Jean-Marc Salvet
Eustachio Gallese, soupçonné d’avoir tué Marylène Lévesque dans un hôtel dans Sainte-Foy, était en semi-liberté.
Eustachio Gallese, soupçonné d’avoir tué Marylène Lévesque dans un hôtel dans Sainte-Foy, était en semi-liberté.

Une enquête externe sur le meurtre de Marylène Lévesque est nécessaire

CHRONIQUE / Le socle sur lequel repose tout le système des libérations conditionnelles est celui de la confiance de la population. Voilà pourquoi l’enquête entourant le meurtre sordide de Marylène Lévesque ne doit pas être menée par le Service correctionnel du Canada et la Commission des libérations conditionnelles. Cette enquête doit être menée à l’externe. Elle doit être totalement indépendante.

Dans cette histoire, il ne peut y avoir la moindre apparence de conflit d’intérêts. Le système n’a pas à se juger lui-même. Il en va, oui, de la confiance des citoyens.

Dave Blackburn, directeur du Département de travail social de l’Université du Québec en Outaouais, pose de bonnes questions depuis 24 heures. Et seul un regard externe permettra d’y répondre réellement.

Ancien commissaire à la Commission des libérations conditionnelles, il dit n’avoir jamais vu un délinquant incarcéré pour le meurtre de sa conjointe obtenir une semi-liberté et bénéficier «d’une stratégie développée par son équipe de gestion de cas du Service correctionnel du Canada afin qu’il puisse rencontrer des femmes» uniquement «pour répondre à ses besoins sexuels».

Le fait que M. Blackburn ait été candidat conservateur lors des dernières élections générales ne doit pas rendre son témoignage suspect aux yeux du gouvernement. Ce serait trop facile, trop commode. Ce serait même irresponsable en l’occurrence.

À en juger par ses écrits, ce professeur n’est pas de ceux pour qui les libérations conditionnelles ne devraient pas exister. Il veut au contraire que le système puisse fonctionner, puisse exister.

«J’ai été en mesure de constater que le système canadien des libérations conditionnelles n’est pas parfait, mais, de manière générale, les résultats démontrent une très grande qualité des décisions rendues. Qui plus est, il ne faut jamais oublier que les décisions de tous les dossiers sont prises par des humains qui évaluent la notion de risque en fonction des informations disponibles. Le risque nul n’existe pas dans ce type de décision», prend-il la peine d’écrire.

Dave Blackburn explique toutefois qu’en 2016 et en 2017, Ottawa a pris la décision de modifier le processus de nomination des commissaires de la Commission des libérations conditionnelles, ainsi que celui concernant le renouvellement de ceux déjà en poste. Il estime que ces changements ont eu des impacts majeurs sur le fonctionnement de l’organisme. Il parle notamment d’une perte d’expertise, de connaissances et d’expérience.

À partir de 2017, «sur un total de 16 nominations, uniquement deux commissaires d’expérience ont été renouvelés. C’est donc dire que 14 nouvelles personnes ont chaussé les souliers» de cette fonction; autrement dit, que la plupart d’entre elles n’avaient aucune expérience dans l’évaluation du risque et du processus de libération conditionnelle.

À bon droit

Comparaison n’est pas raison, mais ce n’est tout de même pas la Direction de la protection de la jeunesse qui enquête sur les défaillances et dysfonctionnements ayant conduit au décès de la jeune enfant de Granby l’an dernier. Cette tâche a été confiée à une commission d’enquête indépendante.

Si une enquête indépendante est absolument nécessaire pour élucider les défaillances et les dysfonctionnements du système dans le sordide meurtre de Marylène Lévesque, ce n’est néanmoins pas dans le but de pointer du doigt des responsabilités politiques directes. Personne au sein du gouvernement de Justin Trudeau n’a évidemment souhaité un épouvantable dérapage comme il s’en est produit un à Québec.

L’objectif recherché est plus fondamental, si on peut le dire ainsi. Il consiste à prévenir le plus possible, le mieux possible, la répétition d’un tel drame. À déterminer comment le système pourrait mieux faire; à voir comment faire en sorte que les responsables politiques et administratifs prennent conscience, le cas échéant, de ce qu’ils doivent faire et ne pas faire.

Ce drame est-il lié à la transition d’un processus de nomination des commissaires à un autre? Est-ce autre chose?

L’éclairage de M. Blackburn permet de réclamer, à bon droit, une enquête totalement indépendante.