

Aux urnes! Non aux urnes citoyens! C’est presque pareil!

Ils seront plus de 700 dans la région, en Mauricie et dans la partie nord du Centre-du-Québec, des femmes et des hommes, à attendre dimanche soir avec une certaine nervosité, mais avec aussi beaucoup d’espoir, votre verdict.

L’implacable verdict des urnes, qui scellera leur sort politique au municipal, qui fera plus de déçus que d’élus, car ils sont souvent plusieurs à convoiter un même siège de conseiller ou de maire.

Pour se faire valoir auprès de leurs concitoyens, ils auront souvent investi dans des affiches et des dépliants, ils vous auront parfois mis en garde contre leur adversaire, avec, c’est selon, plus ou moins d’élégance. Ils auront surtout multiplié les poignées de main et dans bien des cas, sacrifié quelques kilos dans leurs efforts pour aller à la rencontre des gens et à faire leur porte-à-porte.

Ils se seront beaucoup démenés pour vous séduire. Ce ne serait qu’honnêteté d’aller leur donner votre appréciation en exerçant ce privilège démocratique qui s’appelle le droit de vote et, par induction, son devoir de citoyen.

Ça tombe bien, il ne fera pas très beau dimanche. Alors aussi bien aller faire un petit tour au bureau de votation. Les électeurs l’ont déjà fait en bon nombre dimanche dernier, témoignant d’un intérêt certain pour leur administration municipale. Il faut maintenant aller plus loin et franchir, le plus possible, le niveau des 50 pourcent de suffrages exprimés.

Ce n’est pas les chaudes luttes électorales qui ont fait défaut ni manqué de couleurs et d’émotion, dans les districts comme dans les mairies. 

D’abord, là où il y a ces imprévisibles luttes à deux, comme à Saint-Tite ou Bécancour.

L’affrontement en apparence le plus corsé a probablement eu lieu dans Bécancour. Cela tient au ton particulièrement agressif qu’a adopté l’aspirante Martine Pepin dans l’espoir de désarçonner Jean-Guy Dubois, le maire sortant. Un homme qui, justement, à son contraire, affiche une personnalité calme, peu belliqueux de nature, et qui cite avec abondance une expression qui lui est chère et qui reflète sa philosophie dans la conduite des choses: «Bien faire et laisser braire».

Au-delà des tempéraments de l’une et de l’autre, il y a une vision de fond qui s’affronte entre les collaborations qu’a favorisées le maire Dubois entre sa ville et Trois-Rivières sur le plan du développement touristique et économique et qu’a pourfendues avec beaucoup d’ardeur sa rivale en réclamant de pouvoir reprendre les clés de la ville.

Ce sera à surveiller.

À Saint-Tite aussi il y a une lutte à deux, dont l’issue reste incertaine, entre le maire sortant, André Léveillé et une conseillère municipale, Annie Pronovost. 

Le maire Léveillé était devenu un habitué des réélections sans opposition. Mais il avait cette année décidé de se retirer de la vie politique, avant de se raviser in extremis parce que son poulain, le maire sortant de Saint-Prosper, n’était pas éligible comme candidat. 

Un épisode un peu loufoque qui pourrait ne pas être sans conséquence dans le choix des électeurs. C’est ce qu’on a hâte de savoir.

On peut se demander si le maire sortant de La Tuque, Normand Beaudoin, qui a semblé avoir réfléchi presque jusqu’à la date limite ne serait pas resté dans les rangs s’il avait su qu’il y aurait quatre autres candidatures à sa mairie. 

La Tuque aura donc forcément un nouveau maire. Difficile de déterminer un gagnant, car au débat de la Chambre de commerce locale, personne n’a cassé la baraque. Et personne ne s’est envoyé de flèche empoisonnée, pas même, en pleine période de chasse, une balle «égarée!» 

On a beaucoup parlé de «pot» à Louiseville. En fait, beaucoup plus les médias qui y ont tiré une ligne électorale, en raison de la position favorable avouée à sa légalisation du maire sortant Yvon Deshaies, qui a reconnu sans gêne en avoir consommé… quand il était dans l’armée. 

Mais on ne peut pas dire que cette question du cannabis, thérapeutique ou pas, soit devenue un facteur déterminant dans la campagne.

