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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau dépose des fleurs lors de la vigile mardi soir.
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau dépose des fleurs lors de la vigile mardi soir.

Ça suffit l’indécence! Un peu de respect, svp

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CHRONIQUE / L’attentat terroriste de London en Ontario venait à peine d’être perpétré que certains se demandaient si la loi 21 du Québec n’avait pas quelque chose à voir avec cette horreur islamophobe.

Dans le contexte de cet attentat, les questions posées mardi par certains journalistes anglophones à Justin Trudeau étaient proprement choquantes. C’était une claire dérive. Une triste récupération.

Ces questions témoignent, pour dire le moins, d’une incompréhension allant grandissante entre une grande partie du Canada anglais et une grande partie du Québec.

Chacun peut penser ce qu’il veut de la loi québécoise proscrivant le port de symboles de foi chez certains représentants de l’État québécois. Mais personne ne peut suggérer qu’elle a un lien avec l’horreur qui s’est produite contre une famille musulmane à London, en Ontario. C’est pourtant bel et bien ce que sous-tendaient certaines questions adressées au premier ministre canadien.

À un moment, pour être certain d’être bien compris, M. Trudeau a très clairement dit «non». Il venait de répondre à la question suivante : Êtes-vous d’accord pour dire que la loi 21 incite à la discrimination et à la haine? Je rappelle que nous étions à ce moment-là dans le contexte d’une conférence de presse portant sur l’attentat islamophobe de London.

Justin Trudeau a répondu non, mais avant de finir par laisser tomber une bêtise et d’ajouter une ambiguïté aux réponses qu’il avait fournies jusque-là : «Ça ne me surprendrait pas que dans les semaines et les mois à venir, il y ait des réflexions à avoir sur le but et l’importance de la loi 21, en partie parce que ça fait un an qu’on passe beaucoup de temps avec des masques qui couvrent nos visages en obtenant des services de l’État, et aussi parce qu’il y a une réelle inquiétude par rapport à la montée d’intolérance et d’islamophobie.» C’est sa déclaration.

Évidemment, le port d’un masque sanitaire n’a rien à voir avec la loi 21. D’ailleurs, soit dit en passant, bien avant la loi 21, et en guise de réponse à la Commission Bouchard-Taylor, les gouvernements Charest et Couillard, au Québec, voulaient exiger le «visage découvert» entre les usagers et les services publics. M. Trudeau s’est égaré.

Le chef du Parti libéral du Canada est contre la loi 21. Il ne s’en cache pas. Mais la vérité est qu’il veut s’en tenir le plus loin possible. Il voudrait n’avoir jamais à en parler. S’il le pouvait, c’est ce qu’il ferait.

Ceux qui affirment ou laissent entendre qu’il a lui-même établi un lien entre la loi québécoise sur l’interdiction du port de symboles de foi pour certains représentants de l’État et l’attentat islamophobe de London sont dans une triste et grave instrumentalisation politique.

Cela étant, M. Trudeau ne peut pas établir de lien entre la loi québécoise et l’islamophobie en général, comme il l’a laissé entendre. C’est indigne.

Mais que toute cette polémique ouverte par des questions hors propos de journalistes obnubilés est navrante et affligeante dans le contexte que nous connaissons!

Je n’irai pas plus loin sur ces chemins politiques sinueux. Sur le crime terroriste commis en Ontario, je ne peux que répéter ce que j’écrivais lundi soir : nous sommes tous concernés, nous sommes tous meurtris. Il faut se dresser contre le déchaînement de haine et de violence chaque fois qu’il surgit. Sans relâche.

Il faut dénoncer l’islamophobie. Il faut dénoncer ceux qui nourrissent cette dérive sur les réseaux sociaux et partout ailleurs.

Toutes nos sociétés sont concernées par les épouvantables tueries découlant de la haine et du racisme. Soutenons, chacun à la hauteur de ses moyens, tous ceux qui, simplement parce qu’ils marchent dans les rues, se sentent aujourd’hui en danger après cet attentat islamophobe.

C’est important. C’est un devoir d’humanité, de fraternité.

De London à Québec, nous, les êtres humains, sommes tous concernés. Nous, les êtres humains, sommes tous meurtris.

Ce n’est jamais le moment des vaines polémiques, mais ce l’est encore moins actuellement autour de ce drame.

Ça suffit l’indécence! Le temps présent est au respect des victimes et de cet enfant aujourd’hui orphelin.