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Isabelle Légaré
Le Nouvelliste
Isabelle Légaré
Depuis près de 50 ans, Gaston Meunier fabrique des guitares qui portent son nom.
Depuis près de 50 ans, Gaston Meunier fabrique des guitares qui portent son nom.

Fabricant de guitares à 80 ans

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CHRONIQUE / Gaston Meunier avait tout en main pour se bricoler une première guitare. Une boîte de carton et de la ficelle de boucher, pareille à celle utilisée pour attacher un rôti. Il avait 5 ans.

Évidemment, aucun son n’est sorti de son bricolage, le petit garçon s’en doutait un peu. Le plaisir qu’il a eu à faire semblant de jouer des accords était cependant bien réel. Comme de la musique à ses oreilles.

Ses parents ont vu l’artiste en lui. Ils ont acheté sa première guitare d’un voisin, un instrument payé 2,50 $ qui était pratiquement aussi gros que l’enfant qui s’est mis à voir grand.

Gaston Meunier aura 80 ans le 30 avril.

Des guitares, il en fabrique toujours, des vraies qui portent sa signature, des œuvres uniques que des musiciens, amateurs comme professionnels, se font une fierté de faire sonner.

Son atelier est situé au sous-sol de sa maison, à Saint-Alexis-des-Monts. Ça sent bon, ça sent le bois, l’acajou et le noyer. Plus cher, mais raffiné.

L’artisan aime se retrouver ici, entouré de ses outils, avec la radio en sourdine.

«C’est petit, mais tout est facilement accessible», souligne le quasi-octogénaire qui fait plus jeune que son âge, surtout en le voyant sortir un téléphone intelligent de sa poche pour montrer l’une ou l’autre de ses créations qui a trouvé preneur au Québec, ailleurs au Canada, de même qu’en France et aux États-Unis.

«Je ne me sers pas du cellulaire pour téléphoner, mais pour prendre des photos.»

Comme celle de cette guitare qu’un client lui a confiée l’année dernière.

Achetée il y a près de 45 ans, cette «Gaston Meunier» avait besoin de légers ajustements.

À son plus grand bonheur, l’artisan a renoué avec l’instrument. Comme la première fois, il lui a apporté un soin minutieux.

Le client est retourné chez lui satisfait, avec une guitare qui joue comme une neuve.

L’ancien mécanicien automobile a lui-même été musicien. Une affiche en fait foi à l’entrée de son atelier.

Sur la photo en noir et blanc, le jeune Gaston est habillé chic et se tient bien droit parmi les membres des «Golden Darts», un groupe formé au début des années 60.

«On jouait du rock and roll!», dit-il avec entrain. Lui et ses partenaires de scène interprétaient les succès des Chuck Berry, Elvis Presley, Bill Haley...

Ils se présentaient dans des clubs et hôtels de Montréal. C’était le bon temps, l’époque «Rock Around The Clock».

«Les salles étaient toujours pleines!», se souvient Gaston Meunier qui faisait danser les spectateurs avec sa guitare électrique.

Le jeune homme s’était procuré la crème de la crème, une «Gibson Les Paul» payée 900 $ en 1958, amplificateur compris.

Gaston ne l’a plus et s’en désole.

On ne partira pas un débat sur laquelle est la meilleure, mais pour la petite histoire, le guitariste des Golden Darts s’est laissé tenter par une «Fender» qui, à son goût à lui, n’a jamais sonné comme sa Gibson qui vaudrait une petite fortune aujourd’hui.

«Un jour, je ferai mes propres guitares», s’est souvent répété le petit garçon de 5 ans en lui.

Il avait la jeune trentaine au moment de se lancer un tel défi. Il a opté pour la guitare acoustique.

«C’est plus délicat à faire. Le son provient de l’intérieur de la caisse», rappelle Gaston Meunier en grattant doucement les cordes d’une guitare sous la main.

Gagner sa vie comme mécanicien automobile, c’est une chose, mais devenir luthier, c’en est une autre.

Originaire d’Atholville, au Nouveau-Brunswick, Gaston Meunier avait déjà suivi un cours de menuiserie et d’ébénisterie.

«Ça ne me faisait pas peur d’essayer de fabriquer une guitare.»

Il a bien fait de se faire confiance, d’autant plus que d’anciens luthiers ont eu la générosité de lui transmettre quelques trucs du métier.

«Chacun a ses petits secrets. On ne dit pas tout!», laisse-t-il entendre en riant.

La première guitare faite par Gaston Meunier était «pas pire», selon le principal intéressé. La deuxième lui a permis d’apporter les corrections, la troisième aussi et ainsi de suite, jusqu’à ce que l’artisan soit content du résultat, au point d’en fabriquer pour les autres.

Le mot s’est passé. Les guitares Meunier se sont fait graduellement un nom. Il n’y en a pas deux pareilles. Toutes des œuvres uniques. Gaston Meunier est un artiste trop peu connu.

«Je ne suis pas très bon pour me vendre», sourit celui qui a néanmoins une page Facebook pour présenter ses créations.

Depuis que le mécanicien automobile a pris sa retraite, le luthier travaille à temps plein.

Sur un mur de l’atelier sont accrochés quelques-uns des instruments que l’artisan a fabriqués de A à Z. Il n’a pas d’employé.

Gaston Meunier consacre environ 140 heures à fabriquer une seule guitare.

Le temps s’arrête lorsqu’il est concentré sur son travail qui le rend heureux et fier.

«Je fais une guitare comme si je la fabriquais pour moi. Elle doit bien jouer tout en étant confortable.»

La pandémie a quelque peu ralenti la production, mais d’ordinaire, ses instruments ne restent pas silencieux longtemps. Des guitaristes s’amènent dans son atelier.

À presque 80 ans, le luthier n’a pas l’intention de s’arrêter. Le guitariste n’a pas gratté sa dernière corde.

«Ça me prend quelque chose pour me désennuyer.»

Et garder la forme jusqu’au bout des doigts.