C’est plus l’entrée dans la course, presque au son de la cloche, de l’ex-maire Guy Richard qui a fait jaser, alors qu’on se dirigeait dans un affrontement à deux avec Laurent Robitaille. 

Il y a donc une division du vote d’opposition susceptible de garder à la tête de Louiseville leur petit maire au franc-parler et à la tenue aussi colorée qu’à ses propos. 

À Shawinigan, c’est probablement la réélection la plus acquise chez les maires sortants de la région.

Michel Angers n’est jamais apparu menacé, d’autant qu’il peut compter sur deux rivaux  pour diluer la présumée faible insatisfaction à son endroit: François Bonenfant, un habitué des séances de l’hôtel de ville et, comme sortie de nulle part et d’arrivée récente à Shawinigan, de Judeline Corriveau, une employée de CGI.

Et pourtant, le maire sortant s’est fait brasser dans les quelques débats qu’il n’a pas hésité à accepter, sans doute parce qu’il se sentait en grande confiance. 

On s’entend. Michel Angers ne s’est aucunement fait déboulonner. Mais ces affrontements ont permis à ses deux adversaires de se donner du coffre électoral et en particulier à Judeline Corriveau de démontrer qu’elle avait du répondant et qu’elle n’entendait pas être une simple figurante. 

La démonstration, peut-être, que les débats ne servent que les aspirants, comme en est très convaincu le maire sortant de Trois-Rivières, Yves Lévesque, qui a refusé tous ceux qu’on lui proposait.

Pourra-t-il arracher un cinquième mandat? 

La question qui se posait cette semaine n’était pas de savoir s’il allait remporter cette, en principe, ultime victoire, mais par quel pourcentage. 

Les plus optimistes à son endroit osaient monter jusqu’à 60 pour cent. Mais pour la plupart, même chez ceux qui ne lui témoignaient pas d’affection, on le réduisait plutôt à plus ou moins 55 pour cent.  

Personne ne le situait dans les 80 pour cent, son niveau de popularité révélé à la mi-campagne par le sondeur Segma Recherche pour le compte du Nouvelliste et de Cogeco Média 106,9.

Depuis, la campagne s’est corsée, mais aussi, chaque fois qu’il est mis en avance, le vote Lévesque a tendance à se ramollir, car on sent moins la nécessité d’aller déposer son vote en sa faveur. 

Ce qui n’est pas le cas de ceux qui ne l’aiment pas et qui sont très impatients d’aller le lui signifier dans les urnes. Ce qui profitera essentiellement à Jean-François Aubin, conseiller municipal, qui est entré tôt dans la campagne et qui s’est érigé, à la différence d’André Bertrand, comme le véritable adversaire du maire sortant. Celui qui peut le renverser.

On ne peut quand même pas négliger qu’Yves Lévesque n’avait guère fait mieux que 55 pour cent en 2009 et qu’il avait glissé sous les 50 pour cent en 2013. 

Il est vrai qu’en 2009, il avait provoqué une puissante grogne populaire en envoyant à la poubelle un registre des électeurs qui s’opposait à un règlement d’emprunt pour Trois-Rivières sur Saint-Laurent et qu’en 2013, la fièvre électorale était au maximum après quatre ans d’opposition soutenue de la part du Groupe des 7 et de Force 3R. 

Il y a eu moins de tumulte au cours des quatre dernières années, mais il reste beaucoup de plaies non cicatrisées et une usure du temps qui peut générer le goût du changement.

À Trois-Rivières comme ailleurs, on sera assis sur le bout de nos chaises dimanche soir.

La griffe à Beaudoin

Les clés de Bécancour et le pot de Louiseville

Dans une campagne électorale municipale, la plupart des maires sortants préfèrent affronter plusieurs candidats qu’un seul, parce que cela favorise, comme on s’en doute, la division du vote d’opposition.

On pourrait croire qu’à cet égard le maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, est particulièrement gâté puisqu’il affronte un groupe, le Groupe Pepin.

Il n’y a en réalité qu’une seule adversaire, Martine Pepin, ex-directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur du Québec. L’idée de présenter toutes ses propositions au nom de Groupe Pepin plutôt qu’en son nom personnel, c’est de signaler qu’elle est à la tête d’une équipe qui compte quatre candidats à des postes de conseiller municipal.

