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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Originaire de Trois-Rivières, Marie-Ève Drolet habite au Nicaragua depuis quatre ans. Âgée de 36 ans, la consultante en stratégie numérique a décidé de changer de vie et elle s’en porte à merveille.
Originaire de Trois-Rivières, Marie-Ève Drolet habite au Nicaragua depuis quatre ans. Âgée de 36 ans, la consultante en stratégie numérique a décidé de changer de vie et elle s’en porte à merveille.

La fille qui surfe sa vie

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CHRONIQUE / La dernière fois que Marie-Ève Drolet a mis les pieds au Québec, c’était à Noël 2019. On oublie ça cette année. Ses parents ont déjà été avisés. Leur fille ne viendra pas les visiter pour la raison qu’on connaît.

La jeune femme de 36 ans avoue avoir paniqué au début de la pandémie, croyant être forcée de rentrer au Québec et être ainsi privée de son «Nica», le Nicaragua où elle réside depuis quatre ans.

Au printemps, le pays s’est vidé de ses touristes, mais Marie-Ève y est demeurée contre vents et marées. Ça inclut la propagation de la COVID-19 et le passage, en novembre, de l’ouragan Iota.

Dans la région de Rivas, la population parle davantage des ravages causés par l’ouragan que du coronavirus. Les statistiques sur les cas déclarés se font rares. Aux dernières nouvelles, le virus fait peu de victimes.

«La COVID ne fait pas partie de mon quotidien», raconte Marie-Ève qui a pris l’initiative de se confiner au printemps dernier, sans attendre les consignes qui n’existent pas vraiment ici, sauf dans les grandes villes où les commerces et restos demandent aux clients de s’y présenter avec un masque.

À Popoyo et dans les environs, l’heure est plutôt à la désolation liée à Iota.

«Moi, je m’en suis bien sortie, mais ce n’est pas le cas pour une tonne de familles dans le village qui n’avaient pas grand-chose et qui, maintenant, se retrouvent avec rien», a-t-elle écrit à ses amis avant de lancer une campagne de financement en ligne.

Au cours des derniers jours, Marie-Ève Drolet a commencé la distribution de biens essentiels achetés grâce aux dons reçus.

Parmi les photos qu’elle m’a fait parvenir, il y a celle où on la voit, entourée d’une petite famille qui n’hésite pas à lui partager sa plus grande richesse: l’authenticité que la nomade numérique est venue chercher au Nica, à Popoyo.

Son sourire dit tout.

Ce village est le sien.

C’est ici que Marie-Ève fêtera Noël, dans la famille de son amoureux, Nicaraguayen d’origine.

Au menu: porc cuit sur la broche et banane plantain frite.

«J’ai hâte!»

Marie-Ève Drolet avait grandement besoin de vacances lorsque deux copines lui ont offert de partir au Nicaragua, au printemps 2016. Un voyage de filles. Go! La jeune femme a acheté son billet d’avion sans chercher à savoir où elle allait atterrir pour la première fois. Il lui fallait changer d’air et de rythme, point final.

Une énergie nouvelle et une sensation de bien-être ont envahi la vacancière à la seconde où elle a déposé ses bagages dans le village de Las Salinas. La joggeuse a enfilé ses espadrilles.

«Ça ne pouvait pas attendre! J’avais besoin de courir, seule, avec cette émotion-là.»

Pendant deux heures, elle a laissé ses traces dans le sable de la plage de Popoyo.

Quatre ans plus tard, Marie-Ève y est toujours, en train de surfer sa vie. Sur Internet et dans les vagues. C’est chez elle ici, au «Nica».

Le teint légèrement bronzé, la mèche dorée et le sourire chaleureux, Marie-Ève Drolet apparaît dans mon écran, ravie de raconter son histoire.

«Et de me connecter avec le monde de Trois-Rivières!»

Marie-Ève Drolet a joint ses efforts à ceux de sa communauté d’adoption durement frappée par le récent passage de l’ouragan Iota.

Bachelière en psychologie, elle se présente comme une passionnée du Web qui a décroché l’emploi de ses rêves après avoir complété une maîtrise en communication.

Son sujet de recherche portait sur les jeunes adultes, la santé et l’utilisation d’Internet, très souvent leur première source d’information pour trouver des réponses à leurs questions.

Pour mener à bien son projet d’études, Marie-Ève était très active sur les réseaux sociaux.

L’organisme Québec en forme lui a proposé de se joindre à son équipe. Marie-Ève a été conseillère en stratégies web pendant cinq ans, jusqu’au moment de tout quitter pour le Nicaragua.

La Trifluvienne est littéralement tombée en amour avec le pays, ses habitants et le «feeling», décrit-elle, qui l’a enveloppée en ouvrant la porte du taxi, après trois heures de route cahoteuse jusqu’à Popoyo.

«C’est comme si j’étais chez moi! Je me sentais vraiment bien. Je pouvais être moi-même. Je ne ressentais plus la pression que je me mettais au Québec.»

Marie-Ève a essayé de se convaincre que ce sentiment allait disparaître, mais de retour au Québec et à sa routine, elle a tôt fait de réaliser que sa tête et son coeur étaient plus que jamais au Nicaragua.

La jeune femme a passé plusieurs soirées à réfléchir et à calculer. Toujours cette même question à l’esprit: «Qu’est-ce que je pourrais faire pour vivre au Nica?»

En décembre 2016, Marie-Ève a pris la direction du Nicaragua. Elle devait y séjourner un mois, mais avant de quitter le Québec, la trentenaire a vidé son appartement et a confié ses plantes à une amie.

Son intuition lui disait que ce deuxième voyage en Amérique centrale allait s’étirer.

De fait, une semaine après s’être installée au Cafe con Leche, un gîte touristique tenu par Marc et Manuel Bonds, deux frères originaires de la Mauricie, Marie-Ève a pris la décision de rester.

La Trifluvienne y a fait du volontariat pendant un an tout en travaillant à mettre le petit hôtel sur la mappe Google.

Son entreprise «Drolette» est née.

Pendant une autre année, la nomade numérique a dormi et mangé dans les hôtels et restaurants qui faisaient appel à ses compétences pour créer leur site Internet et améliorer leur visibilité sur les différents moteurs de recherche.

Au début, c’était ça, son salaire, favoriser des échanges qui lui permettaient de vivre au rythme d’un village où il n’est pas rare de croiser une carriole ou une vache au beau milieu de la rue.

Autant Marie-Ève adore son travail axé sur la rapidité et l’efficacité des nouvelles technologies qui révolutionnent le monde, autant elle a besoin de cet environnement en bordure d’une forêt tropicale, où les heures semblent s’écouler au ralenti.

Comme entre deux vagues.

La «Playa Popoyo» est un endroit de prédilection pour les amateurs de surf.

Marie-Ève a déjà planifié des rendez-vous d’affaires en prenant soin de vérifier à quel moment de la journée les vents lui seraient favorables pour sortir sa planche.

C’est également en direct d’une petite «cabane» recouverte d’un toit en feuilles de palmier que cette enseignante à la formation continue au Cégep de Trois-Rivières a déjà donné ses cours sur la rédaction web.

Quand le wi-fi va, tout va.

En 2020, la compagnie Drolette roule sa bosse au Québec, via le Nicaragua, plus précisément de l’appartement de Marie-Ève.

La magie d’Internet permet à l’entrepreneure de prendre son café à distance avec des clients qui sont à même de constater que sa vue sur l’océan, ce n’est pas juste son fond d’écran.