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Isabelle Légaré

Le choix de Mélissa

CHRONIQUE / Mélissa Fay amorce son dernier droit. Elle le sait. Son mari et leurs deux enfants aussi. Ils ne se cachent rien tous les quatre. Maman prépare doucement sa fin de vie.

Atteinte d’un cancer incurable qui ne lui laisse aucun répit, la femme de 36 ans consacre le temps et l’énergie qui lui restent à savourer chaque petit et grand moment avec les siens.

Isabelle Légaré

Dix ans plus tard, Manuela

Manuela n’a aucun souvenir de sa vie en Haïti, pas plus du tremblement de terre qui a secoué sa terre natale, le 12 janvier 2010, ni de son arrivée sous les projecteurs, deux semaines plus tard. Emmaillotée dans une couverture de laine, un suçon rouge dans la bouche, elle était une fillette de 3 ans et demi dans le corps d’un bébé d’à peine 2 ans. Minuscule et fragile, la bambine revenait de très loin.

Ses parents, eux, n’ont rien oublié. L’attente, l’angoisse, l’espoir, le soulagement... Ils sont passés par toute la gamme des émotions avant d’embrasser leur «petit soleil» dont le visage s’illumine d’un large sourire en devinant ma surprise de la voir aussi grande, dix ans plus tard.

Isabelle Légaré

Une famille, une poubelle, un défi

CHRONIQUE / Comme dans bien des chaumières, il y a deux poubelles dans la cuisine de Sandra Pronovost. L’une pour les matières recyclables, l’autre pour ce qui ne l’est pas. Elle soulève les couvercles. Le récipient à déchets n’a jamais été aussi peu rempli que maintenant. Bravo. Mais avant d’aller aux nouvelles de celle qui a convaincu sa famille de relever le défi Zéro déchet, parlons de... vie de couple et de séparation à l’amiable.

Benoit Pruneau est également présent à cette rencontre en pleine heure de souper. Il s’est également fixé comme objectif de revoir ses habitudes de consommation et de réduire le plus possible son empreinte écologique. 

Pourquoi je vous parle de Benoit alors qu’il habite dans un petit logement à deux pas de ce chaleureux bungalow de Trois-Rivières? 

Benoit est l’ex de Sandra, le père de leurs quatre enfants: Xavier et Ophélie, les jumeaux de 18 ans, Médéric, 14 ans, et Zoé, 12 ans

Sandra vit avec les enfants. Benoit leur rend visite comme bon lui semble, c’est-à-dire souvent. Un mardi soir, un samedi après-midi, peu importe. Il a la clé, il est le bienvenu.  

Séparés depuis douze ans après neuf ans de mariage, Benoit et Sandra se partagent depuis deux ans «la maison des enfants». Ces ex-conjoints ont trouvé cet arrangement pour éviter à leur progéniture de faire constamment le va-et-vient entre eux.

«Avec quatre enfants, on n’a pas le choix de bien s’entendre», soutient Benoit comme si ça allait de soi. «Nous sommes deux enfants du divorce. Notre priorité était que nos enfants ne souffrent pas de notre séparation», explique Sandra qui est libre de rester ou de partir quand l’ex vient faire son tour.

Sur ce, je regarde Ophélie pour savoir ce qu’elle pense de la relation de ses parents. «C’est cool», sourit la jeune femme qui vit en appartement où sa poubelle de cuisine est également soumise à un régime minceur.

Au dire de Sandra, «c’est un peu la faute» de sa fille aînée si ses parents, ses deux frères et sa soeur passent maintenant leurs ordures au peigne fin. Depuis longtemps, la protection de l’environnement fait partie des valeurs d’Ophélie, une végétarienne qui ne s’achète que des vêtements usagés et qui donne une deuxième vie aux objets destinés aux vidanges.

Petit à petit, la jeune femme a semé des graines autour d’elle, de sorte que depuis octobre, les Pronovost-Pruneau sont au nombre des 30 foyers de Trois-Rivières qui participent au défi Zéro déchet. Offert en collaboration avec la Démarche des premiers quartiers et l’organisme La Brouette, cet accompagnement est d’une durée de huit mois. 

