Jean-Marc Salvet
François Legault a décidé de changer le capitaine du gros paquebot du ministère de la Santé et des Services sociaux pendant le répit que l’on connaît. Danielle McCann sera remplacée par Christian Dubé (à droite).
François Legault a décidé de changer le capitaine du gros paquebot du ministère de la Santé et des Services sociaux pendant le répit que l’on connaît. Danielle McCann sera remplacée par Christian Dubé (à droite).

La médecine de choc de Legault

CHRONIQUE / François Legault ne dédaigne pas la médecine de choc. Il l’a démontré avec le remaniement ministériel auquel il a procédé lundi.

Ce remue-ménage correspond à une ligne de fond de la Coalition avenir Québec en même temps qu’il soulève des questions importantes.

Que Christian Dubé quitte le Conseil du trésor n’est pas une mauvaise chose en soi. Son départ pourrait donner un peu d’air aux négociations dans les secteurs public et parapublic — même s’il ne faut pas imaginer qu’elles se concluront pour autant positivement aux yeux de tous. Une nouvelle approche ne change pas les objectifs poursuivis.

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Le fait que ce soit l’ex-procureure de la Commission Charbonneau, Sonia LeBel, qui succède à M. Dubé pourrait donner de la crédibilité à la prochaine mouture du projet de loi sur la relance économique du Québec; rendre ce projet plus sensé — bien que la nouvelle présidente du Conseil du trésor ait avalisé à l’interne le premier texte à titre de ministre de la Justice.

C’est évidemment le départ de Danielle McCann du ministère de la Santé et des Services sociaux qui soulève de sérieuses interrogations. Elle connaissait le réseau. Et nous sommes vraisemblablement entre deux épisodes de l’épidémie de COVID-19.

M. Legault a décidé de changer le capitaine du gros paquebot pendant le répit que l’on connaît.

Le fait que des ordres et des consignes se soient perdus entre les étages pendant la crise pandémique n’est pas une faute qui peut être imputée à Mme McCann. Cette situation témoigne plutôt de la complexité du réseau. Idem pour le manque d’informations que le premier ministre a encore déploré lors de sa conférence de presse, lundi.

Jeudi dernier, en entrevue au Soleil, François Legault rappelait qu’il avait dû faire «construire beaucoup de tableaux qui n’existaient pas. Je disais : “On va prendre les CHSLD un par un. Combien de cas? Combien de décès? Classez-moi ça, vert, jaune, rouge”».

Il insistait : il lui manquait d’informations en provenance du ministère de la Santé et des Services sociaux. «Je n’avais pas les informations (…). Parce qu’on a un système d’information qui est archaïque à la Santé», avait-il aussi martelé pendant cette entrevue.

Ce lundi, il parlait d’«âge de pierre».

Au gouvernement, on veut qu’une culture de résultat imprègne ce ministère. On veut que les différents patrons du réseau soient responsables et «imputables», pour reprendre un mot qu’affectionne M. Legault. Dit ainsi, qui pourrait être contre?

Le nouveau ministre de la Santé, Christian Dubé, a certes l’avantage d’être perçu comme un «opérationnel». Il arrive à ce ministère avec cette «aura», cette perception, ainsi qu’avec ses fameuses approches innovantes...

Mais une aura ne fait pas foi de tout. On se répète, mais M. Dubé a connu de très mauvaises semaines au Conseil du trésor. Le blitz de négociations qu’il avait annoncé en mars avec les secteurs public et parapublic s’est fracassé le nez. Et son projet de loi sur la relance économique était mal ficelé.

Il a certes conclu une entente avec la Fédération des médecins spécialistes, mais celle-ci est loin de ressembler à ce qu’il avait claironné au départ. La Fédération était d’ailleurs bien satisfaite des conclusions, ce qui n’est pas un mal en soi. Mais cela replace tout de même le résultat de l’opération dans de plus justes perspectives.

Combien de temps faudra-t-il à Christian Dubé pour connaître les rouages de cette immense machine qu’est le ministère de la Santé; et, donc, pour agir concrètement et positivement? 

Parce que, oui, il faut aussi cette connaissance pour agir efficacement.

Il faut cette connaissance pour obtenir des résultats réellement probants.

Chacun a ses forces et faiblesses. M. Legault a fait ses choix. Et c’est pour cela que si des questions très sérieuses peuvent et doivent être soulevées, personne ne peut malgré tout affirmer que le choix du premier ministre n’est pas le bon. Qui pourrait d’ores et déjà affirmer cela aujourd’hui?

M. Legault a cru nécessaire de dire que la décision de remplacer Danielle McCann par Christian Dubé a été difficile à prendre. Sans aucun doute. Mais l’actuel chef du gouvernement est mû par la conviction que l’opinion publique, par les temps qui courent, aime justement ceux qui n’hésitent pas à prendre… des décisions difficiles.

Placée sous le signe de l’«efficacité» à venir, sa décision ne devrait pas lui faire perdre de points.

La revanche de la «mauvaise»

Christian Dubé aura pour lui son regard neuf. C’est vrai. Il aura ses interrogations sur les façons de faire. C’est vrai. Mais ce qui l’aidera véritablement dans sa mission, c’est la nomination de Dominique Savoie comme sous-ministre en titre à la Santé.

Dominique Savoie avait déjà hérité d’un mandat spécial au sein de ce ministère en pleine crise de la COVID-19, en avril. Elle avait été nommée «administratrice d’État à la gestion des ressources gouvernementales au ministère de la Santé et des Services sociaux». Ce n’était déjà pas rien!

Pour l’avoir d’abord honorée de ce titre et lui octroyer aujourd’hui le poste de sous-ministre à la Santé et aux Services sociaux, le gouvernement Legault ne pense à l’évidence pas du tout ce que la Coalition avenir Québec disait d’elle lorsqu’elle était dans l’opposition.

Ex-sous-ministre des Transports, Mme Savoie avait été accusée de n’être rien de moins qu’une «mauvaise administratrice» par les caquistes. C’était dans la foulée d’allégations qui avaient éclaboussé le ministère des Transports.

On peut une fois de plus en conclure que la CAQ a dit certaines choses un peu facilement lorsqu’elle était dans l’opposition dans le but de marquer des points politiques.

On peut par ailleurs, et pour conclure, constater que l’argumentaire qui a prévalu pour déloger Mme McCann de la Santé et des Services sociaux n’a pas joué pour la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais. C’est qu’il existe des décisions plus difficiles que d’autres à prendre.