On est donc à la mairie de Bécancour en présence d’une véritable lutte à deux et elle a fait beaucoup de flammèches. De nombreux coups ont été portés au haut comme au bas du corps, comme on dirait au hockey.

Cela peut surprendre quand on connaît le tempérament presque zen du maire sortant, d’un général plus conciliant que belliqueux. Mais comme il sait jouer des mots d’esprit et que les réparties assassines lui viennent facilement, la campagne n’a pas manqué de couleurs. «Je ne vous promets pas un mandat parfait, mais un mandant sans pépin», a-t-il conclu ironiquement lundi soir lors du débat organisé et diffusé par la station de radio CKBN.

Un débat qui a pris à plusieurs moments l’allure des bonnes vieilles assemblées contradictoires avec une Martine Pepin très incisive et qui a multiplié à l’endroit de son adversaire, comme elle l’a fait au cours des semaines précédentes, les attaques tous azimuts. Avec, disons-le ainsi pour rester gentil, un brin d’interprétations forcées, à la nouvelle mode américaine, peut-être.

Ce qui a eu comme conséquence de garder le maire Dubois sur la défensive et contraint à réexpliquer, en restituant leur contexte, certaines décisions prises par son administration.

Ce qui lui ouvrait cependant la porte à des répliques cinglantes, comme de s’indigner du fait que son adversaire ait qualifié l’apparence de la tour du quai de Sainte-Angèle-de-Laval de boîte à biscuits soda, ce qui n’a probablement pas été sa meilleure inspiration.

Mais la tour du quai risque peu de devenir la question de l’urne, celle qui fera pencher l’électeur d’un bord ou de l’autre. Surtout dans une ville de Bécancour où près de la moitié de la population se concentre maintenant dans le secteur Saint-Grégoire, au pied du pont.

À qui reviendront ces «clés de la ville» que Martine Pepin a promis de reprendre, parce qu’à son avis, Jean-Guy Dubois les aurait échappées à Trois-Rivières.

Le grand rapprochement qui s’est opéré au cours du dernier mandat entre Bécancour et Trois-Rivières a été la question la plus débattue durant la campagne.

Au-delà de la navette fluviale qui a connu beaucoup de succès, ce sont les ententes de collaboration sur les plans économique et touristique avec Trois-Rivières qui ont suscité les plus vives contestations de la candidate Pepin.

«La meilleure décision» qui a pu être prise, selon l’actuel maire, dans ce qui est convenu d’appeler la Zone économique naturelle. Une quasi-trahison s’il faut en croire son adversaire, qui propose plutôt un resserrement des relations avec des villes comme Drummondville, citée en exemple.

Il faudra voir s’il y a une crise identitaire à Bécancour qui se reflétera dans les urnes. Mais aussi dans quelle mesure la campagne agressive menée par Martine Pepin aura été productive ou improductive.

On se chicane moins fort à Louiseville. En tout cas, on ne peut pas dire que les candidats ont lourdement investi dans l’affichage électoral. Les barbouilleux de moustaches, de lunettes ou de cornes sur les pancartes électorales sont en disette.

À moins qu’on en ait échappé une, il faut être attentif pour repérer sur l’avenue Saint-Laurent, au cœur de la ville, celles de Laurent Robitaille, d’un bleu pâlette, sur lesquelles il promet de s’occuper de l’avenir de Louiseville.

Celles de l’ex-maire Guy Richard, qui veut prendre sa revanche en offrant son expérience, son intégrité et sa fiabilité, sont d’un bleu plus vif. Sauf qu’il n’y en a qu’une seule épinglée à un poteau.

Sur l’Avenue, Yvon Deshaies, le maire sortant, n’en a pas davantage. Mais il est facilement reconnaissable avec son petit chapeau et son nœud papillon d’un rouge vif. Il a éparpillé ses pancartes dans la ville et on peut présumer qu’il estime avoir beaucoup de qualités, car d’une affiche à l’autre il se présente différemment. Tantôt il est à l’écoute et proche des gens, tantôt il fait valoir son expérience et sa capacité d’agir ou bien simplement qu’il est un homme travaillant.

À la Tabagie Grand-Père, au petit coin des placoteux ou sur les banquettes rondes des années ’50 du comptoir à café où le tout-Louiseville vient à un moment ou l’autre prendre ses aises et les potins de la place, on assure que le ton a souvent monté. Mais pas au point qu’on doive sonner la cloche pour calmer le jeu.