En riant, Sandra précise qu’elle préfère parler d’un «processus» que d’un défi. Ça lui enlève un peu de pression. L’idée d’être outillée tout au long de ce cheminement de groupe l’a également motivée à se lancer dans l’aventure. 

La mère de famille a traversé une dépression au cours de la dernière année. Sandra cuisinait peu, achetait des sandwiches au dépanneur et se laissait trop souvent attirer par la bouffe du resto. 

«À part que de me servir de sacs d’épicerie réutilisables, je ne faisais pas grand-chose pour le Zéro déchet», dit-elle en toute franchise. 

La prise de conscience est venue en septembre, lors d’une activité de nettoyage des berges du lac Saint-Pierre, à Sorel. «On a ramassé une vingtaine de sacs de déchets…» 

Sandra croit beaucoup en la théorie des petits pas. «Qu’est-ce qu’on peut faire qui est faisable d’être fait?», a-t-elle demandé à son monde avant d’ouvrir les portes du réfrigérateur et du garde-manger, deux usines à détritus lorsqu’on ne regarde pas assez souvent ce qui s’y cache.  

Ici comme ailleurs, trop d’aliments périmés finissaient par se retrouver dans la poubelle. 

Atteinte du syndrome de l’écureuil, Sandra achetait fruits et légumes en grande quantité et de toutes les variétés sauf qu’au final, seules les pommes et les bananes trouvaient preneurs. Les aliments défraîchis prenaient la direction de la poubelle, tout comme les restants moins populaires que le pâté chinois. Gros gaspillage.

Avant de se rendre à l’épicerie avec leurs propres contenants pour les achats de viande et de poisson, Sandra et Benoit s’assurent aujourd’hui d’acheter ce qui va réellement se manger, tout comme de trouver une recette pour utiliser cette conserve de lait de coco oubliée depuis un an dans le garde-manger. 

Le défi Zéro déchet, ça commence comme ça, en faisant d’abord l’épicerie chez soi.

Sandra et Benoit privilégient le lait en bouteille de verre et consignée, confectionnent des sacs à fruits avec des vieux rideaux, optent pour l’achat en vrac et la fabrication de produits écologiques d’entretien ménager. 

Le compostage? Prévu au printemps. «On a déjà nos feuilles mortes!», souligne Benoit qui adopte un mode de vie minimaliste, notamment en habitant à cinq minutes à pied de son travail. 

Du même souffle, il suggère qu’on s’inspire davantage du grand-père qui se donnait la peine de réparer un objet avant de le jeter, ou de la grand-mère qui faisait son bouillon avec la carcasse du poulet. Bien meilleur que celui, en poudre, dans le contenant en plastique. 

Comme dirait Ophélie, des idées, des trucs et des solutions, il en existe plusieurs lorsqu’on se donne la peine de faire preuve de créativité. Les résultats sont remarquables chez les Pronovost-Pruneau. Sandra confirme... «Avant, on vidait la poubelle chaque soir. Maintenant, on peut attendre trois ou quatre jours.»

Ophélie écoute l’un et l’autre de ses parents qui disent faire de leur mieux. La fierté se lit sur son visage. Ces deux ex sont faits pour s’entendre. Ils posent des gestes concrets pour la planète, avec et pour leurs enfants.

Isabelle Légaré

La vie et un merci en cadeau

CHRONIQUE / Pour Noël, Linda Pilotte se souhaite la santé. Rien de plus, rien de moins. Un peu de féérie serait également bienvenue. Cela ne lui fera pas oublier la bactérie mangeuse de chair, mais l’instant d’une pause, c’est un cadeau qui se prend bien.

Vêtue d’un pyjama rose en flanelle, la femme de 60 ans m’accueille à l’hôpital de Trois-Rivières. C’est ici qu’on lui a redonné la vie en cadeau et qu’en retour, cette survivante veut dire merci.

Isabelle Légaré

Quand deux serveuses achètent le resto

CHRONIQUE / Audrey Doucet et Julie Gagnon ne comptent plus le nombre de fois où elles se sont fait cette promesse: «Un jour, on l’aura, notre resto!»

Quand ce n’était pas l’une qui formulait ce voeu à voix haute, c’était l’autre. Souvent en chœur.

