Michel Angers a pu jusqu’à présent compter sur un conseil municipal qui apparaît uni.

La fin des maires promoteurs?

Vérification déjà faite, ce n’est pas des souliers Gucci ni des complets Armani qu’il porte, même s’ils en ont l’air.

Mais Michel Angers, le maire de Shawinigan, doit maintenant comprendre que le look dandy, avec blouse blanche immaculée et empesée et cravates aux couleurs fluorescentes qui peuvent rivaliser avec la collection de papillons de son homologue Yvon Deshaies de Louiseville, qu’il a toujours fièrement arboré ne sera plus suffisant pour plaire à la masse de ses concitoyens.

En fait, ce que 400 citoyens grimpés lui ont exprimé cette semaine, par grands moments de façon même rustre, c’est que s’il doit s’inspirer du maire Deshaies, ce serait dans la manière de ce dernier de grapigner dans les dépenses de la ville, du moins dans l’impression qu’il en laisse d’user des sous publics avec une parcimonie pugnace.

Bref, peut-être pas au point d’être désormais gratteux à Shawinigan comme l’était l’ancien Séraphin, maire de Sainte-Adèle… mais pas loin.

Le dernier rôle d’évaluation et les comptes de taxes qui en ont suivi ont provoqué une véritable colère citoyenne que la rencontre de cette semaine avec des représentants de la firme Servitech n’a pas apaisée.

Au contraire, malgré ses tentatives infructueuses pour réduire la tempête, le maire Angers a probablement compris qu’il y a toutes les chances du monde pour que la grogne qui s’est exprimée se traduise désormais par une opposition plus soutenue et plus structurée à son endroit.

C’est sûr que l’idéal, ce serait que les évaluations des propriétés, car il y a beaucoup d’avantages qu’il en soit ainsi, soient fortes, mais qu’en même temps, le taux de taxation, surtout le compte qui en découle, soit le plus déprimé possible. Tout en maintenant des services municipaux exemplaires. Le beurre et l’argent du beurre.

Le problème qui s’est présenté avec le dernier rôle d’évaluation, c’est qu’à peu près la moitié des résidences ont perdu de la valeur au rôle. Une baisse de richesse de sa propriété, souvent le principal ou même le seul actif familial pour assurer l’avenir ou la retraite, ça peut déstabiliser sévèrement les perspectives familiales.

En fait, c’est cette perte importante de valeur foncière qui est dommageable, tant pour les propriétaires qui en sont affectés que pour la stabilité des finances de la ville. Quand la moitié de votre ville est dévaluée, c’est troublant.

Mais il s’est trouvé en contrepartie que dans l’autre moitié des propriétés shawiniganaises, la valeur au rôle s’est plutôt accrue et parfois de façon spectaculaire. Ce qui a généré des comptes de taxes parfois explosifs pour refléter cette réalité.

Là, ce n’est pas le futur qui est affecté, mais le présent, car le compte de taxes qui est sur la table doit être acquitté, en principe immédiatement. Ça peut passer de travers.

La perte de revenus de taxation d’une moitié de la ville a dû être compensée par l’autre moitié. Ce sont des vases communicants. Mais comme il y a des taxes de service à montant fixe, comme l’eau, c’est finalement tout le monde qui a écopé.

Sans le vouloir, Shawinigan, dans ses efforts pour boucler son budget, s’était brassée un coquetel imbuvable.

On peut penser que les gens, enfermés dans leur colère, ne veulent pas comprendre la situation. On n’a pas vraiment le goût à la bienveillance, mais on comprend quand même qu’en général, on ne peut pas grand-chose contre la fabrication du rôle d’évaluation et qu’il n’y a pas eu de complot de la part du maire et de son conseil pour leurrer les contribuables.

Alors, puisqu’il faut bien que ça change quand même, c’est vers la compression des dépenses qu’on s’est tourné pour contenir et idéalement réduire, les comptes de taxes.

Michel Angers va devoir se résigner à vivre avec une contestation permanente et audible comme ce fut le cas pour Yves Lévesque, à Trois-Rivières, après une dizaine d’années au pouvoir et de projets.

Lévesque avait par contre à son avantage un réel accroissement de la richesse foncière. Mais ce n’est pas parce que la ville est globalement plus riche que le contribuable l’est devenu aussi. Ce qui avait fait dire à plusieurs d’arrêter de créer de la richesse car, individuellement, «on n’avait plus les moyens d’être riche».

Par contre, Michel Angers a pu jusqu’à présent compter sur un conseil municipal qui apparaît uni, ce qui n’était pas le cas de Lévesque. Faudra voir si cette unité est bien réelle ou de façade et surtout, si elle peut résister à la montée de la grogne citoyenne. Il y en a toujours qui reniflent le vent dominant. Quand des conseillers disent qu’ils ont pris des notes et qu’ils ont compris, qu’est-ce que cela laisse soupçonner.

Avec les fusions municipales qui suivaient une douloureuse récession économique au Québec, dans plusieurs villes, les citoyens ont été portés à élire, et avec de fortes majorités, des maires développeurs et investisseurs pour donner le coup de barre devenu nécessaire.

Mais, et c’est particulièrement vrai en Mauricie avec une population vieillissante, beaucoup moins fortunée qu’ailleurs et avec des revenus modestes, le contribuable veut sauver sa peau. Les maires promoteurs deviendront moins populaires.

Sauf qu’à Shawinigan, il reste encore un peu d’efforts à faire, avant de serrer la vis. Le moment semble charnière. On ferme ou on allume les lumières. À moins qu’on les tamise.

Coup de cœur: Bonne réflexion solidaire, puisque c’est à Trois-Rivières, aujourd’hui, que Québec solidaire fixera sa position sur la laïcité au Québec.

Coup de griffe: C’est pas de produits sur leurs tablettes qu’il manquait aux comptoirs de la SQDC. C’était de pouvoir offrir du pot syndiqué.