L’écriture du livre Bilouca chez les castors aura permis à l’écrivaine Louise Lacoursière de renouer avec sa première amie d’enfance, Louise St-Onge.

Deux Louise et quatre mains

CHRONIQUE / Le bruit de la petite main cognant délicatement à la porte des Lacoursière était reconnaissable entre mille. Anita, la mère non voyante de huit enfants, devinait à tout coup de qui il s’agissait. C’était Louise, une fillette de 7 ou 8 ans qui aimait jouer à la corde à danser avec la benjamine de sa marmaille, une Louise aussi.

«Louise St-Onge a été ma première vraie amie d’enfance, celle avec qui j’ai appris ce que voulait dire le sens du partage.»

Un signet funéraire est collé dans le coin droit de l’écran d’ordinateur de Louise Lacoursière. Ce n’est pas voulu, mais l’angle de la photo à peine plus grande qu’un timbre est parfait. On jurerait que la dame au sourire bienveillant regarde l’écrivaine penchée au-dessus de son clavier, qu’elle l’entend même lui demander: «Enwoye Louise! On part. Lâche-moi pas!»

Avant de mourir, Louise St-Onge a réalisé son rêve d’écrire un livre pour les enfants.

Louise St-Onge est décédée il y a un peu plus d’un an, à l’âge de 69 ans, mais à travers la plume de Louise Lacoursière, son amour des tout-petits demeure bien vivant.

Voici la genèse d’un conte pour enfants, une chronique sous le signe de l’amitié qui traverse le temps.

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C’était il y a treize ans environ, quelques heures après le lancement du roman Les carnets de Cora, le troisième tome de La saga d’Anne Stillman McCormick.

«Louise, si jamais tu écris un livre pour enfants, j’aimerais l’illustrer.»

Cette proposition pour le moins inattendue était celle de Cassandra, la petite-fille alors âgée de 13 ans de Louise Lacoursière.

L’auteure bien connue aussi de La Saline n’a pas soufflé mot, mais dans sa tête, elle n’était pas sans se dire: «Ma pauvre Cassy. Je n’ai jamais pensé écrire pour les enfants. J’ai tellement de projets de livre pour adultes.»

Sauf que trois ans plus tard, l’adolescente alors âgée de 16 ans est déménagée dans une autre province et sa grand-maman a été plusieurs mois sans la voir. «J’ai eu peur de la perdre...»

Pour maintenir le contact avec sa petite-fille adorée, Louise Lacoursière a communiqué avec celle-ci: «Si j’écris un livre pour enfants, es-tu toujours prête à l’illustrer?»

Un «Ben oui!» sincère a retenti au bout du fil. Ravie, la grand-maman s’est mise au travail. Un manuscrit entre les mains, elle s’est tournée vers sa sœur Madeleine, sa première lectrice, qui y est allée de cette suggestion: «Tu devrais appeler Louise St-Onge.»

Les deux amies s’étaient complètement perdues de vue au passage de l’adolescence, une quarantaine d’années plus tôt. L’écrivaine savait cependant que cette ancienne voisine de Shawinigan avait été enseignante à la maternelle et chargée de cours en pédagogie à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

À bien y penser, Louise Saint-Onge était effectivement la personne toute désignée pour porter un jugement éclairé sur son incursion dans le monde de la petite enfance.

«Lis ça. Je te donne carte blanche», lui a d’ailleurs écrit Louise Lacoursière dans un courriel.

Elles se sont rencontrées peu de temps après. Il s’était écoulé des décennies depuis la dernière fois, mais leur complicité était intacte. Et parce que la confiance était également au rendez-vous, Louise St-Onge s’est permis cette confidence comme à l’époque où ces copines se disaient tout: «Tu es en train de réaliser mon rêve de vie: écrire un livre pour enfants!»

La réaction de Louise Lacoursière a été spontanée. «Tu vas m’aider et je vais te mettre coauteure. Tu écriras ensuite le deuxième livre, je vais t’aider et tu me mettras coauteure.»

Aussi simple que ça.

Enthousiasmé par cette aventure littéraire à quatre mains, le duo a élaboré un plan pour... quatorze albums! À travers moult rebondissements, les jeunes lecteurs seraient sensibilisés à différentes valeurs, la bonté en tête de liste. Mais pas question de leur faire la morale! Les récits allaient être festifs, colorés et magiques.

Le personnage de Bilouca a pris forme, «Bi» pour deux, «lou» pour Louise et «ca» pour Cassandra, celle qui, la première, lui a donné vie.

La petite-fille de Louise Lacoursière a gentiment accepté que les dessins soient finalement confiés à une illustratrice professionnelle, mais sa grand-mère tenait à ce que son empreinte reste. Sans Cassy, l’écrivaine n’aurait probablement jamais relevé un tel défi et elle serait passée à côté du bonheur de renouer avec sa première amie d’enfance.

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Louise St-Onge est décédée le 31 janvier 2017, quelques semaines après la signature du contrat avec la maison d’éditions Le Point Bleu.

Confrontée à une récidive du cancer, l’ancienne institutrice savait son temps compté, mais en aucun moment, l’amie de Louise Lacoursière n’a cessé de caresser ce rêve qu’elle touchait enfin du bout des doigts.

Bilouca chez les castors, une aventure de Cassandra et Mathis est né avant le grand départ de Louise St-Onge. Plus tôt cette semaine, c’était le lancement de ce premier album dans une école primaire, en présence de garçons et fillettes de la maternelle, ceux que l’enseignante appelait affectueusement ses enfants.

Louise Lacoursière me tend un cartable rouge débordant de feuilles remplies de mots et de dessins dont celui du sympathique Bilouca, celui imaginé par Cassandra.

L’écrivaine a déjà commencé à s’inspirer de cet héritage pour composer les prochaines histoires de la collection. Ce sont les notes écrites à la main par celle qui, avant de mourir, lui a fait cette promesse: «Crains-pas, je vais t’aider.»