Un gouvernement minoritaire constitue une demi-victoire pour Justin Trudeau, mais une victoire tout de même.

Le Canada, popcorn politique

CHRONIQUE / Un gouvernement minoritaire constitue une demi-victoire pour Justin Trudeau, mais une victoire tout de même. Pour Andrew Scheer, l’échec est cuisant.

L’arrivée d’un gouvernement minoritaire à Ottawa offrira un important rapport de forces aux néo-démocrates, avec lesquels Justin Trudeau cherchera souvent à s’entendre. Il devra aussi sans doute parfois négocier avec les bloquistes.

Cette nouvelle configuration politique offrira aussi un solide rapport de forces au premier ministre du Québec, François Legault. Ce résultat électoral est une victoire pour lui.

Le bloquiste Yves-François Blanchet peut dire un gros merci à M. Legault, sur qui il s’est appuyé pour entrer en force à la Chambre des communes. Habile communicateur, M. Blanchet est parvenu, grâce aux demandes du gouvernement du Québec, à tordre le cou à cette idée voulant que le Bloc soit inutile.

Ce n’est pas un mince exploit. De ce point de vue, c’est même un retournement des choses.

Et la souveraineté là-dedans? Le Bloc l’a remisée dans les coulisses de la campagne. Pourquoi? Parce que, comme dirait François Legault, «les Québécois ne sont pas là». Le Bloc ne travaillera donc pas à «faire la souveraineté» avec le Parti québécois, comme l’ont désespérément soutenu Justin Trudeau et Andrew Scheer en fin de campagne.

Mais puisqu’il est et demeurera un parti souverainiste, le Bloc québécois tentera bien évidemment de redonner du tonus au projet, bien qu’à sa façon.

Il faut garder à l’esprit que de plus en plus de penseurs souverainistes sont désormais reconvaincus que le projet indépendantiste ne redeviendra pas une force politique parce qu’on en ferait la promotion ou que l’on en présenterait les avantages.

Pour ces stratèges, il faut le savoir, l’idée de la souveraineté aurait plus de chances de se réimposer dans l’actualité après une série de fins de non-recevoir du gouvernement canadien à des demandes formulées par le Québec — demandes que les bloquistes relaieront le plus possible à la Chambre des communes. Dans cette optique, une éventuelle décision de la Cour suprême du Canada contre la loi québécoise sur la laïcité insufflerait certainement un élan.

L’éclatement

Des commentateurs ont cherché la «question de l’urne». En vain. Et pour cause : les électeurs du Canada ne se sont pas positionnés pour ou contre un enjeu suprême, un enjeu supplantant tous les autres.

Des entités d’électeurs se sont positionnées en fonction d’une multitude de visions différentes et d’intérêts divers — des visions et des intérêts que chacun de ces ensembles de citoyens a placés devant d’autres.

C’est un peu comme si le «liant» ou les grands «liants» existaient de moins en moins au Canada. C’est à retenir.

Certains ont voté en pensant d’abord à l’autonomie des provinces (par rapport à un pouvoir central fort). D’autres ont fondé leur choix sur des questions sociales; d’autres, sur des sujets de société. Certains ont d’abord songé aux taxes, aux impôts et au déficit; d’autres (surtout dans l’Ouest), au «corridor énergétique». D’autres ont voté en pensant d’abord aux changements climatiques, etc.

Ce scrutin marque la dispersion et l’éclatement des visions et des intérêts au Canada. Il consacre un peu plus son morcellement. Le Canada est redevenu un popcorn politique.

Justin Trudeau en aura des pots à recoller. Mission possible?