La campagne à la mairie ne soulève pas de passion. C’était aussi comme ça il y a quatre ans. «On s’intéresse plus au gros lot de la 6/49», m’a-t-on répondu à une table du Valentine , où une dizaine de retraités sirotaient très lentement leur café quotidien.

Même en insistant, personne n’était en mesure de fournir les noms des candidats. «On garde le fumeux de pot», a finalement fini par avouer l’un d’eux, ce qui témoignait d’un certain niveau de connaissance de la vie municipale de Louiseville.

L’ennui dans son cas, c’est qu’il demeure à Maskinongé, le village voisin et que le maire a bien fumé du pot, mais quand il était dans l’armée. Et que l’usine qui est en construction et qu’on aurait aimé accueillir un peu partout dans la région, ce n’est pas pour les éventuels besoins récréatifs du maire, mais pour produire du cannabis thérapeutique.

Difficile de cerner s’il y en a un qui a plus d’élan que les autres, mais dans une lutte à trois, le maire sortant est susceptible d’être favorisé.

La griffe à Beaudoin

Grâce à Poulin on a une campagne

Chronique / Finalement, on a une campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières. Jusqu’à cette semaine, jusqu’à mardi matin en fait, on avait l’impression que le maire sortant, Yves Lévesque, roulait sans souci sur une autoroute électorale qui allait lui accorder le cinquième mandat qu’il réclame. Il faut dire que la semaine précédente lui avait particulièrement bien pavé la voie.

D’abord, une photo dans Le Nouvelliste du débat à la mairie organisé par l’association étudiante de l’UQTR montrait une salle presque vide. Ce qui pouvait laisser comprendre qu’Yves Lévesque était justifié dans ses refus de participer à ce type de confrontation.

Ensuite, il a tenu une assemblée de lancement de campagne monstre, au point que le trafic s’en est trouvé momentanément bloqué sur Gene-H.-Kruger et qu’on a été contraint de refuser l’entrée à des partisans, la capacité de la salle ayant atteint sa limite.

On ne portait déjà plus à terre dans le clan Lévesque que le premier volet du sondage de Segma Recherche commandé par Le Nouvelliste et Cogeco Média révélait à son endroit la réapparition d’un taux de popularité de presque 80 %.

N’en remettez plus, la coupe était pleine. On avait beau dire chez les adversaires d’attendre de connaître comment cela se traduirait dans les intentions de vote, car cela ne correspondait pas à leur perception sur le terrain, le moral de leurs supporteurs était descendu en dessous des talons. Alors que celui des partisans de Lévesque était à l’inverse en grande ascension.

Ça lévitait, ça lévitait… On peut comprendre.

Il restait quand même un petit doute. Chez les opposants, tout le monde tentait de se réconforter au rappel de l’élection de 2009 où la même firme de sondage avait aussi constaté un fort appui au maire sortant qui avait pourtant fondu à 55 % dans les urnes.

Un bien court suspense, car on apprenait lundi qu’Yves Lévesque recevait presque 65 % des intentions de vote et Jean-François Aubin, moins de la moitié, avec un peu plus de 31 %. Avec 3,8 % des intentions en sa faveur, André Bertrand, le troisième candidat, n’atteignait même pas la capacité de nuisance à Aubin que certains lui prêtent.

On pouvait bien tortiller encore un peu les résultats de 2009 et brandir le maigre même pas 50 % obtenu par Lévesque en 2013, les célébrations étaient commencées dans les rangs «lévesquiens» et la résignation, pour ne pas dire la grande déprime, installée chez les «aubiniens».
Et puis vlan! Devant l’hôtel de ville, l’ancien greffier Gilles Poulin, un homme ordonné, réputé d’une droiture irréprochable et doté de la grande neutralité politique requise à sa fonction, que l’on croyait occupé à écouler une retraite paisible, se laissait photographier aux côtés du candidat Aubin, qu’il appuie. L’homme a fait trembler les colonnes du temple municipal.

Dans une longue lettre d’indignation publiée le matin même dans Le Nouvelliste, il écrivait: «Il faut congédier Lévesque» qu’il a décrit comme autoritaire, irrespectueux de la démocratie, politicailleur et mesquin. Il en a tracé un portrait de despote.

