Anouk Adam-Bergeron puise son énergie à travers l’amour de ses cinq enfants pour terminer ses études secondaires. Sur ce portrait de famille digne de la fête des Mères, les jumeaux de 2 ans, Jayke et Mayson, ont eu la charmante idée de revêtir la cravate. Ils sont entourés de Kayla, 4 ans, Yzak, 12 ans, et Maycha, 15 ans.

Un diplôme pour maman

CHRONIQUE / Cette fois, c’est la bonne. Pas question de décrocher avant d’avoir le papier officiel en main. Anouk Adam-Bergeron veut donner l’exemple.

Mère monoparentale de cinq enfants, dont des jumeaux de 2 ans, la femme de 33 ans a décidé de prendre les grands moyens pour leur offrir un meilleur avenir. Elle est de retour sur les bancs d’école pour obtenir son diplôme d’études secondaires. Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

C’est clair qu’elle en a plein les bras. Anouk ne peut pas dire le contraire. Elle est toute seule pour voir à tout. Tout le temps.

Prenez l’autre jour, quelques heures à peine après l’entrevue. Son cellulaire a vibré alors qu’elle se trouvait en classe. C’était la garderie.

«Jayke a été malade. C’est probablement la gastro. Il faudrait que tu viennes le chercher.»

Anouk a refermé son étui à crayons, a rangé ses manuels scolaires et est rentrée chez elle pour bercer le petit, essuyer les dégâts et limiter la propagation au reste de sa progéniture. Ses travaux, elle allait les reprendre plus tard, quand le pire serait passé.

Et ton souffle Anouk, tu le reprends quand? Elle sourit. Un jour, promis. Peut-être bien ce dimanche, à l’occasion de la fête des Mères où elle s’attend à recevoir un ou deux bricolages et un bouquet de bisous.

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Anouk Adam-Bergeron était en 2e secondaire lorsqu’elle a décidé que les études, c’était terminé.

Son entourage aurait dû la décourager d’emprunter cette direction qui mène généralement dans un cul-de-sac. L’adolescente a plutôt eu droit à cette réaction: «Tu n’as pas vraiment des bonnes notes pis de toute façon, ça va te servir à quoi?»

Anouk refuse de blâmer qui que ce soit pour ce manque de soutien parental. «Je n’en veux à personne. J’ai appris à me responsabiliser et c’est ce qui fait en sorte que je suis plus forte aujourd’hui.»

Mais elle l’a appris à la dure, à travers des problèmes de consommation et de comportement, entre un placement en famille d’accueil, un autre dans un centre pour des ados en difficulté d’adaptation puis cette première grossesse, à 17 ans seulement.

Plongeuse dans une pizzeria de Trois-Rivières, l’adolescente parcourait plusieurs kilomètres à vélo pour revenir seule dans son logement, elle qui venait de travailler de longues heures, debout, le ventre de plus en plus gros.

Photo: Francois Gervais

C’est sa patronne qui a dû la convaincre de mettre fin à ce marathon insensé à quelques semaines seulement d’accoucher.

«La naissance de ma fille m’a raccrochée à la vie. Un petit être avait besoin de moi.»

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Anouk parle de tout avec ses enfants, surtout avec ses deux plus vieux, Maycha, 15 ans, et Yzak, 12 ans. Elle revient de l’école en même temps qu’eux. Le trio se réserve la première heure à faire tranquillement le bilan de la journée avant l’arrivée des trois plus jeunes, Jayke et Mayson, 2 ans, et la petite Kayla, 4 ans.

Leurs cinq prénoms sont tatoués sur le corps de celle qui porte des petites étoiles sur le côté gauche de son visage épanoui. Ce retour aux études n’est pas de tout repos, loin de là, mais c’est sa meilleure décision.

Anouk Adam-Bergeron fréquente le centre d’éducation des adultes de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy depuis le mois de septembre dernier. Ses mathématiques et son français de 5e secondaire sont maintenant terminés avec succès. L’anglais de 5e secondaire occupe présentement tout son temps. Des cours d’informatique aussi. Éventuellement, elle devra se plonger dans des livres d’histoire de 4e secondaire. Faut le faire quand même.

Motivée comme elle ne l’a jamais été, Anouk Adam-Bergeron goûte enfin à la réussite et au sentiment de confiance qui en résulte.

«Ici, les profs sont nos alliés», dit-elle à l’attention de ceux et celles qui n’hésitent pas à lui donner une précieuse tape dans le dos.

Son enseignante d’anglais, pour l’une, est profondément touchée par la ténacité d’Anouk. À travers son histoire, Alison Longstaff souhaite valoriser toutes ces personnes qui, sans faire de bruit, «font des efforts soutenus, parfois surhumains, pour se scolariser».

Chaque midi, Anouk retourne à son appartement pour manger une bouchée en vitesse tout en préparant le souper. Elle n’a pas une minute à perdre si elle veut étudier tout en assumant, seule, la responsabilité de cinq enfants.

Je comprends mieux pourquoi Mme Longstaff m’écrivait à quel point il est important de reconnaître les efforts d’une femme comme Anouk Adam-Bergeron.

Bien décidée à venir à bout de ses études secondaires, la mère de famille a également l’intention de poursuivre ses études au niveau collégial pour devenir une éducatrice à l’enfance ou spécialisée. Elle sait que tout est possible quand on s’accroche.

«Mes enfants voient que ce n’est pas toujours facile, mais c’est faisable. Quand je vais aller chercher mon diplôme, ils seront avec moi et je serai très fière.»