Lorie et ses parents: Benoît Allard et Caroline Gagnon.

Les yeux dans les yeux

CHRONIQUE / Pour ses 18 ans, Lorie Allard a reçu Éric Lapointe en cadeau. Ça peut sembler curieux, présenté ainsi, et pourtant.

Le Petit Prince dirait: «On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.»

Le rockeur y est allé de sa propre poésie en embrassant Lorie sur chaque joue avant de lui demander de but en blanc: «Tu me vois-tu?»

Mets-en.

Elle n’en revient pas encore. Son chanteur préféré a eu la gentillesse de l’inviter à son spectacle le jour même de son anniversaire, de lui adresser quelques mots en coulisses avant d’accepter que sa mère immortalise leur rencontre en photos. Manquaient juste le gâteau et les chandelles.

La jeune femme de Saint-Alexis-des-Monts est atteinte d’une maladie rare et dégénérative des yeux, la rétinite pigmentaire. Sa vision périphérique et de nuit est extrêmement limitée. Depuis l’âge de 4 ans, sa vue est en chute libre, lente, mais constante. Il lui faut parfois utiliser une canne blanche dans ses déplacements.

Le soir du spectacle, le 6 septembre dernier, Lorie et sa mère sont entrées bras dessus, bras dessous dans la salle du Quartier Dix30, à Brossard.

Caroline Gagnon tenait à organiser un truc spécial pour les 18 ans de sa fille, mais devait éliminer d’emblée ce que font beaucoup de jeunes le jour où ils atteignent l’âge de la majorité: sortir dans un bar.

Ce n’est pas un passage obligé et Lorie n’y tenait pas de toute façon. Elle ne voit rien dans l’obscurité. Ses pupilles refusent de s’ajuster à une baisse de luminosité et la plongent dans le noir le plus complet.

Dans cette grande salle, il n’était pas acquis que Lorie verrait le chanteur au loin, mais il lui est apparu bien réel lorsque les lumières sur la scène passaient au bleu et au rouge. Lorie ne peut pas expliquer pourquoi, mais elle le voyait, son cher Éric.

Elle l’aime pour sa musique et sa voix rauque. «Pis je le trouve beau!»

À ses yeux, tous les participants de l’émission La voix devraient choisir ce coach qui, sous sa veste et son air de dur à cuir, se révèle un homme au cœur tendre. «C’est le meilleur!»

Sa mère confirme: «Il a été super fin avec Lorie. Il l’a prise plusieurs fois dans ses bras.»

Caroline Gagnon a également un faible pour Éric Lapointe. «Je n’écoute que lui, ou presque, dans ma voiture.»

Autrement dit, la maman ne s’est pas fait prier pour accompagner sa fille au show de sa vie.

Caroline Gagnon a mis cartes sur table dès le début de notre entretien.

Atteinte d’une maladie qui affecte gravement sa vision, Lorie Allard a plongé son regard dans les yeux de son chanteur préféré.

«Je ne veux pas que ce soit mélodramatique. On est des gens très ordinaires. On n’aime pas se retrouver en avant-plan.»

Sa fille est atteinte d’une maladie qui peut éventuellement entraîner la cécité, mais on n’en est pas là pour l’instant et peut-être jamais. Personne ne sait ce que la recherche nous réserve. Il faut garder espoir.

Caroline et son conjoint, Benoît Allard, ont toujours fait en sorte que l’aînée de leurs deux enfants s’épanouisse le plus normalement possible. Lorie a dû faire le deuil de sa bicyclette et d’un permis de conduire, mais aujourd’hui encore, elle monte régulièrement sur son cheval avec qui elle se sent en parfait contrôle. «Le cheval voit un peu pour moi.»

Après avoir appris les techniques de dressage et de saut, la cavalière s’initie maintenant à l’équitation western.

«Lorie a confiance en ce qu’elle fait. Elle travaille fort. Elle est très persévérante.»

C’est la raison pour laquelle sa mère a accepté de raconter cette soirée d’anniversaire en compagnie d’Éric Lapointe. Lorie en avait très envie et il y a des gens que la mère et sa fille souhaitent remercier.

C’est une amie de la famille qui est à l’origine de ce cadeau emballé d’empathie.

Manon Babin habite à Saint-Alexis-des-Monts. Elle connaît Steve Dubé, le directeur général de la Corporation des événements et de l’Amphithéâtre Cogeco qui a grandi ici.

Sachant que Lorie rêvait de voir Éric Lapointe de plus près, cette Manon na fait ni une ni deux et a appelé celui qui, de par ses contacts dans le milieu artistique, allait certainement pouvoir l’aider à concrétiser le vœu d’une demoiselle qui mérite une telle attention.

Au départ, il était question de profiter de la venue d’Éric Lapointe à Trois-Rivières, en juin dernier, pour faire la surprise à Lorie. Sauf que le spectacle avait lieu dans le cadre du FestiVoix. Trop risqué. Caroline se voyait mal guider les pas de sa fille qui se déplace difficilement le soir, encore moins à l’extérieur et dans une foule.

Déterminée à faire une différence pour les 18 ans de Lorie et de sa famille, l’amie Manon a repris ses démarches auprès de Steve Dubé qui, d’un téléphone à l’autre, a permis à une jeune fille qu’il ne connaît pas de rencontrer son idole le jour de sa fête.

Lorie n’avait aucune idée de ce qui se préparait pour elle en secret. Le matin de son anniversaire, Manon lui a remis une lettre lui annonçant qu’Éric Lapointe l’attendait à son spectacle le soir même. Pensant rêver, Lorie a rapproché la feuille de ses yeux pour lire ceci: «Tu pourras le rencontrer dans les coulisses et prendre quelques photos en sa compagnie.»

Lorie s’esclaffe quand je lui demande comment s’est finalement déroulé son rendez-vous avec le rockeur.

«Je n’arrêtais pas de rire et de répondre ‘‘oui’’ à ses questions. Éric me disait de ne pas être gênée, mais j’étais figée. Je n’étais pas capable de parler.»

De retour dans sa chambre d’hôtel avec sa mère, la jeune femme s’est mise à pleurer. De joie.

«Ça a été le plus beau jour de ma vie! Tout a été parfait!»

Voici le sourire d’une jeune femme, Lorie Allard, très heureuse de rencontrer le rockeur Éric Lapointe.