Jean Lamarche

La bataille des gentils

CHRONIQUE / Il a été le directeur général de Culture Mauricie de 2006 jusqu’à il y a quelques semaines. Il s’appelle Éric Lord et est candidat à la mairie de Trois-Rivières. On l’a souvent vu dans les médias.

Il a été porte-parole de Transport Québec et en tant que président du FestiVoix, il est monté chaque année sur les scènes de son festival pour saluer les milliers et milliers de spectateurs qui s’y entassent chaque édition. On l’a souvent vu dans les médias. Il est candidat à la mairie de Trois-Rivières.

«L’autre candidat? Celui qui a déjà été candidat…» Après avoir été conseiller municipal pendant quatre ans, il a été effectivement candidat contre Yves Lévesque à l’élection de 2017. Il s’appelle Jean-François Aubin et il est effectivement à nouveau candidat à la mairie de Trois-Rivières.

Cette présentation peut faire sourire et c’est voulu ainsi.

C’est qu’après plus d’un mois du déclenchement des élections à la mairie de Trois-Rivières, malgré les efforts évidents que font les trois candidats pour se faire connaître des électeurs en étalant leurs idées, leurs projets et leurs opinions sur un certain nombre de sujets, il demeure qu’un nombre élevé d’électeurs ne savent toujours pas leurs noms, ne les démêlent pas et jugent jusqu’ici la campagne comme fade, sans éclat.

Même quand leurs interventions médiatiques sont reprises dans les réseaux sociaux, elles ne donnent lieu à aucun déluge de commentaires. On n’a même pas droit aux insultes et grossièretés d’internautes, normalement si copieusement distribuées à propos de tout et de rien.

Pour l’instant, la campagne municipale manque d’émotion. Les candidats ont gardé une certaine hauteur. Pas d’invectives ou de montée de fièvre contre la prise de position d’un adversaire. Pas de chicane. Rien que de la politesse. Personne ne s’est rentré dedans.

Sans vouloir dire que le bon peuple réclame qu’on fasse couler un peu de sang électoral, il peut espérer des débats plus musclés. Or, il n’y a pas encore eu de confrontation, de débat public, d’affrontement viril (c’est trois gars) avec supporteurs enragés et enfiévrés.

Si le ton ne monte pas en décibels, on peut craindre une trop faible participation électorale le 5 mai qui n’apporterait pas au nouveau maire tout l’ascendant qui devrait normalement accompagner une victoire. Déjà qu’au municipal, et ça a été le cas à Trois-Rivières en 2017, la participation au vote est d’à peine 50 pour cent en élection générale. Alors, en complémentaire…

Bien sûr cela tient avant tout de la personnalité des candidats qui n’ont pas ou ne cherchent pas à avoir la flamboyance d’un Yves Lévesque, toujours prompt à sortir le poing (au figuré) contre ses opposants.

D’évidence, MM. Aubin, Lamarche et Lord n’ont pas la sanguinité de l’ex-maire, et aucun n’a tenu de propos ou agi de manière à faire l’objet de controverse.

Il n’y a pas de polarisation, ce qui explique qu’au-delà des réseaux d’appuis de chacun, les électeurs sont… somnolents.

Éric Lord

Le projet de Vision zéro a suscité une plus grande fracture citoyenne et généré beaucoup plus d’émotions que la campagne à ce jour.

Ne désespérons pas. Il reste plus d’un mois et demi de campagne. Il suffira peut-être qu’un débat ou un sondage pointe un gagnant pour qu’on commence à s’agiter pour la peine.

L’absence d’un Lévesque pour stigmatiser la lutte explique en partie le manque d’intérêt des électeurs. Ce n’est pas le seul facteur.

Les candidats peuvent bien avoir de belles intentions, des idées, annoncer des projets, à quel point pourront-ils les mener à terme s’ils étaient élus.

La dynamique a changé à l’hôtel de ville de Trois-Rivières depuis les dernières élections. Ce n’est plus le maire qui décide seul, mais la majorité au sein du conseil municipal. Lévesque s’était senti complètement menotté par un conseil qui n’hésitait pas à aller à l’encontre de ses positions, ce qui l’aurait plongé dans la déprime.

Dans un tel modèle de collégialité, le maire perd de son importance, même s’il aura été élu par l’ensemble des citoyens.

Alors, aucun candidat n’a pris de front cette majorité au conseil, même Jean Lamarche, qui compte dans ses rangs d’anciens «fans», c’est le moins qu’on puisse dire, d’Yves Lévesque.

Les trois candidats veulent ratisser le plus large possible et être perçus comme un futur leader rassembleur… même si une large part des nostalgiques de Lévesque rêvent toujours d’en découdre avec ceux qui ont fait de la peine à leur maire adulé.

La bataille épique automnale sur la question de Vision zéro n’est pas venue teinter la campagne électorale. Les trois candidats ont dilué juste ce qu’il faut leur position pour faire en sorte que d’un bord comme de l’autre, on ait trouvé des points de satisfaction.

Il y a enfin que l’ère des grands projets, qui impliquent des investissements de dizaines de millions de dollars, est pour l’instant révolue. Les contribuables réclament qu’on lève le pied sur l’accélérateur des dépenses, ou investissements, selon qu’on est pour ou contre un projet.

La carte de crédit municipale est pas mal remplie. En tout cas, les poches des contribuables, elles, sont vides, ou pas loin. Sans promesses éblouissantes, c’est plus dur de remuer la fibre électorale des citoyens qui se demandent s’il y a des élections.

Coup de griffe: Pas nécessaire de changer les pancartes sur les limites de vitesse et oubliez les dos d’âne. Avec les nids-de-poule, c’est du slalom et la circulation ne peut pas atteindre les 30 km/h.

Jean-Francois Aubin

Coup de cœur: En dépit du carême, ça devrait être la semaine des grandes gâteries avec la présentation d’un premier budget de la CAQ qui se voudra sympathique et d’un autre, électoral celui-là, à Ottawa.