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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le premier ministre François Legault
Le premier ministre François Legault

Les «valeurs»… Attention, terrain glissant!

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CHRONIQUE / La réforme à venir de la loi 101 constitue une occasion à saisir. Ce projet doit nous rassembler le plus possible. Cette réforme peut être un projet collectif pour tous.

Un gouvernement divise toujours lorsqu’il prend des décisions. C’est inévitable. Mais il ne doit pas chercher à diviser pour diviser, à diviser pour marquer des points partisans. Il doit tenter de rassembler le plus largement possible.

Au moins, ainsi, n’accentuera-t-il pas les inévitables divisions; au moins, ainsi, ne transformera-t-il pas complètement les oppositions en blocs ennemis. On n’a pas besoin de ça.

Et on n’a absolument pas besoin de ça pour la langue française. Elle est et doit être notre socle commun. À Montréal, comme partout ailleurs au Québec.

Voilà pourquoi le gouvernement Legault doit chercher à susciter l’adhésion.

Il ne s’agit pas et ne s’agira pas pour lui de tenter de faire plaisir à tout le monde. C’est impossible. Il ne s’agira pas non plus pour lui de chercher à ne pas déranger. C’est impossible aussi dans la situation actuelle.

Il s’agira pour lui de convaincre. Et non pas de jeter des anathèmes sur ceux qui ne partagent pas sa vision, ce qui ne ferait que braquer autrui, qu’éloigner des citoyens du socle.

Au-delà des mesures que contiendra la réforme, le ton et les mots employés seront donc, bien évidemment, importants. Et ils le sont déjà.

Pourquoi rappeler cela? Parce qu’un échange survenu la semaine dernière entre le premier ministre François Legault et la cheffe de l’opposition Dominique Anglade sur la langue française a eu pour toile de fond les... «valeurs québécoises». Aïe! Attention! Il est là le terrain glissant.

Car, si l’on dit explicitement ou implicitement, par exemple, que quelqu’un ne partage pas les valeurs québécoises parce qu’il refuse ou refuserait d’utiliser la clause dérogatoire, et qu’on tire et retire sur cette corde, on relègue en quelque sorte cette personne à la frontière de la nation. C’est grave.

Personnellement, je n’ai pas de problème avec le recours à cette clause dérogatoire en ce qui a trait à l’affichage commercial. Je suis en faveur de mesures musclées pour la langue française.

Mais on ne peut reléguer quelqu’un aux marges de la nation parce qu’il n’a pas la même conception du verbe «muscler». Ce n’est pas ainsi qu’on élargira le fameux socle.

Du PLQ au PQ

François Legault tape dur sur le Parti libéral du Québec en ce qui a trait à la langue française — peu importe que celui-ci ait récemment présenté des propositions qui lui ont fait prendre ses distances des gouvernements Couillard et Charest, qui l’ont éloigné de positions attentistes et du service minimum.

Ce faisant, le chef caquiste vise à aller chercher des électeurs... péquistes. C’est en tout cas le résultat qu’il pourrait récolter.

Sinon, pourquoi viser à ce point le parti de Dominique Anglade, alors qu’il sait qu’il ne ralliera pas un seul électeur libéral de cette façon? Ce n’est pas dans ce groupe qu’il élargira son bassin de sympathisants.

Cogner sur le Parti libéral du Québec, c’est sembler se montrer fort. C’est afficher son parti pris nationaliste. C’est pouvoir, peut-être, obtenir l’aval de sympathisants péquistes...

Ou faire en sorte que d’anciens électeurs du Parti québécois, devenus caquistes ces dernières années, ne retournent pas au parti aujourd’hui dirigé par Paul St-Pierre Plamondon.

Méfions-nous de toutes les postures.