Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste
Jean-Marc Beaudoin
Le premier ministre François Legault nous a souhaité bon Noël à sa façon en accordant aux Québécois quatre jours pour festoyer entre parents ou amis. La table pourra même être dressée quatre jours d’affilée si on a une grande famille et un large réseau d’amitiés et qu’on voudrait avoir un moment avec tout ce monde autour de soi.
Le premier ministre François Legault nous a souhaité bon Noël à sa façon en accordant aux Québécois quatre jours pour festoyer entre parents ou amis. La table pourra même être dressée quatre jours d’affilée si on a une grande famille et un large réseau d’amitiés et qu’on voudrait avoir un moment avec tout ce monde autour de soi.

Joyeux Noël ou joyeuses Pâques?

CHRONIQUE / On avait sans doute cru que pour le réveillon de Noël, un poulet suffirait à faire le tour de la table.

On sait maintenant que si on n’ira pas jusqu’à commander une belle grosse dinde bien dodue, un jeune dindon copieusement arrosé sera très indiqué, avec bien sûr quelques accompagnements, comme des tourtières. Il faut ce qu’il faut pour servir dix personnes.

Le premier ministre François Legault nous a souhaité bon Noël à sa façon en accordant aux Québécois quatre jours pour festoyer entre parents ou amis. La table pourra même être dressée quatre jours d’affilée si on a une grande famille et un large réseau d’amitiés et qu’on voudrait avoir un moment avec tout ce monde autour de soi.

Sans compter qu’on retrouve dans notre société d’aujourd’hui peut-être plus de familles éclatées, élargies, reconstituées que nucléaires. Il faut donc souvent doubler les grands-mamans et les grands-papas, etc. Avec les partages de garde, peut-être devra-t-on même aller jusqu’à deux réceptions la même journée pour que tout le monde ait droit à ses petits moments d’affection privilégiés.

Quatre jours de grâces pandémiques...

On se souhaite toujours joyeux Noël?

On se doute bien que ces quatre jours de libération pensés par Québec et la santé publique pourraient être accompagnés pour la suite d’une lourde ardoise de confinement.

D’abord, le premier ministre a prolongé une fois de plus les mesures liées à la pandémie, comme la fermeture des restos et des gyms.

On sera passé d’une première ordonnance de 28 jours à finalement 98 jours.

Mais qui peut croire qu’une réouverture de ces commerces et un fort relâchement des consignes sanitaires seront possibles le 11 janvier, alors que commencera à se répercuter l’inévitable contagion des partys de Noël en cas répertoriés, en hospitalisations et en décès dus à la COVID-19.

Bien sûr, si l’implicite contrat moral suggéré par le premier ministre est respecté, ça pourrait être différent.

Sauf que l’Institut national de la santé publique du Québec vient tout juste de publier un sondage qui nous apprend que 30 % des Québécois ne respectent déjà pas les interdictions de rassemblements privés et que 40 % se foutent de la distanciation physique. Et que si les consignes devaient durer plus longtemps, ce qui sera le cas, les délinquants ou résistants, comme vous voulez, vont augmenter. Alors imaginez durant la période des Fêtes.

Qu’on ne se fasse pas trop d’illusions. Des contrevenants, il va y en avoir à grande échelle.

Aux 98 jours de restrictions dues à la pandémie, on peut déjà en ajouter 80 autres, ce qui nous mènera au week-end de Pâques.

Si elle doit avoir lieu, la grande résurrection de la société québécoise se fera à Pâques. Avec l’arrivée de temps plus chauds, d’une vaccination élargie et six mois de bulle, on devrait faire signer sa reddition au coronavirus.

Mine de rien et sans trop le faire voir, François Legault a fait comprendre que les actuelles consignes sanitaires vont se poursuivre au-delà de la rentrée scolaire de janvier.

On comprend le ton dépressif de plusieurs de nos restaurateurs auxquels on inflige des contraintes à long terme insoutenables. Malgré toute l’aide qu’on prétend leur apporter, on les contraint au combat comme s’ils n’étaient que de la chair à pandémie. On aurait le moral dans les talons pour moins que ça.

Encore qu’il n’est pas acquis que le cadeau de Noël de François Legault soit livré.

Il fallait entendre vendredi Santé Canada et le premier ministre Justin Trudeau évoquer de façon dramatique les «mois difficiles» à venir. On peut penser que cela comprend forcément décembre.

Or, on constate une dramatique flambée de cas de COVID-19 à travers le Canada et on nous prédit qu’on pourrait atteindre très bientôt jusqu’à 20 000 cas répertoriés par jour, soit trois à quatre fois plus que maintenant, si on maintient nos habitudes actuelles. Et que s’il y a relâchement des mesures, cela pourrait grimper à 60 000 cas par jour.

Peut-être qu’on exagère un peu, pour faire peur, mais on sent que Québec est dans la mire du fédéral avec son relâchement de quatre jours à Noël.

Du coup, on tasse l’euphorie d’un éventuel congé de COVID à Noël et on se rappelle que François Legault avait aussi émis un gros «si» à sa générosité... s’il y a baisse ou au moins maintien du nombre actuel de cas et de besoins hospitaliers.

Avant de faire des frais pour le ou les dindons et de remplir son panier de la SAQ, il sera peut-être plus sage d’attendre l’évolution des choses.

Tant mieux si le Québec, qui avait été le mouton noir canadien ce printemps, devient l’exemple canadien en décembre, un modèle pour nos voisins USA, une référence pour nos cousins d’Europe, si le Québec s’impose à une Suède en déroute comme le nouveau maître de la pandémie.

Tant mieux! Et si les choses ne devaient pas arriver comme on le souhaite, si on est privé de sorties à Noël, si on tousse collectivement au lieu de célébrer, on pourra se dire qu’au moins le premier ministre Legault était de bonne foi et qu’il voulait vraiment nous offrir une récompense pour notre respect des règles sanitaires, enfin à ceux qui s’y soumettent.

Alors, attendons une semaine ou deux avant de réserver le dindon. Mais si le gros jambon venait en solde, il ne sera pas perdu à Pâques.

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Coup de griffe: Belgo, Aleris… enfin on y arrive. Mais c’est compliqué de se débarrasser de ces anciennes gloires industrielles abandonnées qui étaient devenues des verrues urbaines.