Jean-Marc Salvet

N’ajoutons pas au malheur

CHRONIQUE / Quelques voix s’élèvent pour réclamer que des employés de la fonction publique québécoise et canadienne, qui doivent rester chez eux actuellement et qui ne peuvent faire de télétravail, soient privés de leur salaire, voire mis à pied. La Ville de Québec devrait-elle servir d’exemple? Non, absolument pas. Ce serait une grave erreur.

Le gouvernement Legault résiste à cet appel. Avec raison. «C’est le temps de s’aider, ce n’est pas le temps de couper», a dit le premier ministre du Québec, mercredi.

D’abord, il convient de ne pas exagérer la situation dont on parle. Beaucoup, beaucoup d’employés de la fonction publique travaillent à distance — lorsqu’ils ne se rendent pas à leur bureau.

Ensuite, il faut tout de suite dire que les gouvernements n’ont pas à ajouter au malheur du monde.

Où se retrouveraient ces employés de l’État privés de salaire? À faire la file sur Internet pour recevoir l’aide des gouvernements?

On ne serait pas plus avancé en termes de finances publiques, même si les sommes déboursées n’étaient pas tout à fait les mêmes en bout de ligne. On ne le serait pas au regard des centaines de milliards de dollars que coûtera la pandémie aux trésors publics québécois et canadien.

Le maintien du lien d’emploi entre employés et employeurs est d’ailleurs ce que préconisent les représentants du monde de l’entreprise pour le secteur privé. La Fédération des chambres de commerce du Québec et la Chambre de commerce du Montréal métropolitain demandent aux gouvernements d’offrir aux entreprises des subventions pour qu’elles gardent leurs employés. Un programme de subvention salariale temporaire, insistent-elles, aurait le mérite de maintenir le lien d’emploi entre les travailleurs et les employeurs et, donc, de faciliter le redémarrage de la société lorsque ce sera possible.

C’est, au fond, l’approche des gouvernements du Québec et du Canada pour leurs employés dans l’incapacité d’accomplir leurs tâches habituelles.

«Actuellement, il n’y a aucun scénario de mises à pied ou de ne pas payer les employés qui travaillent pour le gouvernement du Québec», a déclaré François Legault, cette fois jeudi. Il faut souhaiter que Québec et Ottawa maintiennent ce cap même si de plus en plus de voix devaient s’élever pour réclamer un changement d’approche à cet égard. Il vaut la peine d’insister là-dessus tant les situations changent vite.

À preuve, la (bonne) décision du gouvernement Trudeau, mercredi, de finalement remplacer les deux prestations d’aide aux individus par une seule, la Prestation canadienne d’urgence, laquelle offrira un versement mensuel de 2000$ à toute personne ayant perdu ses revenus. Le succès du programme se mesurera à la capacité d’Ottawa de livrer ce soutien financier dans les délais prévus.

Concernant les employés de la fonction publique québécoise ou canadienne actuellement dans l’impossibilité de travailler, on peut ajouter que si la crise liée à la situation sanitaire devait se prolonger plus longtemps que ce que l’on peut craindre aujourd’hui, il sera toujours temps de voir si les tâches et les fonctions de certains peuvent être temporairement modifiées pour répondre à des urgences ou à des besoins particuliers.

Mais il est essentiel que tous les liens d’emploi et les salaires soient maintenus par les gouvernements.

Une grande partie de la renaissance passera par ces derniers; donc, par leurs employés.

Un fait de société

On aura compris cette semaine que la Société des alcools du Québec (SAQ) et la Société québécoise du cannabis (SQDC) constituent des services essentiels par les temps qui courent.

La SAQ est une vache à lait pour les finances publiques québécoises. Ceci peut en partie expliquer cela. Mais dans la situation actuelle de dépenses, les revenus qu’elle générera ne pèseront pas bien lourd dans la balance. Il y a donc plus que ça.

François Legault a expliqué qu’il ne veut «pas voir le chaos dans les épiceries avec des gens qui s’y précipitent pour obtenir de l’alcool si on ferme la SAQ. Des gens, malheureusement, ont besoin d’alcool et je ne veux pas qu’ils se retrouvent dans le système de santé. Afin de réduire le stress, il faut faire de l’exercice. Mais, parfois, un verre de vin, ça fait du bien».

Deux remarques : le tout doit se faire dans le respect des employés de la SAQ et de la SQDC; de manière à ce que leur sécurité soit assurée en tout temps. Et, bien sûr, le «verre de vin, ça fait du bien», mais avec modération. Surtout en cette époque de confinement.

Une conclusion : la décision du gouvernement Legault à ce chapitre a été prise, là aussi, pourrait-on dire, pour ne pas ajouter au malheur du monde. C’est très bien.

Quoi qu’il en soit, le maintien des activités de la SAQ demeurera un fait de société.