Isabelle Légaré

Un losange parmi les carrés

CHRONIQUE / François-Xavier est assis au bout de la table de cuisine, penché au-dessus de son manuel scolaire, un crayon à la main. Depuis trois semaines, il fait l’école à la maison. Ça se passe bien, mieux qu’en classe, mais il s’agit d’une solution provisoire, le temps d’une trêve. Le garçon de 13 ans en a besoin, sa mère aussi.

«Est-ce correct ou non? Je ne sais pas. Mais pour sa santé mentale et la mienne, c’est une bonne décision.»

Isabelle Légaré

Jamais trop vieux pour construire sa maison

CHRONIQUE / Julien Ferron, 83 ans, et Jacqueline Arvisais, 89 ans, viennent d’emménager dans un bungalow flambant neuf. Le couple ne l’a pas acheté clé en main. Oh que non. Les deux octogénaires l’ont fait construire en prenant soin de choisir le terrain, d’étudier les plans et de suivre de près chacune des étapes, de la première à la dernière.

À leur âge, plusieurs ont opté depuis longtemps déjà pour la vie en condo ou dans une résidence pour aînés. Terminées les longues heures à faire le ménage, à déneiger la galerie, à tondre la pelouse et à effectuer toutes autres besognes du genre.

Actualités

Très chanceux malgré tout

CHRONIQUE / Robert Durand ne peut s’empêcher d’avoir une pensée pour la conductrice alors que dans cette histoire, c’est lui qui a failli y laisser sa peau.

«J’espère que la femme n’est pas trop traumatisée? Elle m’a vu revoler, c’est sûr.»

Isabelle Légaré

Chez Sylvie

CHRONIQUE / Sylvie Dubé connaissait Martin Matte bien avant que le nom de l’humoriste apparaisse en grosses lettres sur la maison qu’elle habite. La femme de 63 ans l’a déjà vu à la télé. «Des fois, je le trouve niaiseux... mais c’est son rôle!»

Les beaux malaises ne sont pas l’apanage de celui qui, s’il tombe sur cette chronique, va vite comprendre que Sylvie a le sens de l’humour, mais également l’habitude de dire ce qu’elle pense, sans filtre, avec spontanéité.

Isabelle Légaré

William, moine bouddhiste en devenir

CHRONIQUE/ Nathalie Bourassa a bien vu que les gens se retournaient sur leur passage à l’épicerie. Sur le coup, la louve en elle a eu envie de mordre ces clients qui ne se sont pas gênés pour fixer avec étonnement son fils au crâne rasé et tout de blanc vêtu.

«Tout le monde le regardait. Mon cœur de mère a voulu le protéger.»

Actualités

Le «bon» bébé

CHRONIQUE / C’est la grand-mère qui dit: «Dans mon temps, on le laissait brailler et il finissait par s’endormir.» C’est la belle-soeur qui s’immisce dans la conversation: «Moi, je le prendrais dans mes bras pour ne pas qu’il reste traumatisé.» S’en mêlent ensuite les amis, voisins, collègues, alouette, qui voient des cernes se dessiner sous vos yeux.

«Ton bébé ne fait pas encore ses nuits?»

Isabelle Légaré

L’après-Irma de Myrtille

CHRONIQUE / Bien que l’ambiance tranquille du café détonne avec la fureur de l’ouragan, il y a un peu d’Irma chez Myrtille Brookson. Si la machine à expresso pouvait parler, elle témoignerait de la force de la nature de celle qui l’a récupérée dans les décombres de l’aéroport dévasté de Saint-Martin afin de lui offrir une deuxième vie dans une polyclinique de Trois-Rivières.

Pour Myrtille aussi, il s’agit d’un nouveau départ.

Isabelle Légaré

Attention, chien (pas toujours) gentil!

CHRONIQUE / J’ai un chien, le plus gentil des toutous. C’est un goldendoodle, le croisement entre un golden retriever et un caniche. Une peluche vivante de 15 kilos qui répond aux commandes «assis-couché-reste-pirouette». C’est une femelle, une dépendante affective, une thérapeute qui s’ignore.

Mon chien adore jouer avec les amis chiens. Sauf avec le yorkshire-terrier.

Isabelle Légaré

D’invincibles à fragiles

CHRONIQUE/ Sylvain Bérard a été entraîné à faire face à des situations que peu d’humains affronteront dans leur existence. Ce soir-là par contre, aucun exercice n’aurait pu le préparer à la scène inimaginable qui l’attendait au large de Peggy’s Cove.

