Jean-Marc Salvet
Le gouvernement Legault refuse de rendre obligatoire le port du masque.
Le gouvernement Legault refuse de rendre obligatoire le port du masque.

Masques: avertir très clairement dès maintenant

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault refuse de rendre obligatoire le port du masque, y compris dans certains lieux publics. La mesure ne passerait pas bien aux yeux de tous. Nous le savons et ceci explique en partie cela. Prenons-en acte.

Prenons-en acte, mais si elles veulent prévenir plutôt que tenter de guérir, les autorités gouvernementales peuvent tout de même — et tout en demeurant pour l’instant sur cette ligne du refus — faire beaucoup plus que de répéter qu’elles «recommandent fortement» l’usage du couvre-visage (comme elles ont fini par le faire).

Le gouvernement de M. Legault devrait ainsi avertir très clairement et dès maintenant qu’il rendra le masque obligatoire dans certains lieux, comme dans les commerces et les transports en commun, si l’épidémie reprend du poil de la bête et atteint tel ou tel niveau.

Ne soyons pas naïfs. Il finirait par l’imposer si le coronavirus devait revenir en force, que ce soit dans des territoires précis ou pour certaines activités.

Mais pourquoi devrait-il alors annoncer franchement dès maintenant qu’il le ferait dès les premiers signaux d’une recrudescence? Parce qu’il aiderait la société à mieux se préparer.

Il l’aiderait à mieux contenir et à mieux circonscrire cette éventuelle deuxième vague. Pour autant, bien sûr, qu’il exhorte dans la foulée ceux qui ne possèdent aucun masque à s’en procurer dès à présent.

Si une deuxième vague devait frapper l’automne prochain, ceux qui n’en ont pas auraient ainsi été fortement incités à s’en procurer. Ils auraient eu quelques semaines pour le faire.

Nous serions alors à ce moment-là collectivement plus prêts et plus réactifs en cas de nécessité.

Ce serait une corde de plus à notre arc.

Pour cela, il est vrai, les autorités gouvernementales auraient elles-mêmes l’obligation de mettre beaucoup plus de masques à la disposition de citoyens habitant des zones socio-économiques plus vulnérables — plus qu’elles ne l’ont fait jusqu’ici. Mais le coût d’une telle opération pour l’État et la société serait infime par rapport à ce que coûterait l’imposition de confinements plus ou moins généralisés.

Il y a quelque temps, François Legault disait qu’il n’excluait pas de rendre le port du masque obligatoire dans certaines circonstances. Depuis quelque temps, il soutient plutôt qu’il ne peut pas engager des policiers pour faire en sorte que cette éventuelle imposition soit respectée.

Mais si le couvre-visage devait devenir obligatoire dans certains lieux et dans certaines circonstances en raison d’une recrudescence de l’épidémie, une très forte majorité de citoyens respecteraient cette directive. Pas par «docilité», mais par civisme.

Et si le gouvernement annonçait dès maintenant qu’il l’imposerait dès une reprise de l’épidémie, de très nombreux citoyens n’en possédant pas actuellement s’en procureraient et nous aurions alors plus de chance de la juguler le moment venu.

En préparation d’une éventuelle deuxième vague, il faut faire en sorte d’élargir dès maintenant le nombre de personnes qui possèdent des couvre-visages. Pour ce faire, il n’y aurait rien de mieux que cet avertissement sur l’obligation qui serait faite d’en porter si l’épidémie devait redébouler en force.

Mais attention : pour bien faire, cet avertissement devrait impérativement s’accompagner de l’instauration d’un indice objectif qui déterminerait très précisément à l’avance que cette imposition serait décrétée dès lors que tant de nouveaux cas de COVID-19 par 100 000 habitants apparaîtraient. Personne ne pourrait alors prétendre la surprise.

Cet avertissement indiquant que le port du masque serait rendu obligatoire (dans tel et tel lieu) dès lors que tel ou tel palier épidémique serait atteint fait actuellement défaut dans la panoplie des moyens de prévention.

Cet avertissement devrait être lancé d’autant plus rapidement que les autorités de la santé publique viennent d’établir différentes distances physiques devant être respectées, lesquelles vont désormais d’un à deux mètres. Il aurait le mérite de nous rappeler que cet épisode n’est pas que de l’histoire ancienne.

Ces distances créent de la confusion? C’est compliqué? Oui, lorsqu’on les regarde toutes globalement. Mais n’oublions pas que chacun de nous n’a quand même pas à toutes les connaître. Il appartient aux différentes organisations de s’emparer de celle qui les concerne et de l’appliquer.

Notre rôle à nous, comme citoyen, est avant tout de faire jouer le plus possible notre petit mécanisme mental de précaution. Et, mieux encore, de civisme.