Le premier ministre du Québec, François Legault, s’est décrit lui-même comme un «dealmaker», ainsi que le président français Emmanuel Macron après la rencontre de lundi.

Vous avez dit «dealmaker»?

CHRONIQUE / François Legault veut faire des affaires sur la scène internationale. À Paris, il a transformé cette volonté en marque de commerce politique personnelle.

Il a même affirmé qu’il était un dealmaker. Dire qu’il y a quelques années, mettre à ce point l’accent sur cet aspect des choses aurait pu valoir à un premier ministre québécois des accusations de méchant leader de «droite»…

M. Legault avance plus franchement que ses prédécesseurs sur ce terrain, mais il n’est pas dans la grande rupture pour autant. Avant lui, Jean Charest, Pauline Marois et Philippe Couillard sont aussi allés à la rencontre de gens d’affaires lorsqu’ils étaient de passage dans la capitale française — pour ne nommer qu’eux et pour s’en tenir à la France.

Ils ont aussi prononcé des phrases semblables à celle lancée à Paris par l’actuel premier ministre du Québec : «Pour nous, la France constitue la porte d’entrée privilégiée du marché européen. Et nous souhaitons que le Québec soit la porte d’entrée du marché nord-américain pour les entreprises européennes.»

Ce n’est pas pour rien que le réseau du Québec à l’étranger a été redéployé et remodelé au fil des ans : c’est pour coller à cette volonté d’attirer sur le territoire québécois des investissements privés internationaux.

Le langage des gens d’affaires

François Legault n’est pas dans la rupture. Il est cependant dans l’accentuation. Et pour cause : le discours économique qu’il développe et qu’il développera à Davos et ailleurs est en parfaite harmonie avec le développeur qu’il a été, avec sa vision profonde des choses, ainsi qu’avec la manière dont il veut être regardé par les Québécois.

Il a un atout que ne possédaient pas ses prédécesseurs. Il parle fondamentalement le même langage que les gens d’affaires qu’il rencontre. L’allocution qu’il a prononcée mardi à Paris en témoigne.

Que les inquiets se rassurent : son discours économique affirmé n’altérera en rien les autres aspects de la relation entre la France et le Québec, que ceux-ci soient politiques, culturels ou autres. Il n’y a pas de raison que ce soit le cas. Tissée et retissée de longue date maintenant, la relation entre la France et le Québec — entre un pays qui a sa place à l’ONU et un État qui n’est pas souverain — est unique dans le monde. Elle dépasse largement ses représentants politiques.

Et un peu le langage des syndicats

Il ne viendrait plus à beaucoup de personnes aujourd’hui l’idée de dénoncer comme étant de «droite» le discours parisien de François Legault; ce qui nous rappelle que ces notions de gauche et de droite sont devenues très floues, du moins chez nous.

Même si on peut postuler qu’il est à la droite du Parti libéral du Québec, du Parti québécois et de Québec solidaire, le gouvernement caquiste participe — là encore comme ses prédécesseurs, mais à sa façon — à l’éclatement de ce genre de frontières idéologiques.

C’est ce même gouvernement qui, par exemple, a reconfirmé il y a quelques jours qu’il éliminerait toutes les clauses de disparité de traitement en matière de retraite et d’avantages sociaux entre anciens et nouveaux salariés dans les entreprises. Une fois la loi envisagée adoptée, ces disparités, là où elles existent, devront s’éteindre à l’expiration des conventions collectives qui en contiendront.

François Legault et son ministre du Travail, Jean Boulet, ont réitéré leur volonté d’aller de l’avant au grand plaisir des syndicats, de la Fédération des travailleurs du Québec, entre autres; et au grand désespoir du Conseil du patronat du Québec, notamment.

Les notions de gouvernement de droite ou de gauche sont toujours plus restrictives que la réalité des choses.