«Il y avait des morceaux, pleins de morceaux. Des morceaux de toutes sortes...»

Actualités

La duchesse Justine

CHRONIQUE / Justine Damphousse n’est pas une duchesse comme les autres. Elle affiche une différence et lutte contre l’indifférence.

La jeune femme de «presque» 26 ans n’a aucune hésitation à parler de ce qui la rend unique. Elle le fait avec une simplicité qui l’honore et qui sert de leçon.

Isabelle Légaré

De l’ombre à la lumière

CHRONIQUE / Quand Julie Trépanier reçoit les confidences d’une personne qui a déjà songé à mettre fin à ses jours, elle peut comprendre. Ce qu’on lui dit et ne lui dit pas.

La femme de 34 ans a déjà chaussé les souliers de celui ou celle qui n’a plus l’espérance de mettre un pied devant l’autre. Julie a déjà emprunté ce long tunnel qu’elle croyait aussi sans issue.

Isabelle Légaré

L’épée de Damoclès dans le ciel étoilé

CHRONIQUE/ Qu’est-ce qui va arriver la prochaine fois? Et à qui?

Sylvie Ricard apprend à coexister avec ces deux questions qui ne la quittent jamais complètement. Même lorsqu’elle est en train de décorer des citrouilles d’Halloween avec ses enfants. Même en admirant des feux d’artifice, le soir de Noël, au-dessus de la maison.

Isabelle Légaré

Boomer, 135 ans

CHRONIQUE/ Boomer est né le 8 janvier 1996 et à le voir creuser énergiquement dans la pelouse, il a d’autres chats à fouetter que de se laisser ralentir par son âge très avancé pour un chien. C’est probablement ça le truc. Le golden retriever croisé ne sait pas qu’il a 23 ans, soit 135 ans en équivalent humain.

«C’est remarquable comment ce chien est en forme! Il est exceptionnel. Boomer marche un peu moins vite, mais il est en santé. Il y a toujours une étincelle dans ses yeux. Il se sent bien. La vie est belle.»

Isabelle Légaré

Un humain à la fois

CHRONIQUE / Certains jours, Alexandre Allard se serait cru dans un film où rien ni personne n’aurait pu le préparer à la scène devant lui.

«Alexandre, respire et fais du mieux que tu peux.»

Isabelle Légaré

Un sac en permanence, mais libérée

CHRONIQUE / Le sujet est délicat, tabou même. Julie Garceau le sait et ne manque pas d’humour pour dissiper le malaise. La femme de 44 ans a un sac collé sur l’abdomen, une poche qui recueille ses matières fécales. Voilà, c’est dit.

Je n’ai pas eu besoin de la convaincre de raconter son histoire à l’intention de ceux et celles qui ont des questions, des inquiétudes ou des fausses perceptions. Julie n’a rien à cacher.

Isabelle Légaré

Une lettre pour Roxanne

CHRONIQUE / Roxanne Roux reçoit toujours cette lettre avec beaucoup de bonheur même si des larmes lui montent aux yeux en la lisant.

À sa demande, les parents de la petite lui donnent des nouvelles chaque année, habituellement à l’automne. L’enveloppe renferme également une ou deux photos. Ça grandit tellement vite à cet âge.

«Je vais te montrer à quoi elle ressemble. Elle a presque 8 ans!»

Roxanne me tend avec une fierté légitime le portrait d’une fillette dont le sourire est aussi éclatant que son regard. Un visage épanoui, de toute évidence.

Un jour, si tel est son souhait, l’enfant devenue adolescente pourra, à son tour, lire une longue lettre que la jeune femme de 26 ans lui a déjà écrite et dans laquelle elle lui explique sa décision, sans rien lui cacher. «Je veux qu’elle sache par où je suis passée.»

Roxanne avait 20 ans et d’importants problèmes de consommation de drogues. Son chum de l’époque était dans le même bateau. La bambine, elle, avait tout juste 2 ans et un début dans la vie déjà trop compliqué.

«J’ai regardé le père. Je me suis regardée aussi. J’ai choisi l’adoption. Avoir été égoïste, j’aurais gardé ma fille. Je l’ai fait pour son bien.»

