Stacy Nadeau a accepté de parler publiquement de l’alopécie qui entraîne la perte de cheveux.

Perdre ses cheveux avant même d’être ado

CHRONIQUE / Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. On pose des questions, on cherche des débuts de réponse. En vain. Stacy Nadeau est rendue à cette étape où elle doit se résigner à accepter cette situation hors de son contrôle.

Tous ses cheveux qui sont tombés et qui continuent de se détacher de sa tête ne repousseront probablement pas. Il ne faut jamais dire jamais, mais la jeune fille de Trois-Rivières réalise en ce moment que la meilleure attitude à adopter dans les circonstances, c’est d’apprendre à surmonter cette épreuve.

Parce que oui, perdre ses cheveux sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit, c’est douloureux. Ce n’est pas une souffrance physique. Ça fait mal à la confiance qui se fragilise aussi.

Stacy n’a que 12 ans, bientôt 13. Dans un mois. Elle entre dans l’adolescence, cette période où - faut-il le rappeler? - l’apparence est sans doute la plus importante.

Mais adolescence ou non, il n’est jamais facile de sentir le «regard bizarre des autres», rappelle Stacy qui a accepté de raconter son histoire pour sensibiliser les jeunes et moins jeunes à sa réalité.

Sur son t-shirt est inscrit «Different is good», un slogan qui lui va à merveille. Les yeux pétillants, la jeune fille me dit qu’elle rêve de devenir mannequin. «J’aime la mode et le maquillage!», ajoute-t-elle en se tournant vers sa mère, Cindy Gilbert, qui la regarde avec une admiration qui se passe de mots.

Stacy n’avait que 5 ans lorsque ses parents ont constaté que la petite perdait, et plus qu’à la normale, ses cheveux sur la ligne du front. Est ensuite apparue une plaque ronde qui laissait voir, à travers sa chevelure épaisse et frisée, la peau de son crâne.

«Alopécie», a diagnostiqué le médecin après avoir procédé à différents tests permettant d’éliminer toutes maladies ayant des symptômes de même nature.

Cela pouvait être héréditaire. Le père de Stacy avait vécu quelque chose de semblable plus jeune, mais le tout s’était corrigé rapidement.

Dans le cas de la petite devenue grande, il a été impossible de mettre un frein à la perte de pilosité. Ce qui repoussait un peu ici finissait par retomber ailleurs.

La brosse se remplissait régulièrement de cheveux. Stacy en retrouvait également en quantité importante entre ses doigts après avoir machinalement passé la main dans sa chevelure.

«La première chose qu’on te dit, c’est que c’est probablement relié à un choc, à un stress. On a eu droit à toutes les questions», se souvient Cindy Gilbert lorsque les médecins lui ont parlé des causes possibles de l’alopécie.

Stacy adore sa nouvelle prothèse capillaire et ses sourcils qu’elle a décidé de se faire tatouer pour remplacer ceux qui sont également tombés.

Est-ce que Stacy vivait le deuil d’un animal de compagnie? Est-ce que la fillette avait vécu une séparation? Un déménagement? Un changement d’école?

Non. Rien de particulier.

La chute des cheveux est passée à la vitesse grand V quand Stacy a eu 11 ans, au moment où elle a fait son entrée au secondaire, que les premiers signes de la puberté sont apparus, que ses parents se sont séparés...

«Est-ce qu’il y une cause et, si oui, laquelle? C’est peut-être un hasard?», se questionne Cindy Gilbert qui n’aura probablement jamais une réponse claire, nette et précise.

«L’alopécie, c’est à la base du stress, mais c’est aussi le système immunitaire qui pense que tout ce qui est poils est un ennemi. Il les rejette», a-t-on également expliqué à celle qui, si elle en avait le pouvoir, donnerait toute sa chevelure à sa fille qui est passée du sourire aux larmes et finalement au sourire durant l’entrevue.

«Je suis encore capable de me faire une couette», me dit Stacy qui la remonte afin que je puisse constater l’absence de cheveux juste en dessous.

Elle n’a rien à cacher, même qu’en septembre dernier, au début de l’année scolaire, l’élève de première secondaire a parlé de l’alopécie devant toute sa classe. Sans jamais reculer, Stacy a courageusement affronté les yeux fixés sur elle. Les questions et les commentaires aussi.

Un garçon lui a demandé si elle était contagieuse avant que d’autres lui disent: «Moi, si j’étais toi, je me raserais les cheveux et je me mettrais une perruque.»

C’est ce qu’elle a fait à quelques jours de la fin des classes, en juin. Stacy n’a pas coupé au ras de la peau ce qui lui reste de chevelure, mais elle s’est présentée à l’école avec une prothèse capillaire choisie avec enthousiasme.

Les sanglots dans la voix, l’adolescente me raconte que celles qui lui disaient qu’elles feraient ceci ou cela à sa place lui ont finalement tourné le dos en la voyant arriver en blonde.

Stacy comprend que ces pseudos copines ne méritent pas de l’avoir pour amie, mais leur réaction l’a grandement attristée, surtout à un âge où on cherche tellement à s’identifier à ses pairs.

«On ne choisit pas d’avoir l’alopécie...», rappelle-t-elle doucement.

Touchée par la maturité de sa fille, Cindy Gilbert l’écoute avec une fierté non dissimulée. Il lui arrive de partager des photos de Stacy sur sa page Facebook, dont celle montrant l’adolescente coiffée de sa perruque et contemplant ses sourcils joliment tatoués. Les vrais ont disparu, comme les cheveux.

Cindy Gilbert a beaucoup d’admiration envers sa fille Stacy.

La maman constate que la «joie de vivre légendaire» de sa fille l’emporte sur sa tristesse. Stacy accepte de plus en plus cette situation qui ne l’empêchera jamais de rayonner.

«Ma fille est mon idole. Je la trouve magnifique!»