Ce contenu vous est offert gratuitement, il ne vous reste plus de contenu à consulter.
Créez votre compte pour consulter 3 contenus gratuits supplémentaires par jour.
Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Caroline Fontaine et son fils Étienne sont grandement reconnaissants envers Alexandra Ménard, une aide à domicile qui a partagé le quotidien de leur famille pendant sept ans.
Caroline Fontaine et son fils Étienne sont grandement reconnaissants envers Alexandra Ménard, une aide à domicile qui a partagé le quotidien de leur famille pendant sept ans.

Une perle pour Étienne

Article réservé aux abonnés
CHRONIQUE / Caroline Fontaine cherche une perle rare. Ce n’est pas facile à dénicher, mais elle doit bien exister quelque part. À preuve, Alexandra Ménard. Depuis sept ans, elle est cette personne exceptionnelle dans la vie de son fils. Sauf que toute bonne chose a une fin. La jeune femme a annoncé son départ. De là un appel à tous pour trouver celle qui saura, à son tour, devenir un membre à part entière de la famille.

«Bonjour, je m’appelle Étienne. Je vis avec un polyhandicap (physique, intellectuel et auditif). Malgré tout, j’adore la vie et les gens. On me dit souriant, attachant, curieux et affectueux...»

Partagée sur les réseaux sociaux, la vidéo débute avec ce message sur fond musical. On y voit l’adolescent de 17 ans et demi dans le corps d’un enfant de 8 ou 10 ans, pas beaucoup plus.

On devine que ce n’est pas lui, mais plutôt sa mère qui a écrit le texte énumérant ses besoins particuliers et les qualités recherchées auprès d’une aide à domicile.

Caroline connaît son garçon mieux que quiconque.

Le jeune homme est la douceur réincarnée, mais son quotidien n’est pas garni de ouate. Comme un bambin, il est dépendant d’un adulte pour voir à tout pour lui, en tout temps.

Pendant que sa mère me raconte son histoire, le voilà qui arrive dans la cour arrière de la maison avec vue sur la magnifique forêt du Moulin seigneurial de Pointe-du-Lac, à Trois-Rivières. Un peu plus loin se trouvent les terres où son père, Simon Dugré, fait notamment pousser le maïs bien connu dans la région, et ce, depuis plusieurs générations.

«Étienne adore le plein air. La pomme n’est pas tombée loin de l’arbre», souligne Caroline qui se lève pour embrasser celui qui ne se fait pas prier pour lui rendre son câlin.

Étienne se déplace en marchant lentement, soutenu par Alexandra qui l’aide à s’assoir sur le plancher d’une cabane en bois comme en rêvent tous les enfants.

Sans plus attendre, il s’allonge sur le côté et s’amuse à faire pivoter un petit banc de plastique rouge tourné à l’envers. Étienne aime le bruit du frottement, tout comme il ne se lasse pas de regarder sa chenille colorée, un jouet d’éveil pour bébé.

«Elle est toute cassée, il y a du «tape» dessus, mais c’est comme sa doudou», fait remarquer Caroline avant d’énumérer les activités préférées d’Étienne qui est toujours partant pour une promenade en poussette.

Sourd, l’adolescent ne parle pas.

«J’aimerais ça qu’il me dise «maman je t’aime», mais il me l’exprime autrement. Ce qui me dérange le plus, c’est lorsqu’il a de la douleur, quand je vois qu’il souffre. Je voudrais savoir ce qu’il a, s’il a de la peine aussi...», confie Caroline.

Étienne ne peut pas manger ni boire par la bouche. Un dispositif de gastrostomie permet d’approvisionner directement son estomac.

«Il est alimenté par gavage», explique la femme dont la grossesse s’était déroulée normalement, l’accouchement par césarienne aussi.

Il s’est écoulé quelques heures avant que la maman qui demandait à voir son bébé apprenne que son poupon était né avec une malformation anorectale.

Une batterie d’examens s’en est suivie pour découvrir d’autres anomalies qui allaient bouleverser la qualité de vie de l’enfant et, forcément, celle de ses parents.

À ce jour, aucun diagnostic précis n’a pu être posé, sauf celui de polyhandicap avec toutes les répercussions qu’on peut imaginer. Ou non.

Caroline Fontaine est à la recherche d’une nouvelle perle rare pour Étienne, 17 ans et demi. Le sourire du jeune homme polyhandicapé exprime une joie de vivre indéniable. 

Sa famille avance avec lui, à son rythme, encouragée par chaque petit pas.

«Rien n’a régressé», ajoute Caroline qui préfère miser sur les acquis que de se laisser démoraliser par ce que son fils ne fera jamais.

Étienne arrive à se tenir debout avec un appui. Il réussit également à marcher avec l’aide d’un adulte ou de l’équipement adapté. L’équilibre et la coordination ne sont pas parfaits, mais il aime de plus en plus la sensation de mettre un pied devant l’autre.

Alexandra n’avait pas vraiment idée de ce qui l’attendait le jour où elle s’est présentée chez les Fontaine-Dugré pour un entretien d’embauche.

C’était il y a sept ans. Elle était âgée de 21 ans.

«Alexandra avait les cheveux roses et des piercings», raconte Caroline avec amusement. La femme a su qu’elle avait devant elle la bonne candidate en la voyant franchir la porte de la maison.

«C’est la seule personne qui allée voir Étienne, qui a pris le temps de s’assoir par terre avec lui.»

Nouvellement déménagée à Trois-Rivières, la technicienne en travail social avait une expérience auprès d’adultes ayant une déficience physique, mais Étienne était le premier enfant dans sa jeune vie professionnelle.

«Quand je l’ai vu, je l’ai trouvé tellement charmant!»

Ça a cliqué entre eux, tout comme avec les parents d’Étienne et Félix, son grand frère.

Cette aide à domicile est devenue une amie à la fois présente et discrète, qui a partagé leurs joies et leurs peines, qui a accompagné Étienne chez le médecin tout comme à Disney, un rêve pour lui aussi.

Bientôt, Alexandra, Caroline et fiston iront observer les baleines à Tadoussac. Un dernier voyage pour le trio sur le point de se dire au revoir.

La vie suivant son cours, la jeune femme de 28 ans a décidé de retourner auprès des siens, à Drummondville. Prête à relever de nouveaux défis, Alexandra n’est pas moins triste de quitter ces gens qui l’ont si bien accueillie.

«Elle ne s’est jamais absentée!», signale Caroline à jamais reconnaissante envers la calme et combien respectueuse Alexandra, des qualités maintenant recherchées chez la future nouvelle employée.

Bénéficiant d’un programme d’aide financière pour enfant handicapé, Caroline Fontaine n’exige aucun diplôme spécifique. Avant le départ d’Alexandra, les deux femmes prendront le temps de former la personne appelée à travailler entre 20 et 44 heures par semaine. À compter du 1er juillet.

L’été est à nos portes. Étienne, qui fréquente une école spécialisée, sera en vacances à la maison. C’est également la période de l’année où sa famille doit concilier le quotidien avec les aléas de la production agricole.

Si vous pensez être cette personne qui peut jouer un rôle essentiel dans la vie du jeune homme, prenez le temps de visionner la vidéo accompagnant cette chronique. Vous en saurez davantage sur les forces et les besoins d’Étienne.

«Mon premier critère est de bien m’entendre avec elle», indique Caroline, confiante de trouver une aide à domicile à la hauteur d’Alexandra qui a ce message pour celle qui la remplacera.

«Étienne a full besoin d’amour!»

Surtout, il est capable d’en redonner. Au centuple. Une perle aussi.