Isabelle Légaré
Pascal Thibeault ne s’attendait pas à ce que son passé refasse surface après avoir obtenu un pardon il y a vingt ans.
Pascal Thibeault ne s’attendait pas à ce que son passé refasse surface après avoir obtenu un pardon il y a vingt ans.

Pardon accordé, emploi… refusé

CHRONIQUE / Pascal Thibeault ne regrette pas d’avoir joué franc-jeu, mais en retour, il a l’impression qu’on ne lui dit pas la vérité.

Partant du principe que tout finit par se savoir un jour, l’homme de 47 ans a fait preuve de transparence lors d’une récente entrevue d’embauche, en avouant avoir été reconnu coupable d’une infraction criminelle en 1993. Du même souffle, le candidat a précisé que la Commission des libérations conditionnelles du Canada a accordé la suspension de son casier judiciaire en mai 2000. Le pardon donc.

L’entretien avec l’employeur potentiel s’est très bien déroulé, affirme Pascal qui a signé le formulaire autorisant la vérification d’antécédents judiciaires.

J’ajouterais que c’était dans la poche puisque rapidement, on lui a fait visiter les lieux en le présentant déjà comme le futur employé aux personnes croisées dans l’ascenseur.

Il a même été question de son horaire de travail. «Je devais commencer le dimanche 2 février, à minuit.» D’ici là, Pascal devait suivre une courte formation spécifique à ses nouvelles fonctions.

Bref, la rencontre s’est terminée par une poignée de main scellant une confiance réciproque.

«J’avais la job. On m’offrait 32 heures par semaine.»

Comblé, Pascal était persuadé d’avoir décroché l’emploi parfait pour lui jusqu’à ce que son passé, même pardonné et effacé, le rattrape et l’empêche d’avancer.

Originaire de Saguenay, Pascal Thibeault est établi à Trois-Rivières depuis juin 2019.

«Je voulais prendre un nouveau départ. J’avais le goût de changer d’air.»

Pascal Thibeault est davantage connu dans la région qui l’a vu grandir, où il a d’abord enduré le pire avant de commettre ce qu’il qualifie d’erreur de jeunesse pour, finalement, faire du bien autour de lui.

«J’ai été élevé dans un milieu très difficile...»

Dès l’âge de 5 ans et jusqu’à 12 ans, Pascal a été agressé sexuellement et physiquement par son père qu’il a dénoncé plusieurs années plus tard. L’homme a été condamné en 2012 à 30 mois d’emprisonnement. Son fils a fait lever l’ordonnance de non-publication afin de pouvoir raconter son enfance dans le livre «Révéler l’indicible après 35 ans».

«J’ai vécu des atrocités...» Un cauchemar que l’adolescent a tenté de fuir en consommant drogues et alcool. «J’en prenais pour oublier les images qui me revenaient en tête.»

Des stupéfiants, Pascal Thibeault en a également vendu. Il avait 21 ans au moment d’être arrêté.

«J’ai fait des menaces à un jeune de mon âge. Il nous devait de l’argent de la drogue. Nous étions trois gars. On l’a jeté dans un conteneur à déchets. Des gens nous ont vus. Ils ont appelé la police qui nous a pris sur le fait.»

Pascal Thibeault a été reconnu coupable d’avoir proféré des menaces, mais n’a pas fait de prison.

«Il a fallu que je garde la paix, que j’aie une bonne conduite, que je ne fréquente plus l’individu en question. J’avais des conditions assez sévères à respecter. C’était ma première et seule offense.»

Et la dernière.

Quelques années plus tard, Pascal Thibeault a fait une demande de pardon auprès de la Commission des libérations conditionnelles du Canada, une longue démarche qui a connu un heureux aboutissement.

«C’est le plus beau diplôme que j’ai reçu dans ma vie!»

Réhabilité, l’ancien toxicomane et trafiquant a occupé différents emplois, notamment en relation d’aide et comme homme d’entretien.

Au fil du temps et de nouvelles amitiés, une quête de sens s’est exprimée. Pascal Thibeault s’est lancé dans des études universitaires en théologie.

«L’humain est au coeur de mes préoccupations», soutient celui qui a fondé Groupe d’entraide les Yeux du cœur du Canada, un organisme qui se consacre au bien-être d’orphelins du Cameroun, son deuxième pays où, par ailleurs, il a été ordonné diacre en décembre 2017.

Au printemps 2018, le travailleur humanitaire a été honoré à l’Assemblée nationale qui a tenu à souligner ses nombreuses actions bénévoles.

Durant et après notre rencontre dans un café de Trois-Rivières, Pascal Thibeault a tenu à me montrer des documents, lettres et photos appuyant son récit.

«Tout ce que je vous dis est vrai.»

L’homme est aujourd’hui triste et déçu. Il n’a pas obtenu l’emploi pour lequel tout semblait réglé. Les raisons alléguées pour lui annoncer ce revirement de situation sont, à ses yeux, pour le moins nébuleuses.

Pascal était au beau milieu de la formation qu’il devait avoir complétée avant sa première journée de travail lorsque son cellulaire a sonné. C’était l’une des personnes rencontrées en entrevue, celle qui s’adressait déjà à lui comme à un futur collègue.

Son ton au bout du fil n’était plus le même. «Je n’ai pas une bonne nouvelle, on ne peut plus t’engager. On a vérifié tes antécédents et il y a un dossier criminel.»

Estomaqué, Pascal Thibeault ne comprenait pas. Depuis l’obtention du pardon, il y a presque vingt ans, son dossier n’est plus censé apparaître au registre informatisé - le plumitif - donnant accès à l’historique des casiers judiciaires.

Vérification faite du Nouvelliste au palais de justice de Trois-Rivières, aucune note n’est inscrite au nom de Pascal Thibeault.

«J’en suis à mon quatrième passeport. Je voyage beaucoup et partout. J’aide des enfants de la rue, au Cameroun. Pensez-vous vraiment que je pourrais faire ça si j’avais un dossier criminel?»

L’homme se sent humilié.

Une semaine après cet appel reçu «comme un coup de masse», la directrice qui devait l’embaucher l’a contacté. «Nous sommes désolés, c’est notre erreur. Il n’y a pas de dossier criminel dans votre cas, mais on a regardé votre curriculum vitae et vous n’avez pas le profil de l’emploi.»

Or, son c.v., l’employeur l’avait en main depuis quelques mois déjà. Il avait amplement eu le temps de le consulter avant l’entrevue où le candidat s’est présenté de bonne foi.

Pascal Thibeault n’est pas dupe. Il n’a pas caché son passé houleux et, selon toute vraisemblance, ça lui a coûté un emploi. Cette injustice, il veut la dénoncer publiquement, pour lui et pour les autres.

«Il faut donner une chance à des gens qui ont eu des accrocs de parcours et qui se sont repris en main!»

Pascal Thibeault n’écarte pas l’idée de porter plainte à la Commission des droits de la personne pour discrimination à son endroit.

Pour le moment, l’homme poursuit ses recherches d’emploi et continuera de faire preuve de transparence.

«La vérité paie toujours.»