Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Préposée aux bénéficiaires, Marie-France Lemay était absente lorsque des individus se sont introduits dans son appartement. 
Préposée aux bénéficiaires, Marie-France Lemay était absente lorsque des individus se sont introduits dans son appartement. 

La goutte de trop

CHRONIQUE / Marie-France Lemay a beau être une femme vaillante et positive, qui ne se laisse pas aller facilement au découragement, ce vol dont elle a été victime en début de semaine, c’est la goutte de trop.

«Je ne peux pas croire que c’est arrivé!»

La préposée aux bénéficiaires était consternée en découvrant ce qui s’est effectivement produit durant son absence.

Des individus se sont introduits dans son appartement, ont tout viré à l’envers avant de s’éclipser en douce avec le téléviseur, des appareils audio, l’ordinateur, l’imprimante...

«Ils ont même pris la balayeuse!»

Marie-France ne la comprend pas celle-là. Voler un aspirateur. On aura tout vu. Les malfaiteurs lui ont même dérobé une casserole.

Ce qui est particulièrement désolant dans cette histoire, c’est d’apprendre que l’ordi renfermait plusieurs fichiers personnels, y compris un nombre incalculable de photos.

Les cambrioleurs ont déguerpi avec des souvenirs inestimables pour la mère monoparentale de trois garçons âgés de 9, 6 et 4 ans.

Comble d’insulte, ces lâches ont profité du fait que cette travailleuse de la santé n’est pas souvent chez elle en cette période de pandémie et d’heures supplémentaires pour défoncer la porte d’en arrière et se servir effrontément.

«Ils ont pris le temps de fouiller.»

Dans les tiroirs et garde-robes, mais surtout, dans son intimité.

«Je la trouve dure celle-là...»

Marie-France a contacté le service de police, mais n’a pas appelé sa compagnie d’assurances. La locataire n’était pas assurée. Oui, elle le sait, elle aurait dû, mais mettons-nous à sa place un peu.

Lorsque la jeune femme de 34 ans s’est séparée du père de ses enfants, elle a connu des fins de mois difficiles.

À l’hiver 2019, Marie-France a déniché avec soulagement un grand logement abordable dans le quartier Saint-Marc, à Shawinigan. Elle a déchanté en magasinant une assurance habitation. La prime était beaucoup trop élevée pour son salaire de préposée, alors qu'elle travaillait à ce moment-là trois jours par semaine.

La mère de famille a fait des achats au compte-gouttes, s’est même privée pour que ses garçons ne manquent de rien. Régler ses factures était une source de stress.

«Je n’avais jamais connu ça...»

Obligée de compter chaque dollar dépensé, Marie-France n’a pas vraiment eu le choix d’assurer sa voiture plutôt que ses biens gagnés à la sueur de son front. Aujourd’hui, elle en paie doublement le prix.

Marie-France n’est pas en train de se plaindre. D’ailleurs, elle n’hésite pas à qualifier cette dernière année de «rushante et bénéfique».

Elle a pris la décision de se reconstruire une nouvelle vie avec ses petits. Ça a été pénible au début, mais au fil des mois, la maman nouvellement en amour et au travail à temps plein se savait sur la bonne voie. Elle arrivait à se tenir la tête hors de l’eau. Enfin.

Puis est arrivée la pandémie.

Lorsque l’état d’urgence sanitaire a été déclaré au Québec, la préposée aux bénéficiaires a plié bagage pour aller s’installer avec ses trois garçons et son conjoint dans la maison inoccupée des parents de celui-ci.

La famille recomposée allait ainsi bénéficier de plus d’espace pour traverser cette période de confinement. Les enfants auraient une cour pour s’amuser, un joyeux trio que leur mère n’a pas beaucoup vu depuis un mois et demi.

Préposée aux bénéficiaires à l’hôpital de Shawinigan, Marie-France a rapidement été appelée en renfort au CHSLD Laflèche où on a enregistré de nombreux cas de contagion et de décès reliés à la COVID-19.

Elle avoue s’y être présentée la peur au ventre.

«Quand je suis arrivée, on y comptait 4 ou 5 morts par jour.»

Pour éviter d’infecter ses enfants, Marie-France s’est séparée d’eux pendant trois semaines. Ils étaient chez leur père où elle allait les voir à l’extérieur de la maison, sans pouvoir les embrasser. Triste pour tout le monde.

«Ce sont des petits garçons à maman», sourit Marie-France qui a pleuré pendant leur absence. Ses fils ne comprenaient pas toujours pourquoi elle leur disait: «Non, pas de câlins…»

Marie-France a récemment pu reprendre leur garde partagée, à son plus grand bonheur.

Au cours des derniers jours, la préposée aux bénéficiaires profitait justement d’un congé bien mérité avec sa marmaille.

La jeune femme s’est rendue à son appartement comme elle le faisait chaque semaine pour y récupérer son courrier. Elle y avait également donné rendez-vous à une collègue dont la laveuse venait de rendre l’âme au pire moment.

«Viens chercher la mienne. Je n’en ai plus besoin. Mon chum en a déjà une», lui a spontanément offert Marie-France avant de se rendre compte que des voleurs sans scrupule étaient passés chez elle.

Non, elle n’avait vraiment pas besoin de cette tuile sur la tête. Lors de notre entretien téléphonique, Marie-France Lemay se disait angoissée à l’idée de retourner à son appartement pour y faire le ménage.

«Personne ne mérite ça...», dit-elle en réussissant, malgré tout, à garder son positivisme à toute épreuve.

«La dernière année a été la pire de ma vie, mais depuis janvier, je remontais tranquillement la pente. Je suis née sous une bonne étoile», continue de se répéter la préposée aux bénéficiaires touchée droit au cœur par le geste d’un confrère à son endroit.

En signe de solidarité, une campagne de financement («Aidons Marie-France») a été créée sur la plateforme GoFundMe.