À quelques heures de la présentation du projet de loi sur le port de symboles de foi du ministre Simon Jolin-Barrette, les élus des deux côtés du Salon bleu doivent se rappeler qu’ils ont la responsabilité de ne pas alimenter de tensions. Ils ont le devoir d’apaiser les choses.

Laïcité: appel à la responsabilité

CHRONIQUE / Pendant des années, des responsables politiques ont chauffé à blanc le dossier de la laïcité et des accommodements religieux; parfois sans le vouloir, parfois en toute connaissance de cause. C’est tout l’inverse que les parlementaires de l’Assemblée nationale doivent faire à partir de maintenant. Ils doivent tous donner l’exemple.

À quelques heures de la présentation du projet de loi sur le port de symboles de foi du ministre Simon Jolin-Barrette, les élus des deux côtés du Salon bleu doivent se rappeler qu’ils ont la responsabilité de ne pas alimenter de tensions. Ils ont le devoir d’apaiser les choses.

Car s’il existe un sujet qui a divisé les Québécois depuis une dizaine d’années, tout autant que la place du Québec au sein ou à l’extérieur du Canada naguère, c’est bien celui de la laïcité. Le degré de sensibilité de ces deux questions est comparable — même si comparaison n’est pas raison.

Certes, aujourd’hui, le gouvernement de François Legault peut se targuer de compter sur l’appui d’une majorité de Québécois francophones. Et ce qu’il présentera est loin de ce qu’était la Charte des valeurs du gouvernement de Pauline Marois, laquelle embrassait trop largement.

N’empêche que le projet de loi de Simon Jolin-Barrette heurtera de nombreux citoyens. Voilà pourquoi les parlementaires devront veiller à ne pas creuser les incompréhensions.

De façon générale, il y aura ceux qui trouveront que la proposition législative va trop loin et ceux qui la jugeront timorée, particulièrement en raison de la clause de droit acquis, qui est à mes yeux une nécessité humaine et sociale.

Débattre?

Je pratique ce métier depuis une vingtaine d’années. Et s’il y a un poncif que j’ai toujours entendu, c’est qu’on ne sait pas débattre au Québec.

Personnellement, je ne pense pas que l’on débatte moins bien qu’ailleurs, mais s’agissant d’un sujet aussi émotif que celui-là, l’obligation morale, politique et sociale de tous est de faire valoir son point de vue, ses désaccords et ses critiques sans chercher à provoquer ou à offenser ceux qui voient les choses autrement.

À partir de maintenant, le minimum serait que les accusations ou les sous-entendus d’intolérance, souvent lancés d’un côté, et de traîtres à la nation, souvent proférés de l’autre, ne resurgissent plus au Parlement.

Il faut que l’appel à garder un ton respectueux lancé à ses troupes par François Legault percole. Il faut que les chefs des autres partis fassent passer le même message à l’interne. Surtout que ni le Parti libéral du Québec, ni le Parti québécois, ni Québec solidaire — qui se penchera sur sa position ce week-end — ne peuvent jouer aux donneurs de leçons.

En donnant le bon exemple, les parlementaires contribueraient à amoindrir les frictions à l’extérieur de l’Assemblée nationale.

Plus direct

Sur une note plus légère — si une telle chose est possible dans ce dossier… Les projets de loi du ministre Jolin-Barrette s’inscrivent dans une même logique, mais pas leurs intitulés.

Sur l’immigration, le titre était long comme un dimanche de pluie : Loi visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes. Ouf! Le titre du projet que présentera le même ministre ce jeudi est on ne peut plus court. Il se lit ainsi : Loi sur la laïcité de l’État.

Ce projet ne peut être qu’imparfait et ne rendra pas toutes les institutions du Québec laïques. L’une de ses plus grandes incohérences, je le répète pour la énième fois, demeure le fait que dans le monde de l’enseignement, la loi concernera les enseignants des écoles primaires et secondaires du réseau public, mais pas ceux du réseau privé, même s’il est subventionné.