La visite des docteurs Pédalo et Oups (Laura Lacoste) est une source de réconfort pour Karianne Guay, 12 ans, qui en a pour quelques mois encore à résider au Centre de réadaptation Marie Enfant.

L’antidote du docteur Pédalo

D’accord, oui, le gazou ne guérit pas les maladies, pas plus qu’il fait disparaître la douleur, mais joué avec entrain, l’instrument au son nasillard arrive à faire de vrais petits miracles. La bonne grosse vieille grimace aussi.

Je l’ai entendu - et vu - arriver du fin fond du corridor. Accoutré d’une veste de sauvetage, d’un casque de bain, de lunettes de plongée et d’une médaille en plastique au cou, le Dr Pédalo était de toute évidence dans une forme resplendissante. J’ai eu droit à une chaleureuse accolade avant d’être invitée à le suivre dans sa tournée des jeunes patients.

Pour l’occasion, nous étions accompagnés de sa collègue, la pimpante Dre Oups qui, affublée d’un tablier de cuisine d’une autre époque, a troqué l’indispensable stéthoscope pour la fleur à la boutonnière.

Elle aussi se spécialise dans le soulagement de la tristesse, de l’ennui, de la frustration, de l’angoisse et de toutes ces émotions en montagnes russes qui nous tombent forcément dessus lorsque la vie nous oblige à rester plusieurs semaines, voire des mois à l’hôpital.

Les docteurs Oups et Pédalo ne sont pas des vrais médecins, mais bras dessus, bras dessous, ce duo de boute-en-train n’hésite pas à aller de chambre en chambre pour délivrer sur ordonnance un remède infaillible: la joie dans sa plus pure expression.

«Le théâtre est une passion pour moi. Et j’adore aider les gens. Mon travail marie les deux. Je ne peux pas demander mieux.»

Maxime Larose a retiré son nez rouge le temps de répondre à mes questions tout en engouffrant son sandwich.

C’est l’heure du lunch, une pause bien méritée pour celui qui maîtrise l’art de faire naître une risette sur le visage d’un tout-petit ou d’un adolescent qui n’entend pas toujours à rire.

Originaire de Trois-Rivières, l’homme de 42 ans œuvre au sein de la Fondation Dr Clown depuis onze ans. Dans son ancienne vie, il a fait partie de l’équipe nationale en canoë-kayak. Où est le lien? Nulle part, sinon qu’un jour, à 23 ans, l’athlète a décidé de mener lui-même sa barque en accrochant définitivement sa pagaie.

«À seulement un an des Jeux olympiques de Sydney?», lui ont demandé ses parents pour s’assurer que sa décision n’avait pas été prise sur un coup de tête.

«Je n’ai plus de fun», les a-t-il convaincus. «Et c’est tout ce que je connais, pagayer...»

Le fils de Paul Larose, ex-joueur des Remparts et des Nordiques de Québec, a levé l’ancre pour l’Europe avec son sac à dos et sans but précis, sauf celui d’aller voir ailleurs au cas où il s’y trouvait.

Maxime est revenu six mois plus tard, a fréquenté une école de théâtre de Toronto, est reparti à la conquête du monde, s’est établi à Montréal où se sont chevauchés les boulots de comédien et d’entraîneur en conditionnement physique jusqu’à ce que l’amie d’une amie lui parle de la mission des clowns docteurs.

Sa réaction a été sans équivoque. «Wow! C’est ça que je veux faire dans la vie!»

Et il est devenu le Dr Pédalo.

Nous avions rendez-vous au centre de réadaptation Marie Enfant, à Montréal. Rattaché au CHU Sainte-Justine, cet établissement accueille des jeunes de moins de 18 ans présentant une déficience motrice ou de langage.

Son sympathique personnage est le bienvenu partout où il passe, ici comme dans les hôpitaux pédiatriques où un enfant reste un enfant malgré un diagnostic complexe, un grave accident, un traumatisme sévère, un cancer incurable...

Le pseudo médecin ne fait pas le pitre pour faire le pitre. Avant même de se trouver un nom de circonstance, Maxime Larose a dû se familiariser avec les enjeux sous-jacents à son rôle, un service essentiel.

«Les docteurs clowns apportent une touche de légèreté. Ils changent les idées et redonnent un peu de pouvoir à des jeunes qui n’ont aucun contrôle sur leur état, les traitements qu’ils reçoivent, l’heure des soins ou des repas.»

Ses interventions ne sont pas chirurgicales, mais relationnelles. Le Dr Pédalo doit faire preuve de psychologie tout en conservant un brin de folie.

Ce n’est pas Karianne, 12 ans, qui va s’en plaindre. Son visage s’est illuminé à la seconde où le Dr Pédalo et sa fidèle complice ont rebondi dans le cadrage de porte. Alitée, la préadolescente s’est redressée pour ne rien manquer du numéro improvisé juste pour elle.

Pendant que la Dre Oups s’est appliquée à marcher en se déhanchant comme une mannequin, son compagnon en maillot de bain a exécuté quelques acrobaties avant de plonger tête première dans un verre d’eau.

Durant cette prestation de quelques minutes, mais ô combien efficace, il fallait également entendre les éclats de rire de la maman, Karine Auger, pour mieux comprendre de quoi il en retourne lorsque Maxime Larose décrit sa routine de travail en parlant de moments magiques.

«Karianne a subi une chirurgie. Elle est ici pour six à sept mois. Ce n’est pas tous les jours facile. Elle est séparée de sa sœur jumelle qui est à la maison avec papa. Les docteurs clowns lui rendent visite deux fois par semaine et ça lui fait tellement de bien!»

Reprenant son air de gazou, le Dr Pédalo a poursuivi sa tournée en faisant tout en son pouvoir pour contaminer ses patients de sa bonne humeur.

Personne ne lui a résisté.

«Je m’amuse à être le plus con possible au bénéfice de ceux qui en ont le plus besoin. Et plus je suis nono, plus on m’apprécie!»