L’ex-greffier en avait gros sur le cœur. Ses frustrations refoulées depuis plusieurs années ne demandaient qu’à exploser. Il faut dire qu’on l’avait à l’œil au premier étage de l’hôtel de ville, qu’on espérait le prendre au piège un jour ou l’autre. On était même allé jusqu’à faire fabriquer une étude négative sur son travail dans l’idée de s’en «débarrasser». Mais on n’y a finalement pas donné suite. Le mauvais coup était risqué.

Maintenant, est-ce que les «révélations» de l’ex-greffier ont fait virer le vent de bord? Ce n’est pas sûr.

Sa virulente sortie contre Lévesque a assurément stigmatisé les troupes d’Aubin. Cela leur a donné de quoi jaser plus fort, de quoi perdre les complexes que la campagne, avec la présumée force de Lévesque, leur avait générés.  

On a pu l’observer dans les échanges dans les restos et les cafés. L’espoir était réapparu.

Mais en même temps, en raison de sa dureté, mais aussi de la probité reconnue de l’homme qui l’a faite, cette sortie a été reçue comme une attaque en bas du ventre par beaucoup de partisans d’Yves Lévesque qui ne mâchaient pas leurs mots pour exprimer leur colère.

Chez les proches organisateurs de ce dernier, on a même pu juger que c’était une bonne chose, car leur plus grand défi était de mobiliser leurs appuis le jour du vote. Pas facile de faire reconnaître l’importance d’un vote quand son candidat caracole dans les sondages et qu’on le donne gagnant haut la main.

Or, la réaction vive et souvent outrée de sympathisants à Lévesque, aux propos de Gilles Poulin, peut laisser croire qu’on aura moins besoin de les relancer le jour des élections.

Ça commençait à ronronner dans le clan Lévesque. L’ex-greffier les a réveillés.

On verra le 5 novembre si celui-ci a sonné un réveil trifluvien. Ce qui est sûr, c’est qu’il a donné tout un électrochoc à une campagne municipale un peu trop somnifère à la mairie de Trois-Rivières.

Depuis, on s’amuse. On disserte sur le salaire du chef de cabinet du maire et on a même pu lire dans nos lettres de la page Opinions qu’un certain Pierre Clouâtre apporte son appui à Lévesque, pour la grandeur de son œuvre. Il n’y aurait rien là, si on ne savait que Clouâtre s’était opposé à Yves Lévesque à la mairie de Trois-Rivières-Ouest et qu’il a été par la suite un des principaux piliers de Force 3R, un parti politique férocement anti-Lévesque.
Converti ou repenti, on ne sait trop. Mais cela nous prouve qu’il y a bel et bien une campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières qui nous réserve peut-être d’autres rebondissements.

Coup de griffe : On est peut-être en train de dresser un registre des culottes à terre ou des mon’oncles cochons.

Coup de cœur : Avec Dédé Fortin et ses Colocs, croyez-moi qu’on va «se tasser de d’là», l’an prochain à l’amphithéâtre, mais avec un plaisir fou et sans «coke dins’yeux» ni «héro dans le sang».

La griffe à Beaudoin

CSAD: le contribuable devra payer

(Chronique) «On est prêt à arriver à une solution pour sauver le CSAD.»

Même après d’infinies réserves sur la responsabilité qui devrait incomber à la Ville de Trois-Rivières dans  le maintien des opérations du Complexe sportif Alphonse-Desjardins, le fait que le maire Yves Lévesque ait prononcé le mot «sauver» constituait déjà une petite victoire pour la Commission scolaire du Chemin-du-Roy. 

En rapportant cette semaine un déficit accumulé de 4,2 millions $ attribuable en totalité au CSAD, Claude Lessard, le président de la Commission scolaire, avouait qu’il souhaitait que la situation déficitaire du CSAD fasse partie du débat électoral municipal.

Même s’il invitait toutes les candidates et tous les candidats aux postes de conseiller ou de maire à s’exprimer sur le sujet, on sait bien que c’était avant tout les candidats à la mairie qui étaient visés, et peut-être surtout, parce que c’est celui qui est en place et que son potentiel de réélection existe,  il voulait faire se compromettre Yves Lévesque.