Quelques jouets jonchent le plancher du salon. Un ordinateur portable se trouve sur la table de cuisine. L’appartement est accueillant et chaleureux, à l’image de Roxanne qui est aujourd’hui mariée, maman d’un petit garçon de 2 ans et étudiante à l’université.

Détentrice d’un diplôme d’études professionnelles en soutien informatique, elle vient de commencer un certificat dans le même domaine et pourrait éventuellement s’attaquer au baccalauréat.

Revenir de loin. C’est sans contredit l’expression qui résume le mieux l’histoire de celle qui a sombré dans les bas-fonds avant de décider de s’en extirper. Pour son bien à elle aussi.

Entre l’âge de 11 et 16 ans, Roxanne a vécu dans quinze familles d’accueil. Elle pouvait y demeurer trois semaines, quelques mois, un an tout au plus, puis retournait au centre jeunesse entre deux placements. Jamais à la maison.

«Ça brassait pas mal chez nous.»

Celle qui aimait s’évader sur un piano devait également composer avec les sentiments de colère et de tristesse découlant de ses problèmes familiaux. Elle était tantôt sage, tantôt en crise.

«Je pouvais tout lancer par terre, défoncer une porte.»

Roxanne avait 12 ans lorsque la drogue s’est faufilée dans les crevasses de son quotidien mouvementé. D’abord le cannabis, suivi du speed, ces petites pilules d’amphétamine dont elle s’est rapidement entichée pour ne plus être capable de s’en passer.

Les thérapies ne se sont pas avérées un succès dans son cas. Aussitôt sortie d’un centre de traitement en dépendance, l’adolescente reprenait ses mauvaises habitudes là où elle avait été forcée de les interrompre. «Je ne connaissais pas autre chose.»

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Roxanne n’a jamais abandonné l’école, même qu’elle a complété son secondaire avec la ferme intention de poursuivre ses études et d’apprendre, aussi, l’ABC de la vraie vie. Roxanne avait entendu parler d’un endroit prévu pour ça.

«Je veux aller à Autonomie jeunesse!», a-t-elle réclamé lorsqu’il a été question de la placer dans une autre famille d’accueil après l’échec d’une thérapie.

Roxanne n’en pouvait plus de se soumettre aux nouvelles règles d’un énième milieu supposément bon pour elle. L’adolescente de 16 ans en avait jusque-là de répéter son histoire aux 28 travailleuses sociales de la protection de la jeunesse qui se sont succédé devant elle.

Situé à Trois-Rivières, Autonomie jeunesse est une maison de chambres et un centre de jour pour les gars et les filles de 16 à 25 ans qui sont référés ou non par les centres jeunesse. Ils ont besoin d’un coup de pouce pour franchir l’âge adulte le plus sereinement possible.

«On prend le jeune là où il est rendu et on l’amène là où il veut aller», m’avait expliqué la directrice générale, Micheline Gauthier, peu après l’inauguration de l’organisme, il y a une quinzaine d’années.

«C’est comme une famille! Il n’y a pas de jugement. Tu apprends à te débrouiller avant de t’en aller en appartement», décrit Roxanne qui se souvient du sentiment de liberté ressenti le jour où on lui a remis la clé de sa chambre. «Je ne la partageais pas avec quatre autres filles. C’était mon premier chez-moi!»

L’adolescente y est demeurée dix mois. Son trouble de l’opposition, alimenté par ses problèmes de consommation, a eu raison de ses meilleures intentions. Même les encouragements des intervenantes, qui n’ont jamais cessé de croire en elle, n’ont pas réussi à freiner sa chute.

«Moi, dans ma tête, j’étais une bonne à rien.»    

Roxanne est partie vivre avec celui qui allait devenir le père de sa fille. La descente aux enfers s’est précipitée. La jeune femme en fait le récit tout en précisant qu’elle en aurait pour des heures à tout me raconter.

Ce qu’il faut retenir, c’est que même si l’adoption de son bébé s’est imposée en toute logique pour Roxanne, elle a eu mal, très mal. «Ce n’est pas une décision avec laquelle tu vis facilement.»

