L’heure est au bilan, en ce qui concerne la scène politique à l’Assemblée nationale.

CAQ, PLQ, PQ, QS; premier bilan

CHRONIQUE / En ramenant sur le tapis sa proposition d’abolir purement et simplement le cours Éthique et culture religieuse, le Parti québécois (PQ) a cherché à retracer des marques politiques sur le sol, à rallier derrière lui une frange de l’électorat qui honnit ce programme.

Le PQ cherche à se distinguer de la Coalition avenir Québec. Il serait le vrai porteur des questions dites identitaires et le gouvernement de François Legault, une espèce d’usurpateur…

Le PQ peine à faire sa place entre le gouvernement Legault et les libéraux menés par Pierre Arcand, qui remplissent presque tous les créneaux d’opposition. C’est ce que l’on peut constater un mois après la reprise des travaux d’hiver à l’Assemblée nationale (et alors que débute une courte relâche parlementaire).

Coincé entre deux grandes offres politiques, celle de la Coalition avenir Québec et celle du Parti libéral du Québec, le PQ croit néanmoins — espère —, à l’instar de son ex-chef Jean-François Lisée, que les refus qu’encaissera le gouvernement Legault devant Ottawa contribueront à le remettre en selle d’ici 2022.

Puisqu’il est question de Jean-François Lisée, qui s’apprête à lancer un bouquin sur son expérience à la tête du PQ… Et si ce n’était pas la prédiction de sa mort imminente entendue ad nauseam qui a contribué à la énième défaite du Parti québécois, comme il le dit, mais simplement le fait que son offre politique et ses incessants louvoiements ont fini par lasser? Cela dit, je répète ce que j’ai écrit récemment à son sujet : ce n’est pas parce qu’on n’est pas populaire qu’on n’a pas sa place.

Mais revenons à ce bilan des dernières semaines.

Entre parenthèses

Par rapport à l’automne dernier, les solidaires ont paru se mettre entre parenthèses. Eux aussi cherchent leur place entre le gouvernement et l’opposition officielle.

Mais il ne faut pas oublier que Québec solidaire est un parti que l’on ne peut pas saisir seulement à travers son aile parlementaire. Un peu comme le PQ d’autrefois, il faut le regarder à travers ses instances militantes.

Or, celles-ci se tiraillent actuellement sur les signes religieux. C’est un moment délicat à passer pour les solidaires.

Chicanier…

Une opposition officielle fait généralement flèche de tout bois. Les libéraux ramassent vraiment tout le bois qu’ils peuvent.

Il est vrai qu’ils ont eu de bonnes cibles vers lesquelles tourner leurs canons : cannabis, immigration, taxes scolaires… Leurs porte-parole en ces matières sont solides, qui plus est.

Les libéraux n’ont pas à raser les murs, mais ils montent le ton souvent très haut, et sont aux barricades à tout propos. Le chef intérimaire lui-même, Pierre Arcand, pratique un jeu robuste auquel personne ne s’attendait.

Ce qui étonne le plus, cependant, ce n’est pas leurs critiques dans des dossiers comme celui de l’immigration; c’est le côté chicanier, presque querelleur, qu’ils ont développé. Le dernier exemple porte sur leur volonté de scinder le projet de loi de la ministre Geneviève Guilbault sur la nomination du commissaire à la lutte contre la corruption, du patron de la Sûreté du Québec et du directeur des poursuites criminelles et pénales.

C’est vraiment sérieux cette proposition?

Gare à l’arrogance!

Contrairement à ce que serinent les libéraux et les péquistes, ce ne sont pas les reculs qui caractérisent le plus le gouvernement de François Legault, mais sa propension à avancer le plus vite possible et sans dévier; à appliquer ses plans comme il les a imaginés.

Pensons, là encore, au cannabis, aux taxes scolaires, ainsi qu’à l’immigration. Ce n’est pas banal qu’il ait fallu une intervention de la Cour supérieure du Québec dans ce dernier dossier pour que le gouvernement polisse des angles.

On a aussi vu qu’il supporte déjà mal la contradiction. Gare à ce qui pourrait devenir à la longue une forme d’«arrogance», une attitude que François Legault n’a cessé de reprocher aux libéraux de Philippe Couillard.

Attention : même s’il l’espère, le généreux budget que le gouvernement présentera sous peu ne pourra solder tous les comptes comme par enchantement. L’argent n’achète pas tout.