Pour le candidat à la mairie André Bertrand, la cause est entendue. La Ville n’a pas à acquérir ces installations .

De son côté, l’aspirant à la mairie offrant le plus fort potentiel, Jean-François Aubin, a d’abord renvoyé la balle au ministère de l’Éducation, qui a approuvé le CSAD, en y ajoutant cependant beaucoup de nuances et une certaine ouverture. «Il faut… que chacun y mette du sien.»

L’option du transfert du CSAD à la Ville de Trois-Rivières a été rejetée par tous les candidats. Par contre, même si c’est du bout des lèvres, Lévesque et Aubin admettent qu’il faudra accepter de discuter pour dénouer le problème.

C’est vrai que le CSAD est un équipement qui appartient à la Commission scolaire, même si dans les faits la ville et ses citoyens en sont à 75 % les utilisateurs, le reste du temps étant occupé par le programme sport-études de la Commission scolaire.

On s’entend que si le CSAD ne générait pas de déficit, la Commission scolaire ne se proclamerait pas en mode panique pour s’en débarrasser ou s’assurer que la Ville ramasse son ardoise déficitaire.

Le CSAD est dans son genre un équipement assez unique et prestigieux au Québec qui a fait l’admiration de tous ceux qui l’ont visité, à commencer par les politiciens, dont l’ex-premier ministre Jean Charest qui l’avait inauguré.

C’est le genre de complexe que l’on souhaiterait voir implanté partout. Au sport-études, par exemple, la diplomation des élèves inscrits y atteint 99 pour cent comparée à 75 pour cent dans le programme scolaire régulier. Mais c’est aussi, en raison de ses nombreux plateaux, une offre sportive et récréative inestimable pour une communauté. 

Et un outil de développement touristique de première valeur, car on peut y tenir beaucoup de championnats sportifs d’envergure.

Qu’on pense seulement à la Coupe Burrows qui a réuni cet été 1100 joueurs de dekhockey, une discipline sportive en forte croissance. Avec les parents et les amis qui les suivent, ça doit bien valoir en retombées économiques un ou deux superbes bateaux de croisière qui s’amarrent au port de Trois-Rivières.

Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, pourtant un ancien député de Trois-Rivières, refuse de se mouiller, pour l’instant, et prévient qu’il n’est vraiment pas chaud à l’idée de ramasser le déficit du CSAD. La Commission scolaire n’a pas de volonté, ni même de pouvoir de taxation pour assumer les déficits annuels du CSAD et il n’est pas question pour elle de détourner dans ce sens la moindre cenne du reste de ses responsabilités éducatives et de ses services aux élèves.

Tout le monde se tourne donc vers le partenaire devenu récalcitrant, la Ville de Trois-Rivières, à qui on voudra faire porter l’odieux si, dans un coup de force, on annonçait un jour la fermeture pure et simple du CSAD.

La Ville a une entente d’utilisation de 25 ans avec la Commission scolaire qui lui coûtera 20 millions $. 

Au moment de la signature de celle-ci, en 2013, les deux parties présumaient que les opérations du CSAD seraient à coûts nuls.  

Sauf qu’on a appris dès l’année suivante, à la suite d’un rapport de la Vérificatrice générale du Québec que, dans les faits, c’était loin d’être le cas et que ça ne le serait pas davantage dans l’avenir. 

Il semble que la direction du CSAD parvenait à camoufler des pertes annuelles de 800 000 $ à 1,2 million $ par des inscriptions comptables faussées. Il faut être prudent là-dessus, car la Commission scolaire poursuit en justice d’anciens hauts dirigeants du CSAD et une firme comptable qui ont répliqué par des contre-poursuites.

Il y a qu’en plus, la Ville, qui voulait y rattacher son futur colisée, s’est détournée du CSAD au profit du District 55.

On murmurait à l’époque que les phases à venir servaient à éponger les pertes précédentes. Un genre de fuite en avant. Le colisée, c’était la phase 5, un très gros morceau pour le CSAD qui prévoyait jusqu’à dix phases de développement. La grosse affaire…

Avec pas de colisée, c’était le début de l’effondrement. 

Même si on a mis sur pied un comité tripartite, Ville, Commission scolaire et CSAD pour tenter de régler le problème budgétaire, c’est l’impasse.