Ce fut au-dessus de ses forces de se rendre au dernier rendez-vous avec sa fille adoptée dans le cadre du programme banque mixte. Anéantie, Roxanne s’est mise à consommer de plus belle jusqu’au jour où, dans un instant de lucidité, elle a tout arrêté en pensant à sa fille qui pourrait recroiser son chemin dans le futur.

«Je veux qu’elle voie que j’ai une vie.».  

Roxanne en a une, une belle, avec son mari Joseph et leur petit Dylan qui est né il y a deux ans, peu après le mariage de ses parents qui veillent l’un sur l’autre.

La jeune femme a eu besoin de temps pour remonter la pente. «Ça m’a pris trois ans à revenir sur terre», ajoute-t-elle en me parlant de son alimentation équilibrée, du temps qu’elle consacre à ses études, mais surtout, en me faisant le portrait de son garçon, celui par qui la maman retrouve un sens à sa vie.

«Mon fils est mon rayon de soleil! C’est grâce à lui si je me fixe des objectifs que je réussis à atteindre.»

Et à la lettre qu’elle lit et relit en attendant la prochaine.

Isabelle Légaré

Clara, la 14e... et peut-être pas la dernière

CHRONIQUE / Stéphanie Philibert l’appelle son bébé miracle. Il s’agit de son quatorzième enfant.

Clara est née le 20 septembre, il y a tout juste une semaine. Sa mère est aux anges, même qu’elle pense déjà à un quinzième rejeton. Au moment jugé opportun, la femme de 43 ans tentera le tout pour le tout avec le dernier embryon congelé. Tant qu’il y a de la vie, elle garde l’espoir d’agrandir de nouveau sa famille.

Actualités

Marie-Ève à la rescousse

CHRONIQUE / Marie-Ève Caron aurait pu quitter les lieux avant d’y mettre les pieds, prétexter un imprévu et ne plus jamais redonner de ses nouvelles. Ni vue, ni connue.

L’idée de tourner les talons ne lui a jamais effleuré l’esprit, même avec cette forte odeur d’urine qui s’échappait de l’appartement.

Isabelle Légaré

La métamorphose de Mathieu

CHRONIQUE / Mathieu Blais n’a pas attendu de subir une reconstruction faciale pour aimer l’image que son miroir lui renvoie. Cette métamorphose s’est accomplie au fil des années et plus précisément le jour où le jeune homme a accepté son visage tel qu’il est.

Le 19 août dernier, le jeune homme de 24 ans était néanmoins attendu à l’hôpital pour sa vingtième et vraisemblablement dernière opération.

Actualités

Le 6e sens de Diane et Carmen

CHRONIQUE / Diane Gendron était au beau milieu d’une partie de scrabble lorsqu’un ami lui a parlé d’un restaurant qui s’apprêtait à ouvrir ses portes à Québec. Les clients y seraient plongés dans le noir le plus complet et devraient deviner les plats. La cerise sur le gâteau, on comptait faire appel à des personnes non voyantes pour assurer le service.

«Es-tu fou?», s’est exclamée la femme qui refusait de s’imaginer en train de circuler dans une salle à manger les bras chargés d’assiettes.

Isabelle Légaré

Linda, l’autoexclue

CHRONIQUE / Linda a stationné son véhicule, est montée dans l’ascenseur, a poussé la porte s’ouvrant sur le tintamarre des appareils de loterie vidéo, mais n’a jamais eu le temps de les atteindre. Un agent de sécurité s’est approché pour lui demander poliment: «Madame Lafrenière, vous savez que vous n’avez pas le droit d’être ici?»

Évidemment que la femme était parfaitement au courant. Un an plus tôt, le 20 mai 2016, c’est elle qui avait pris la décision de s’inscrire au programme d’autoexclusion de Loto-Québec. Dès lors, et pour une période d’au moins cinq ans, la joueuse endettée jusqu’au cou s’engageait à ne plus remettre les pieds dans les casinos et salons de jeu de la province.

Isabelle Légaré

Étudier au cégep avec fiston

CHRONIQUE / Quand Dominick, alors âgé de 17 ans, leur a annoncé qu’il souhaitait amorcer des études collégiales en techniques de l’informatique, ses parents ont trouvé que c’était tellement une bonne idée qu’ils ont décidé de s’inscrire... avec lui.

Jamais trop tard pour oser se lancer dans le vide.