Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Samuel Guimont a connu son lot d’épreuves depuis l’achat de sa maison, en 2013, des difficultés qu’il surmonte avec sérénité.
Samuel Guimont a connu son lot d’épreuves depuis l’achat de sa maison, en 2013, des difficultés qu’il surmonte avec sérénité.

La foire aux malheurs

CHRONIQUE / Un malheur ne vient jamais seul, dit le proverbe que Samuel Guimont voudrait bien faire mentir. Mais voilà, ce n’est pas aussi simple que ça en a l’air. Pour dire les choses franchement, je suis tentée de lui donner raison lorsqu’il avance l’hypothèse voulant que cette maison n’était peut-être pas faite pour lui finalement.

Il l’a achetée en juillet 2013. Samuel n’avait que 23 ans. Il en a 30 aujourd’hui. Mécanicien industriel à l’usine WestRock de La Tuque, celui qu’on surnomme Sam était plutôt fier de devenir l’heureux propriétaire de cette demeure à deux étages du secteur de La Bostonnais.

Désireux d’avoir une tranquillité d’esprit, le jeune homme avait fait appel aux services d’un courtier immobilier pour le guider dans les différentes étapes entourant l’achat le plus important de sa vie.

Construite en 1958, cette résidence n’était pas neuve, loin de là, mais son potentiel était indéniable aux yeux de Samuel.

Habile de ses mains, le bricoleur comptait la remettre au goût du jour, un coup de marteau par-ci, un mur par terre par-là. Fort de l’expérience acquise au fil des rénovations, Samuel n’excluait pas l’idée de la revendre dans quelques années afin de construire la maison de ses rêves.

C’est en octobre de la même année, au moment d’abattre les premières cloisons, que le malheur s’est abattu sur lui.

«Il y avait de la moisissure à travers les sections de gypse. C’était contaminé partout.»

Du premier plancher au plafond du grenier.

C’est une maison aérée, sans le moindre signe d’un trou suspect, que Samuel avait d’abord visitée en toute confiance. L’horreur n’était pas visible. Jamais le futur acheteur n’aurait pu imaginer ce qui se cachait derrière les murs.

Histoire d’en rajouter une couche, d’anciens nids d’écureuils ont également été découverts entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage. Je m’excuse à l’avance si vous êtes en train de déjeuner…

«Il y avait des larves là-dedans. Ce n’était pas très chic...»

Répugnant, je vous le concède.

Exposé aux moisissures dispersées dans l’air ambiant, Samuel a dû prendre des médicaments pour atténuer les symptômes ressentis, notamment les yeux qui piquent et une toux sèche.

En arrêt de travail pendant quelques semaines, il a mis les travaux de rénovation sur pause, a quitté les lieux et est redevenu locataire. Entre-temps, il a intenté un recours en justice contre le vendeur de sa maison, pour vices cachés.

Le jeune homme a dû faire appel à des avocats et à des experts afin d’évaluer l’ampleur des dégâts et le coût des travaux pour remettre sa résidence en état d’y vivre.

Longues, épuisantes, stressantes et onéreuses, ces démarches ont duré plus de quatre ans. Samuel s’est finalement vu remettre une compensation de 14 000 $, de quoi lui permettre de seulement rembourser les honoraires des spécialistes consultés.

Le célibataire est retourné vivre chez ses parents pour lui permettre de garder la tête hors de l’eau, et ce, tout en reprenant les travaux de rénovation là où il avait dû les interrompre, à l’automne 2013.

Depuis, Samuel s’est consacré à sa maison qu’il n’a jamais cessé d’aimer. Il y a accordé son temps libre, son énergie et ses économies.

Le jeune homme me décrit toutes ces journées de dur labeur à nettoyer et à transformer de fond en comble sa demeure dont le grenier était isolé au bran de scie.

«Autrement dit, j’ai fait deux maisons dans une.»

Avec acharnement. Un mur à la fois.

«La démolition, ça a été quelque chose, un peu comme l’épisode des recours, mais force est d’admettre que ça te forge un caractère. Quand tu recommences à neuf, ce n’est que du positif.»

Bien dit.

Malheureusement par contre, Samuel n’était pas au bout de ses peines.

Il faisait beau et chaud le 17 juillet dernier, un vendredi. En vacances, Samuel a passé une autre journée à remettre sa maison sur pied, cette fois, en huilant des planches.

Il prévoyait s’y installer pour de bon en novembre prochain. Les travaux de finition étaient amorcés. Une lumière pointait enfin au bout du tunnel.

Vers 15h30 donc, le jeune homme a rangé ses outils. Le soleil lui faisait de l’œil. Il a quitté les lieux pour aller plonger dans la piscine de ses parents.

Il y était toujours lorsqu’à 22h30, son cellulaire a sonné.

«Ta maison est en feu.»

Curieusement, son premier réflexe a été d’aller prendre une douche.

«Je n’y croyais pas. Je pensais qu’on allait me réveiller d’un cauchemar.»

Mais non.

À son arrivée sur place, seulement deux murs étaient toujours debout.

Devant sa maison qui fumait encore, Samuel aurait aimé brailler sa vie des sept dernières années, mais ce n’est pas arrivé. C’est à ce moment-là qu’il s’est plutôt demandé si cette demeure était faite pour lui, avant de se relever comme la première fois, à 23 ans.

«C’est un virage que tu n’as pas le choix de prendre», soutient-il avec la sagesse de ses 30 ans.

L’incendie émane vraisemblablement des torchons imbibés d’huile qu’il a jetés dans un baril, au rez-de-chaussée. Le contenant de plastique renfermait des résidus de construction, y compris des restes de planches.

«Je n’ai jamais pensé que des guenilles d’huile pouvaient s’enflammer toutes seules.»

Samuel ne reverra pas la couleur de l’argent investi chez lui puisque la foire aux malheurs se poursuit.

Non, sa maison n’était pas assurée... en raison de la présence de moisissures et parce que personne ne l’habitait durant les travaux de décontamination et de reconstruction.

À l’hiver dernier, le jeune homme a entrepris les démarches nécessaires auprès de son institution financière, mais la pandémie est venue retarder le processus et l’incendie a éclaté avant qu’une signature soit apposée sur le précieux document.

Une amie d’enfance a décidé de lui tendre la main. Manon Bélanger a mis sur pied une campagne de sociofinancement pour soutenir Samuel qui doit continuer de payer l’hypothèque même s’il n’a plus de maison.

Ma collègue Audrey Tremblay a fait connaître cette initiative qui touche droit au cœur le principal concerné.

«C’est une belle surprise!»

Sur le coup, Samuel Guimont n’a pas beaucoup dormi.

Il manque de mots pour exprimer sa reconnaissance envers cette amie et les gens qui se proposent de l’aider.

«C’est beaucoup d’amour qui est donné.»

Il n’est plus seul pour surmonter ses malheurs.