La Coalition avenir Québec a commis une bourde en doublant sur Facebook la consultation prébudgétaire du ministre des Finances, Éric Girard.

La petite bourde de la CAQ

CHRONIQUE / La Coalition avenir Québec — pas le gouvernement, mais le parti — a commis une bourde en doublant dans un but partisan la très officielle consultation prébudgétaire du ministre des Finances, Éric Girard.

La consultation du parti sur Facebook devait soi-disant renseigner le gouvernement Legault sur les priorités des Québécois en matière budgétaire. La belle affaire!

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’elle n’aurait pas eu la moindre valeur scientifique. Mais il faut surtout insister sur le fait qu’il s’agissait d’une manœuvre visant à obtenir des coordonnées de citoyens. C’est en raison de ce petit péché que le parti y a mis fin — sans doute après un appel du pied de quelqu’un au gouvernement.

Dommage que les tentatives législatives du printemps dernier visant à encadrer la collecte de renseignements personnels par les partis politiques québécois aient tourné en eau de vaisselle.

Puisqu’il était question de l’établissement de priorités dans la consultation avortée du parti, suggérons-en une en passant : que l’idée d’encadrer les collectes de données personnelles par les formations politiques soit officiellement retenue par le gouvernement. Elle n’est pas d’ordre budgétaire, mais elle demeure essentielle.

N’est-ce pas d’ailleurs ce que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale s’entendaient eux-mêmes pour dire lorsque le sujet défrayait les manchettes, il y a quelques mois?

S’il n’est pas nécessaire de faire tout un plat avec cette petite bourde commise à la Coalition avenir Québec, elle nous conduit toutefois à la très officielle consultation prébudgétaire en ligne que vient de lancer en direction des citoyens le ministre des Finances. Celle-ci est censée être significative.

Un exercice utile?

Cet exercice gouvernemental visant à consulter les citoyens n’est pas une première. Il se déroule depuis des années au Québec. Et il n’attire jamais les foules, c’est le moins qu’on puisse dire.

Selon les chiffres communiqués au Soleil par le ministère des Finances, à peine plus de 4000 personnes ont pris part à la dernière consultation en ligne du genre, l’hiver dernier. C’est très peu.

Quelle peut donc être la valeur d’une telle consultation, alors? Pour un gouvernement, elle a un mérite : celui de dire qu’il est à l’écoute des citoyens.

Quand on y regarde de près, cependant, on constate que l’écoute est plus ou moins réelle. La consultation mise en ligne par le personnel du ministre Éric Girard est en effet extrêmement dirigée. Elle ne permet aux répondants que d’établir un ordre de préférence parmi des réponses puisées dans les engagements électoraux du gouvernement Legault.

On peut aussi se demander ce que certaines réponses préimprimées font là. Qu’est-ce que celle sur le mode de scrutin proportionnel a à voir avec l’élaboration du budget 2019-2020?

Pour tout gouvernement, il n’existera jamais de meilleure consultation de la population que l’écoute des doléances que peuvent faire remonter les députés — ceux de l’aile parlementaire gouvernementale, comme ceux de l’opposition. Entendu que tout gouvernement, par la suite, quel qu’il soit, n’a pas à dire oui à tout, qu’il aura toujours à trancher.