La Ville s’en tient à l’entente initiale qu’elle refuse de rouvrir. Même que les en-lieux de taxes de plus d’un demi-million qu’elle retournait chaque année à la Commission scolaire n’ont pas été versés cette année. Parce que cette allocation n’était pas comprise dans l’entente, la Ville est dans son plein droit légal de retenir le chèque. Dans son plein droit moral, c’est à voir…

On peut comprendre les hésitations de la Ville, car en plus du déficit annuel moyen d’un million de dollars, le CSAD nécessitera, très bientôt,  plusieurs millions d’investissements dans la remise à jour de certains équipements. La «promise» n’apparaît pas dans toute sa splendeur économique. 

Qui devra payer? Le ministère de l’Éducation, la Commission scolaire, la Ville? On s’entend que, d’une façon ou d’une autre, ce sera le contribuable.

Coup de griffe: Faudra vraisemblablement pas compter sur les Cataractes ni sur les Canadiens pour nous remonter le moral. À moins que Nashville, avec Samuel Girard et P.K. Subban, fasse l’affaire. Avec Saint-Tite, on est un peu western dans la région.

Coup de cœur: Faudra-t-il l’appeler saint Donald Martel, tant il était peiné cette semaine que les députés de la Mauricie, qu’il espère renversés par la CAQ l’an prochain, n’aient pas eu de ministères et Julie Boulet, un plus gros. L’âme politique a parfois de ses mystères…


La griffe à Beaudoin

Le plaisir électoral sera partout

Il y a comme toujours beaucoup d’appelés, ou qui se présument appelés ou souhaitent vivement l’être, mais il n’y aura au bout du compte pas plus d’élus qu’il n’y a de postes à combler.

Si on fait un calcul simple, il y aura bien le cinq novembre au soir, journée du scrutin municipal, dans les sept villes de la région, 76 déçus parmi les aspirants à des postes de conseiller et onze dans les aspirants à la mairie.

Avec la fermeture des candidatures vendredi à 16 h 30, la carte électorale est fermée. On sait maintenant qui pourra mettre sa face sur les poteaux, bien que plusieurs l’aient déjà fait et que beaucoup, comme à l’habitude, ne vont pas le faire. C’est leur choix, souvent imposé par les limites de leur maigre financement électoral.

Les politiciens vont certes prendre la parole, et plus souvent qu’à leur tour dans les quatre semaines à venir. Mais le dernier mot, ce sont les électeurs qui vont le prononcer. Une fois aux quatre ans, ils les tiennent par les… parties sensibles. On ne peut pas dire que les électeurs exagèrent. 

La dernière journée pour le dépôt officiel des candidatures n’a pas réservé énormément de surprises, si ce n’est que l’ex-maire de Louiseville, Guy Richard, a déposé la sienne dans les dernières heures et qu’on s’est demandé jusqu’à vendredi si Judeline Corriveau n’avait pas changé d’idée. Elle affrontera Michel Angers.

Il fallait en avoir la certitude. 

Comme on s’y attendait, Geneviève Dubois, qui avait accédé à la mairie de Nicolet en octobre 2016, a été réélue sans opposition. 

Il y aura donc des luttes à la mairie dans six des sept municipalités de la région et on ne peut guère tenir d’acquis presque nulle part chez les maires sortants.

Les résultats électoraux de 2013 ne peuvent que forcer Yves Lévesque, le maire de Trois-Rivières, à beaucoup de prudence, car il avait alors glissé sous la barre des 50 pour cent de votes en sa faveur. 

Celui que l’on peut désigner comme son principal adversaire, Jean-François Aubin, lui oppose certes une expérience politique plus modeste et une notoriété plus courte. Mais l’ex-conseiller municipal a confirmé sa candidature dès le début de l’année et il s’est appliqué avec beaucoup de sérieux à faire ses devoirs de candidat. Il a fortement gagné en confiance et en crédibilité.

Le problème, c’est qu’un autre candidat, André Bertrand, ex-commissaire industriel à IDE-Trois-Rivières s’est aussi mis sur les rangs et que ses engagements électoraux portent dans des secteurs de la ville, comme le Cap-de-la-Madeleine et sur des engagements, comme un gel de taxes, qui promettaient d’être productifs à Aubin. 

À Shawinigan, rien de changé. Michel Angers aura bel et bien deux adversaires, mais on peut difficilement le croire en danger. Comme en 2013, il a pu s’éviter des candidatures costaudes. 

