Le ministre responsable de la langue française, Simon Jolin-Barrette, a précisé sa pensée, lundi. Il a déclaré qu’aucune loi ne sera déposée qui interdira la formule d’accueil «Bonjour-Hi» à l’Assemblée nationale.

Bye-bye «Bonjour! Hi!»; l’avertissement

CHRONIQUE / Interdire le «Bonjour! Hi!» ? L’hypothèse était si invraisemblable et inapplicable que personne au gouvernement ne s’est obstiné — pas même le ministre Simon Jolin-Barrette.

Tout cela nous rappelle que ce qui fait une partie du succès du gouvernement Legault, son «nationalisme décomplexé», pourrait aussi, s’il tire trop fort sur cette corde, le conduire à des difficultés. Ce dernier épisode a valeur d’avertissement pour lui.

Il n’est donc pas question de légiférer pour interdire le «Bonjour! Hi!» dans les commerces privés. M. Jolin-Barrette l’avait envisagé vendredi avant de faire marche arrière ce lundi. On serait tombé dans une ridicule et contre-productive chasse aux sorcières en poursuivant une telle tentative.

C’est une chose de lancer un mot d’ordre pour empêcher que ne se répande l’usage du «Bonjour! Hi!» dans l’appareil public et dans les sociétés commerciales du gouvernement, comme la Société des alcools du Québec, c’en est une autre de vouloir contraindre des commerces privés.

En disant que son gouvernement cherchera à inciter les entreprises à délaisser le «Bonjour! Hi!» plutôt que de tenter de leur forcer la main, le ministre Jolin-Barrette se trouve à respecter l’esprit et la lettre des deux motions adoptées par l’Assemblée nationale sur le sujet.

Car, contrairement à ce qu’on a entendu ces derniers jours, ni la résolution parlementaire de juin ni celle adoptée en novembre 2017 ne réclamaient le bannissement de cette expression — laquelle n’est d’ailleurs même pas nommée dans ces motions. L’une et l’autre se contentent d’inviter les commerçants et leurs employés à accueillir les clients avec le mot bonjour.

L’Office québécois de la langue française pourrait très bien, à terme, recevoir le mandat de faire valoir les mérites de ce très joli mot dans les commerces où on le noie.

Tant à faire

Sur le plan proprement législatif, ce ne sont pas les vraies mesures à prendre qui manquent pour protéger et promouvoir la langue française au Québec. Pensons à l’élargissement de la loi 101 aux entreprises de 25 à 49 employés ou à la mise en vigueur de l’article 1 de la loi 104, adoptée en... 2002. Cet article stipule que les communications écrites de l’administration publique avec les personnes morales établies au Québec doivent être rédigées «uniquement» en français.

Le Parti québécois promeut ces deux mesures.

Le gouvernement Legault donnera vraisemblablement vie à la disposition de la loi 104 restée lettre morte. Rien n’indique cependant qu’il ira jusqu’à étendre la loi 101 aux entreprises comptant de 25 à 49 employés — en tout cas, pas de la façon dont le réclame le Parti québécois.

On sait par ailleurs qu’il veut que les entreprises de juridiction fédérale soient assujetties à la loi 101. C’est également nécessaire, mais pas gagné.

Dans ce débat, la solidaire Catherine Dorion a opté pour un grand angle. Elle a déploré que le Québec n’ait actuellement «aucun pouvoir de réglementation pour mettre le contenu en québécois de l’avant sur Internet». Il s’agit pourtant «de l’avenir de notre culture, puis de notre langue au Québec», a-t-elle insisté.

Elle a dit cela à la louche, de façon très large. Mais il y a là, effectivement, comme le dit Mme Dorion, un «angle mort» dont on parle trop peu.

Il faudrait lancer une vraie réflexion sur ce qui pourrait être fait à ce sujet et comment, car on touche ici à une vraie question.