Le député et ministre François-Philippe Champagne.

La gare pas de train

CHRONIQUE / Le «spin» du ministre François-Philippe Champagne, au lendemain du dépôt du budget fédéral, est-il parvenu à apaiser les appréhensions qui ont fusé de toutes parts en raison de l’absence d’engagement financier dans le projet d’un Train à grande fréquence dans le corridor Québec-Montréal-Toronto?

On peut en douter. Certes, le ministre Champagne, qui a toujours défendu le projet, a voulu se faire rassurant en disant que le dossier «avance bien» et qu’il n’est pas essentiel qu’il soit inscrit au budget pour qu’il aboutisse.

Ouais... Mais on se demande bien comment un investissement de quatre milliards pourrait être mis sur ses rails sans qu’on en inscrive le moindre sou dans les prévisions budgétaires.

Il est vrai que si un déficit de 20 milliards $ est maintenant considéré comme raisonnable, ce n’est pas un petit milliard de plus par-ci par-là qui pourrait faire un pli sur le ventre des contribuables.

On avait tout de même jusque-là l’impression que l’année 2019 allait être décisive dans la mise en chantier de ce train de passagers qui est réclamé depuis les années 1970. On voulait croire que le gouvernement libéral attendait l’année électorale pour confirmer en grande pompe son investissement.

Il y aurait encore des études à compléter. On a fait tellement d’études dans ce dossier qu’on doit en être rendu à un niveau postdoctoral.

On connaît le tracé, on connaît les coûts de construction de la ligne du TGF (4 milliards $), on connaît l’échéancier de réalisation (quatre ans), on connaît même la fréquence prévue du passage des trains (dix-huit par jour), et VIA Rail, qui en serait l’exploitante a déjà une bonne idée des tarifs «populaires» qu’elle pourrait imposer à ses clients.

Le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, avait promis de faire connaître sa décision sur le TGF, que tout le monde présumait favorable, en décembre.

Trois mois plus tard, il lui faut étudier encore l’affaire, révèle qu’il lui faudrait trouver un partenaire privé, ce qui est nouveau et nous demande, comme il l’a fait cet automne à la Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières, de lui garantir qu’on montera en grand nombre dans le train.

Au député de Trois-Rivières, Robert Aubin qui le relançait en Chambre la semaine dernière, il lui a répondu qu’il l’appellera lorsque ce sera prêt.

Certes, le ministre Champagne a laissé comprendre qu’on n’avait pas commandé pour un milliard de nouvelles locomotives pour rien. C’est à considérer. N’empêche qu’on a déjà rénové à grands frais la gare Champflour à Trois-Rivières afin d’y accueillir un train de passagers qui ne s’y est encore pas présenté, deux décennies plus tard.

Il y a peut-être à dénouer une mésentente avec la Caisse de dépôt et placement du Québec et son Réseau express métropolitain pour lequel elle veut l’exclusivité de l’usage du tunnel du mont Royal. Via doit absolument y avoir accès si elle veut que le trajet Québec-Montréal, ou l’inverse, (avec arrêt à Trois-Rivières), de centre-ville à centre-ville, se fasse comme prévu en deux heures et dix minutes. S’il faut faire un transfert à Montréal pour se rendre au centre-ville, l’achalandage va diminuer.

Il faut espérer que ce n’est pas par crainte d’irriter une partie du reste du Canada, où l’actuel gouvernement souffre de manque de popularité, qu’on camoufle un projet de transport collectif qui autrement est hautement attendu par tout le Québec central… et aussi en Ontario, car le TGF se rendrait jusqu’à Toronto et peut-être jusqu’à Windsor, au fin fond sud-ouest de l’Ontario.

Ce long corridor desservirait près de 60 pour cent de la population canadienne.

On comprend que dans les derniers sondages sur l’affection des Canadiens, le Québec n’est pas loin d’être détesté à l’ouest comme à l’est. Il est vrai que les Anglos n’ont jamais été entichés des Québécois, mais là, on atteint des sommets d’exaspération à notre endroit, en particulier dans les Prairies parce qu’on retire des bénéfices de leur pétrole mais qu’on refuse que leur or noir traverse notre territoire.

Ce ne sont pas les propos du premier ministre François Legault sur le «pétrole sale» de l’Alberta qui pourraient les amadouer.

On pourrait peut-être promettre à ce ROC indigné de ne pas confier les travaux d’ingénierie à SNC-Lavalin. Une idée comme ça...

C’est rare qu’un projet comme ce train de passagers de type TGF fait autant consensus au Québec. Même la Chambre de commerce et d’industrie de Drummondville, qui a déjà réclamé que ce corridor passe au sud, appuie le trajet Québec–Trois-Rivières–Montréal.

Le lieutenant québécois du Parti conservateur, Alain Rayes, qui est l’ancien maire de Victoriaville, a déploré l’absence d’inscription au budget du TGF.

Les astres sont pourtant alignés. C’est rare que tout le monde, partis politiques confondus, s’entende sur la valeur d’un projet aussi structurant, pour reprendre une expression à la mode, comme c’est le cas ici et qu’on se traîne à ce point les pieds à le concrétiser.

Le TGF serait bon sur beaucoup de plans pour le Canada, en particulier pour son bilan environnemental. Il le serait aussi sur les plans économique, touristique et social pour le Québec et l’Ontario.

Il serait énormément productif pour la région. Cela pourrait provoquer un essor considérable.

Trois-Rivières à près d’une heure des centres-villes de Québec et de Montréal: c’est moins de temps qu’en prennent les gens de la périphérie montréalaise pour se rendre en auto à leur travail.

Un TGF ferait en temps de Trois-Rivières une banlieue rapprochée de Québec et de Montréal, sans avoir à subir la forêt de cônes orange de cette dernière.

Coup de griffe

Qu’on soit en surplus comme à Québec ou en déficit, comme à Ottawa, ce n’est jamais le bon moment pour réduire un peu l’impôt des pauvres contribuables.

Coup de cœur

Notre grand explorateur Frédéric Dion aurait intérêt à se dépêcher, car la banquise sur laquelle il veut descendre jusqu’à Québec risque de se transformer d’ici là en glaçon.