Le maire sortant de Bécancour, Jean-Guy Dubois, devra composer avec le scénario électoral le moins intéressant, puisqu’il s’agira d’une lutte à deux avec l’ex-directrice de la Chambre de commerce et d’industrie du Cœur-du-Québec, Martine Pepin. 

Il faudra voir si la relation de collaboration avec Trois-Rivières, en particulier sur la question du développement économique que cette dernière lui reproche, sera la question de l’urne à Bécancour. Et si tel est le cas, comment cela se traduit dans le vote. 

À Louiseville, on comprend que Guy Richard veut prendre sa revanche. Son échec de 2013 lui était probablement resté bien coincé dans la gorge, défait sans ambiguïté par un petit maire à chapeau de velours et papillons flamboyants, mais aussi coloré dans ses propos et qui n’a pas la langue de bois.

Sauf que Laurent Robitaille, ancien directeur de l’Office municipal d’habitation, avait déjà fait connaître depuis un bon bout de temps sa candidature.

Il y avait au moins un grand point de division entre ce dernier et Yvon Deshaies, le maire sortant: le pot. Le premier étant contre et le second, plus que favorable. Faudra voir ce que Richard, un paramédic, a à dire là-dessus. 

Cela promet des discussions animées à la Tabagie Grand-Père et peut-être même qu’il faudra agiter la cloche pour calmer les esprits.

À La Tuque, avec quatre candidats à la mairie, sans maire sortant, on serait avisé d’ausculter les Chevaliers de Colomb ou de prendre un café, l’oreille bien tendue, chez Gauvin pour avoir une idée duquel a le meilleur panache électoral pour remplacer Normand Beaudoin. 

Cela va se passer en plein festival de chasse…

Reste maintenant à savoir si à Saint-Tite, les électeurs vont tenir rigueur au maire sortant André Léveillé pour le gênant jeu de chaise musicale auquel il s’est prêté, annonçant d’abord son retrait de la vie politique pour revenir sur sa décision parce que son dauphin, le maire sortant de Saint-Prosper, Michel Grosleau n’était pas éligible. 

André Léveillé était habitué aux réélections sans opposition. La dernière fois, c’est même tout son conseil municipal qui avait été réélu en bloc. Mais cette fois, il a une adversaire connue: Annie Pronovost, qui était conseillère municipale. 

À Saint-Tite, il y a aussi des candidatures féminines à quatre des six postes de conseiller dont deux sont déjà réélues sans avoir reçu d’opposition. 

Dans les sept villes de la région, il y a presque le même nombre de candidats à la mairie qu’en 2009, soit 18 comparativement à 17. Il y a par contre vingt-neuf candidats de moins à des postes de conseiller. 

Cette dernière baisse est surtout attribuable à Trois-Rivières parce qu’on y  compte 42 candidats contre 69 aux dernières élections. Il y a certes deux districts de moins. Il y a surtout qu’après l’échec du Groupe des 7 et l’extermination de Force 3R, on a assisté depuis quatre ans à un grand décrochage politique au municipal.

Il reste quand même assez de candidats partout, y compris à Trois-Rivières, pour que l’électeur ait son petit moment de jouissance en se laissant désirer. Qu’il en profite, ça ne durera pas. Ça ne dépassera pas le 5 novembre.

La Griffe à Beaudoin

Le végé en apéro électoral

Produit à moins d'une semaine du déclenchement officiel de la campagne électorale municipale à Trois-Rivières,  le rapport annuel de la vérificatrice générale risquait d'être dévastateur pour l'administration sortante... et surtout pour le maire Yves Lévesque.
Ces rapports sont toujours une excellente source de renseignements qui garnissent en munitions l'opposition.

La Griffe à Beaudoin

Encore pauvres et bienheureux?

On a appris cette semaine que le Québec se classait à l'avant-dernier rang des provinces canadiennes avec un revenu médian par ménage de 59 852 $, soit 10 000 $ de moins que l'ensemble du Canada qui se situe à 70 336 $.
C'est un gros écart. Qu'on sache que la Mauricie se situe à son tour au fond de la cave à cet égard dans l'ensemble du Québec, cela pourrait revenir à croire qu'on est devenu les bas-fonds économiques du Canada.