Quand vieillesse rime avec fatigue...

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Pourquoi le corps finit-il par avoir moins d’énergie quand on vieillit? Pourtant, nous mangeons pratiquement autant qu’avant et nous dépensons moins puisque nous avons moins d’activités, mais nous nous sentons quand même plus fatigués!», demande Denis Tremblay, de Chicoutimi.

En 1990, des chercheurs israéliens ont commencé à suivre environ 1000 personnes âgées nées en 1920-21, puis les ont rencontrées de nouveau après 6-8 ans et 12-15 ans. Au départ, à 70 ans, 29% d’entre elles rapportaient de la fatigue; à 78 ans, cette proportion était passée à 53 %; et autour de 85 ans, c’était plus des deux tiers, à 68 % [http://bit.ly/328LxHo].

Bien entendu, cela n'a rien de très étonnant, dit Pierrette Gaudreau, chercheuse au département de médecine de l’Université de Montréal et co-directrice du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement. «Il y a plusieurs raisons à ça, dit-elle. Le vieillissement, on pourrait résumer ça par l'usure graduelle des cellules, des tissus et des organes. Dans un monde idéal, on voudrait que tout vieillisse à la même vitesse de manière à ce qu’on reste très bien pendant longtemps et qu’on n’ait pas plusieurs années d’incapacité avant de décéder. Mais ce n'est pas ce qui se passe dans la réalité.»

Parmi les facteurs — autres que la maladie ou un âge vraiment très avancé, s’entend — qui peuvent causer de la fatigue chez des personnes âgées par ailleurs en assez bonne santé, il y a une réduction de la «puissance hormonale», illustre Mme Gaudreau. «À partir de 30 ou 35 ans, on perd environ la moitié de cette puissance à chaque décennie, si bien que les “pics“ de sécrétion hormonale à 80 ans sont tout petits par rapport à quand on a 30 ans».

C’est le cas, notamment, pour la production de l’«hormone de croissance», dont le corps a évidemment besoin pour se développer pendant l’enfance, mais que nous continuons à sécréter pendant tout le reste de la vie parce que l’organisme s’en sert pour «l’entretien», si l’on veut (remplacer les vieilles cellules et les vieux tissus, maintenir le corps en bon état de marche, etc.). Il s’agit d’une hormone dite «anabolisante», qui favorise la prolifération et la différenciation des cellules ainsi que la fabrication de muscles, et qui réduit l’adiposité. Avec l’âge, on en fabrique de moins en moins, ce qui explique en partie pourquoi on perd des muscles et gagne des graisses en vieillissant, et «c’est sûr que ça va avoir un effet sur la force et sur la fatigue, même si ça n’explique pas tout», dit Mme Gaudreau.

Une autre cause possible de la fatigue qui vient avec l’âge est la réduction de la production des hormones thyroïdiennes. «Ce sont des hormones très importantes qui régulent le métabolisme de base [ndlr : grosso modo, la puissance à laquelle le corps «carbure»]. Chez certaines personnes qui en sécrètent trop, c’est comme si elles étaient en phase manie, elles sont très actives. À l’inverse, quand on n’en sécrète pas assez, ce sont d’autres symptômes qui vont apparaître, comme la fatigue, la perte d’appétit, etc. Des fois, dans le bureau du gériatre ou du médecin de famille, ces symptômes-là peuvent être confondus avec la déprime», explique Mme Gaudreau.

Dans tous les cas, tient-elle à souligner, «on parle ici de gens qui seraient autour de 60 ou 65 ans. Parce que c’est sûr que si on parle de quelqu’un qui a 90 ans, on n’est pas du tout dans le même genre de clientèle. À ce moment-là, c’est vraiment l’usure générale de l’organisme qui fait qu’on a moins de capacité, moins d’endurance».

Et il y a d’autres facteurs, bien sûr, que les hormones — et même d’autres facteurs que la vieillesse elle-même — qui peuvent causer de la fatigue. Par exemple, tant l’étude israélienne qu’une autre étude du même type, menée aux États-Unis et publiée en 2008 dans le Journal of Gerontology [http://bit.ly/2RWOK88], ont trouvé que la solitude est associée à la fatigue chez les personnes âgées, que les femmes rapportent plus de fatigue que les hommes, que ceux qui font plus d’activité physique se disent moins fatigués, etc.

Les deux études, notons-le, ont également trouvé que la fatigue vient aussi avec un risque de mortalité plus élevé. Dans l’article américain, par exemple, la mortalité était de 31 % après six ans chez les «fatigués», contre 22 % chez les autres.

Cela peut paraître un peu décourageant, évidemment, mais Mme Gaudreau souligne qu’il y a aussi un bon côté à tout ceci : cette fatigue n’est pas entièrement une fatalité, on peut la réduire ou la retarder pour la peine avec un bon programme d’exercice physique.

«Si on fait un exercice régulier et systématique, dit-elle, on peut revenir à état un peu plus jeune, d’un point de vue hormonal. Ça ne fait pas de miracle et il faut s’y mettre sérieusement pour y parvenir, mais des études ont montré qu’avec un programme d’exercice bien contrôlé, disons trois sessions entraînement d’une heure par semaine, on avait des bonnes réponses.

«Par exemple, illustre-t-elle, dans des recherches récentes que j’ai faites avec une collègue de l’UQAM, Dre Mylène Aubertin-Leheudre, on a soumis des personnes âgées avec embonpoint ou obésité à un régime d’exercice physique de haute intensité, mais de courte durée — parce que pour des gens qui ne sont pas habitués à faire de l’exercice, c’est plus motivant d’en faire pour de courtes périodes à la fois. Alors on a regardé les marqueurs de la fonction somatotrope [ndlr : la production d’hormone de croissance, grosso modo], et on a mesuré une augmentation pour un bon nombre de participants.»

Ces régimes d’entraînement ne sont pas nécessairement indiqués pour toutes les personnes âgées — cela dépend de l'état de santé de chacune. Il vaut mieux en parler à son médecin avant de s’y mettre.

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