Julien Ferron et Jacqueline Arvisais ne se laissent pas ralentir par leur âge. À 83 et 89 ans, ils ont décidé de se lancer dans la construction d’une maison.

Jamais trop vieux pour construire sa maison

CHRONIQUE / Julien Ferron, 83 ans, et Jacqueline Arvisais, 89 ans, viennent d’emménager dans un bungalow flambant neuf. Le couple ne l’a pas acheté clé en main. Oh que non. Les deux octogénaires l’ont fait construire en prenant soin de choisir le terrain, d’étudier les plans et de suivre de près chacune des étapes, de la première à la dernière.

À leur âge, plusieurs ont opté depuis longtemps déjà pour la vie en condo ou dans une résidence pour aînés. Terminées les longues heures à faire le ménage, à déneiger la galerie, à tondre la pelouse et à effectuer toutes autres besognes du genre.

On se serait donc attendu à ce qu’ils vendent leur maison des quelque 35 dernières années pour aller vivre dans plus petit et dans moins d’entretien.

Julien et Jacqueline ne voient pas les choses de la même façon. Leur nouvelle maison est une reproduction quasi identique de leur ancienne demeure, voire un peu plus grande.

«Je n’ai pas pensé aux conséquences, mais ce n’est pas si pire que ça. Quand on passe la vadrouille, qu’est-ce que c’est, au fond, trois pieds de plus?»

Pas grand-chose en y pensant bien.

«Et maintenant, on a une balayeuse centrale. On n’avait pas ça avant!»

Julien se félicite du progrès réalisé, mais garde cependant en réserve sa bonne vieille Electrolux sur roulettes. Ce cadeau de mariage leur a toujours été fidèle comme la mélodie de Westminster qui retentit chaque heure.

L’horloge murale fait discrètement son tic-tac dans la cuisine où Jacqueline retrouve naturellement ses repères. Tout a été pensé et aménagé afin que la dame de presque 90 ans ne soit pas trop dépaysée.

Julien est un vrai gentleman, toujours aux petits soins pour son épouse qui n’a pas à chercher dans quel tiroir a été rangé tel ustensile. Le comptoir et les armoires sont à la même place qu’avant.

«Copier le plan de la maison que nous avions à Montréal nous a enlevé de grands soucis.»

Excellente idée en effet. Pourquoi changer pour changer quand tout va bien comme ça?

Julien Ferron est originaire de Notre-Dame-de-Montauban alors que Jacqueline Arvisais est native de Shawinigan. Ils sont restés célibataires jusqu’au jour où la vendeuse dans une bijouterie a été présentée au commis de bureau qui travaillait pour la Ville de Montréal. Les deux amoureux étaient âgés dans la quarantaine au moment de se dire oui je le veux.

Mariés depuis 40 ans, Julien Ferron et Jacqueline Arvisais ont une maison à leur image, accueillante et chaleureuse.

«Nous nous sommes mariés dans l’après-midi de la vie.»

Un romantique, ce cher Monsieur Julien, un homme qui garde la forme en marchant tous les jours. Il s’en fait une fierté comme de faire briller les planchers de sa maison. D’autres préfèrent le golf, lui, il voit les tâches ménagères comme une façon de faire de l’exercice. Chacun ses goûts.

«On vit plus longtemps en restant actif. Physiquement et mentalement. Mon docteur m’a déjà félicité pour ma bonne santé!»

Oui, mais quand même, de là à se lancer dans un projet de construction neuve... Les décisions sont nombreuses, on n’est jamais à l’abri d’imprévus et, inévitablement, du stress. Ça use non? Non.

Julien et Jacqueline savaient tout cela avant de mettre une pancarte «À vendre» devant leur maison de Pointe-aux-Trembles où ils ont pratiquement toujours vécu. Le couple a décidé de la reconstruire à Shawinigan pour justement amenuiser les tracas. La suite leur donne raison. Ils sont resplendissants.

Ni trop grande ni trop petite, leur maison a pris forme sous l’oeil attentif du beau-frère qui s’est pointé quotidiennement sur le chantier afin de livrer à Julien un compte-rendu détaillé de l’évolution des travaux.

«Tous les soirs, on se téléphonait. J’ai eu beaucoup d’aide!»

L’homme et son épouse ont décidé de revenir dans la région pour se rapprocher de la parenté, mais également pour s’éloigner du rythme effréné de Montréal qui ne leur convenait plus. Les bouchons de circulation, les travaux routiers, les problèmes de stationnement...

«C’est terrible!», confirment les deux octogénaires qui ne regrettent pas leur décision d’avoir quitté la métropole pour la quiétude des grands espaces qui entourent leur nouvelle résidence. «On pense vivre plus longtemps en ayant une vie plus calme.»

C’est bien parti. De se savoir aujourd’hui à quelques minutes seulement de l’épicerie ou du bureau de médecin leur enlève un poids sur les épaules.

Installés depuis quelques semaines seulement, Julien et Jacqueline se sentent déjà chez eux, comme s’ils avaient toujours habité ici. Le mobilier, le même depuis quarante ans, a repris sa place dans le salon où le neuf et le vintage se côtoient joliment. À l’instar de l’horloge au mur, le fauteuil tient le temps. Ses accoudoirs en bois ne portent aucune égratignure. Si Julien est le pro de l’aspirateur, Jacqueline est clairement la reine de l’époussetage.

Plusieurs membres de la parenté, dont des neveux et nièces, ont accompagné le couple âgé dans les différentes démarches entourant la vente de leur ancienne maison et le déménagement dans la nouvelle. Il fallait vider l’une et remplir l’autre. Quarante ans de vie commune, ça en fait des boîtes à transporter.

Cet oncle et cette tante sont heureux de dire qu’ils ont une famille unie, pour qui l’entraide va de soi. L’entourage tire de belles leçons aussi aux côtés du couple qui s’est embarqué dans cette aventure pas ordinaire avec un enthousiasme qui les honore.

Julien et Jacqueline sont catégoriques, il n’y a pas d’âge pour se lancer dans un projet aussi emballant que la construction d’une maison.

Comme être en amour, ça garde jeune.