Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

La grandeur de Shawinigan

Quand Serge Godin, le grand patron de CGI, est venu annoncer en grandes pompes, en présence du premier ministre Philippe Couillard, l'ouverture à Shawinigan d'un nouveau centre de production de son entreprise, Michel Angers ne soupçonnait sûrement pas qu'une opposition à sa mairie émergerait de ce bureau.
Même si elle y travaille, Judeline Corriveau, une candidate que l'on peut pour le moins qualifier de surprise, habitait déjà Shawinigan depuis quelques années.
Son arrivée imprévisible dans la course à la mairie ne devrait pas causer un grand stress chez le maire sortant.
La candidate a certes fait ses devoirs en assistant depuis plus d'un an, sur une base régulière, aux assemblées publiques du conseil municipal. 
Mais cette nouvelle candidature s'ajoute à celle de François Bonenfant, ce qui risque d'avoir comme seule conséquence de diviser le vote d'opposition au maire Angers. 
On avait gentiment baptisé le candidat Ronald St-Onge-Lynch «d'Obama du nord». Cela ne lui avait pas profité pour autant, car St-Onge-Lynch avait d'abord été nettement défait aux élections fédérales et n'avait finalement récolté que 339 voix à l'élection municipale de 2013, soit 1,7 % des suffrages exprimés.
On évitera donc de surnommer Mme Corriveau la «Michelle Obama du nord». Ça ne porte pas chance. 
Il faudra voir sa récolte électorale, mais à cinq semaines du scrutin, compte tenu de sa faible notoriété, il serait surprenant qu'elle puisse causer de lourds dommages dans les urnes au point de priver François Bonenfant d'une improbable victoire.
Même dans une lutte à deux, il est difficile de ne pas percevoir Michel Angers comme nettement favori... encore une fois. La dernière fois, dans une lutte à trois, il avait quand même obtenu presque 77 % des voix et son principal adversaire, l'agriculteur Yves Gélinas, était au moins aussi connu que François Bonenfant.
Certes, d'une élection à l'autre, les appuis aux maires sortants s'érodent toujours un peu. Mais on peut dire qu'Angers part avec une bonne réserve. Son problème, s'il n'apparaît pas menacé, sera de faire sortir son vote. 
Bien qu'on se propose de confronter le maire sortant sur la dette à long terme, qui s'est amplifiée et sur les comptes de taxes, toujours en mode ascenseur, Michel Angers profite d'un contexte qui lui est très favorable.
Si on oublie la périphérie qui ne lui est plus très sympathique en raison des hausses tarifaires explosives aux équipements supramunicipaux qu'il a décrétées, Michel Angers fait plutôt en ce moment l'objet de beaucoup d'éloges et sa ville, Shawinigan, est souvent citée en exemple.
Candidat à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin a pointé Shawinigan, avec son Centre d'entrepreneuriat, comme un exemple à suivre. Dans Bécancour, une autre candidate à la mairie, Martine Pepin, qui veut éliminer le maire Yves Lévesque de Trois-Rivières de son paysage, s'est aussi confondue d'admiration pour le Digihub de Shawinigan en ouvrant du même coup les bras à Michel Angers... pour consultation.
On le sait, la ministre régionale Julie Boulet ne lui a pas sauté au cou lors de l'annonce d'un projet de marina de 14 millions $ au pied du pont de Grand-Mère, mais elle s'est identifiée comme une véritable groupie du maire de Shawinigan qu'elle a aspergé de grosses gerbes de fleurs.
Comme si ce n'était pas assez, son chef Philippe Couillard s'est aussi enthousiasmé pour le Digihub de Shawinigan dont il a reconnu publiquement les mérites et dont il veut implanter le modèle dans plusieurs autres régions du Québec... en en confiant la responsabilité à Shawinigan. 
Il a personnellement demandé à Michel Angers de s'occuper de répandre dans le Québec ce modèle moderne de développement économique.
Même si tout le monde à Shawinigan ne sait sans doute pas encore qu'est-ce que ça mange en hiver un Digihub, il faut reconnaître qu'avec le Centre d'entrepreneuriat Desjardins, Shawinigan a réussi un sacré bon coup. 
D'autant qu'il a fallu à l'administration municipale, en quelques occasions, soutenir à bout de bras financiers les deux dossiers, le temps que des subventions finissent par arriver. Il fallait être visionnaire, mais aussi avoir une bonne dose de confiance et de ténacité, car il y avait alors beaucoup de suspicion dans le milieu.
Mais on peut comprendre que la croissance de la dette fasse l'objet d'interrogations et d'inquiétude et que ces comptes de taxe qui ne baissent jamais et ne stagnent pas vraiment davantage suscitent de la grogne. 
C'est comme ça partout, sauf qu'à Shawinigan, la frilosité à cet égard peut être plus vive qu'ailleurs. Cela s'explique facilement par le profil socio-économique des contribuables, qui sont aussi des électeurs. Le revenu par ménage, que ce soit moyen ou médian, est parmi le plus bas au Québec avec une population qui gagne en âge plus qu'ailleurs. 
Chaque hausse de quoi que ce soit est susceptible de créer de l'inconfort et de l'insécurité, car les revenus des payeurs de taxes sont plus figés que grimpants. 
Shawinigan a déjà connu ses grandes heures de gloire, avec les salaires industriels les plus élevés... du Canada.
Devant les résistances qu'il observait, un ancien conseiller municipal avait déjà dit qu'il n'entendait pas être le dernier à partir et à devoir fermer les lumières de la ville.
C'était une vision plutôt sombre et d'un pessimisme exagéré. Reste à savoir quel chemin l'administration municipale doit prendre si on souhaite que Shawinigan devienne «great again». 
Coup de coeur
Poète et galette, ça rime. Les deux sont en villes en même temps. Mais le Festival international de poésie de Trois-Rivières et le Festival de la galette de sarrasin de Louiseville ne sont pas concurrents. L'un nourrit l'esprit, l'autre l'estomac. Vivons les deux.
Coup de griffe
Les Américains de Trump imposent 20% de droits compensateurs sur notre bois d'oeuvre et 220 %, rien de moins, sur les avions de la CSeries de Bombardier. En réplique, le Canada de Justin réduit de 5 à 0 % la TPS  que devrait acquitter Netflix !*&# ?** C'est pour couvrir des sacres.