Maire de Drummondville, Alexandre Cusson marche plusieurs fois par semaine dans les rues de la ville dont il porte fièrement la tuque.

Le maire qui marche sa ville

Personne ne lui a mis de la pression pour perdre du poids. Alexandre Cusson connaissait la réponse à sa propre question. «Si je ne fais pas attention à moi, qui le fera?»

C’était il y a presque un an, le premier samedi de février. Il s’est acheté un pèse-personne, est retourné chez lui, a mis ses bottes, a enfilé une tuque jusqu’aux oreilles et est parti à pied dans les rues de Drummondville. Du point A au point B, de long en large.

Le maire de la place y a pris goût. Depuis ce jour J, il marche. «J’ai perdu 80 livres en sept mois.»

L’homme de 49 ans est le premier surpris, d’autant plus qu’il ne s’était fixé aucun objectif.

Pour réussir à attraper au vol celui qui vient d’hériter de la présidence de l’Union des municipalités du Québec, j’ai proposé de joindre l’utile à l’agréable: faire une entrevue en respectant sa routine matinale.

Alexandre Cusson se lève de bonne heure. Il m’a donné rendez-vous au Presse Café de la rue Lindsay où il se pointe plusieurs fois par semaine et dès l’ouverture, à 7h. «J’arrive souvent avant. J’attends que la porte se débarre.»

Je l’ai retrouvé assis à sa table habituelle, le nez plongé dans un roman tout en mangeant ses rôties multigrains. Celui qui, d’ordinaire, privilégie les ouvrages traitant d’urbanisme s’est récemment laissé tenter par un récit qui dépeint Montréal.

Une tasse fumante devant lui, Alexandre Cusson tourne les pages du bouquin tout en jetant un coup d’œil furtif sur son cellulaire qui vibre au rythme des textos et de l’actualité en direct. Il est debout depuis 5h30, frais et dispo.

Monsieur le maire a ses habitudes ici. L’endroit se trouve à mi-chemin entre son condo et l’hôtel de ville. À ce trajet qu’il connaît par cœur s’ajoutent les rues empruntées en retournant le soir, à la maison. «J’aime ça me perdre un peu. J’en profite pour passer dans d’autres secteurs.»

Les déneigeurs doivent trouver que le piéton n’en rate pas une cet hiver. «Je leur transmets mes commentaires», laisse savoir celui qui a troqué la mallette pour le sac à dos en cuir. Plus pratique.

L’été aussi, Alexandre Cusson se permet de contacter les travaux publics lorsqu’au détour d’un chemin, il constate qu’il faudrait réparer ceci ou nettoyer cela, photos de son cellulaire à l’appui. Il aime maximiser son temps de déplacement.

«J’en profite également pour faire un ou deux retours d’appel. Il n’y a pas encore de loi qui interdit d’utiliser son cellulaire en marchant alors j’en profite!»

Alexandre Cusson a toujours aimé marcher, chose qu’il faisait surtout en vacances, pour visiter. «À un moment donné, je me suis dit: ‘‘Je peux aussi marcher pour me déplacer dans ma ville!’’»

Le politicien engloutit 100 kilomètres par semaine. Le froid polaire enregistré en ce début d’année a quelque peu diminué sa moyenne au compteur, mais sa motivation, son cardio et ses mollets sont demeurés au sommet de leur forme. Alexandre Cusson en a profité pour grimper les sept étages de l’édifice qu’il habite.

«Les journées à moins 30, je prends ma marche dans les escaliers. Je les monte et descends pendant une heure.»

Il n’existe pas de pilule miracle. C’est à force d’user ses semelles et de mieux s’alimenter que l’aiguille du pèse-personne finit par balancer vers le bas.

Alexandre Cusson y a mis les efforts et est fier du résultat, mais loin de lui l’idée de s’en vanter, encore moins d’essayer de nous évangéliser en donnant ses trucs santé. Ce qui marche pour l’un ne fonctionne pas nécessairement pour l’autre. «Je ne fais pas ça pour inspirer personne.» N’empêche que.

Le sujet de sa perte de poids n’est pas tabou. L’ancien prof de math est conscient que ça vient avec ses fonctions publiques. S’il a commencé à parler ouvertement de son nouveau régime de vie avant la dernière campagne électorale municipale, c’est pour éviter que des concitoyens s’imaginent que leur maire avait des problèmes de santé alors que c’est tout le contraire. Son tour de taille est le fruit d’une discipline personnelle, point final.

Son travail est exigeant. Les semaines sont remplies. Les journées sont longues. Les repas d’affaires dans les restos sont nombreux et pas toujours à heure fixe.

«Puis quand tu reviens chez toi, fatigué, ce serait tellement facile d’entrer dans un dépanneur pour en sortir avec un sac de fromage en grains que tu manges avant d’aller te coucher.»

Sur ce, des collègues lui ont déjà révélé: «Ça n’a pas de bons sens! Depuis que je suis maire, j’ai pris du poids. Il faut que je fasse attention.»

Alexandre Cusson savait lui aussi qu’il devait jouer de prudence avec les calories vides et l’inactivité physique. La suite lui donne raison. Pas question de regagner ce qu’il a perdu. «Je m’en fais un point d’honneur.»

Lorsqu’il est devenu président de l’UMQ, en novembre, l’homme s’est donné 10 jours pour inclure ses nouvelles responsabilités dans son agenda déjà chargé. Par la force des choses, le piéton a dû ralentir le pas. Or, l’effet de manque n’a pas tardé à se faire sentir. Une drogue son affaire.

À la blague, mais avec un fond de vérité, le maire de Drummondville a dit aux gens de son entourage: «Il faut que j’aille marcher. Il faut que je prenne l’air. Je pourrais devenir désagréable sinon!»

Un an plus tard et près de 85 livres en moins, Alexandre Cusson dort mieux, n’a plus mal à la tête comme c’était souvent le cas avant et les symptômes d’un diabète léger ont disparu. L’homme prend des marches plutôt que des médicaments et il s’en porte à merveille.