Malgré la dyslexie, Béatrice Marcotte arrive à obtenir des résultats académiques exceptionnels. L’étudiante en soins infirmiers au Collège Shawinigan vient de recevoir la médaille du lieutenant-gouverneur.

Béatrice et le sens des mots

Béatrice Marcotte mélange peut-être le «b» avec le «d», mais s’il y a un mot dans lequel elle ne risque pas de s’enfarger, c’est bien le verbe «bûcher».

Abattre du travail avec énergie et sans répit, c’est ce que la jeune femme de 18 ans fait depuis sa toute première année du primaire. Elle ne l’a jamais eu facile et il lui faudra toujours retrousser ses manches pour éviter les pièges de la lecture et de l’écriture. Or, à force de trébucher sur des lettres, des mots et des sons, c’est au tour de l’étudiante en soins infirmiers de faire un croc-en-jambe à la dyslexie.

La revanche est douce pour l’étudiante du Collège Shawinigan qui vient de se voir décerner la médaille du lieutenant-gouverneur.

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Béatrice Marcotte étudie pour devenir infirmière. S’enchaînent ici des cours de biologie, de pharmacologie, en santé mentale, sur les pathologies, etc. Une infirmière doit être capable d’intervenir auprès des enfants, des adultes et des personnes âgées, de façon préventive comme en situation d’urgence. Aux connaissances s’ajoute le jugement clinique. Bref, le programme est exigeant.

Assise en avant de la classe pour ne rien manquer des explications du prof, Béatrice prend des notes qu’elle relira jusqu’à les savoir par coeur, ou presque.

La dyslexie est un trouble dit spécifique de la lecture qui s’accompagne souvent d’un dysfonctionnement au niveau de l’écriture, la dysorthographie. L’origine est cognitive. La difficulté est permanente et n’a rien à voir avec les aptitudes intellectuelles de celui ou celle qui compose avec ce diagnostic.

Le cerveau de Béatrice lui joue des tours lorsqu’il lui faut décoder un texte. L’exercice n’est pas aussi fluide que pour vous et moi. Elle doit considérablement ralentir le rythme afin d’éviter les obstacles qui se présentent sur son chemin. Des lettres s’inversent, se cachent, s’ajoutent ou disparaissent.

La plupart du temps, Béatrice doit s’y reprendre à deux ou trois reprises pour s’assurer qu’elle n’a pas oublié une syllabe ou transformé un son. La jeune femme connaît très bien la nuance entre poison et poisson, mais si elle ne se méfie pas, elle peut confondre leur orthographe et/ou prononciation.

L’autre jour, Madame «Georgette» est devenue Madame «Gorgette» même si Béatrice sait pertinemment que le «e» sert à adoucir le «g». Son cerveau, lui, s’amuse à tourner les coins ronds et elle doit redoubler d’ardeur pour corriger le tir.

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Originaire de Deschambault-Grondines, près de Québec, Béatrice Marcotte était accompagnée de plusieurs membres de sa famille lors de la cérémonie de remise présidée par le lieutenant-gouverneur du Québec, J. Michel Doyon.

Deux femmes étaient particulièrement émues de la voir monter sur la scène. Sa mère, Isabelle Petit, et sa grand-mère, Rose-Alma Cauchon. Un côté de la médaille brille aussi pour elles.

Bien avant que le diagnostic de dyslexie soit confirmé, maman et grand-maman ont compris que le cheminement scolaire de la petite Béatrice lui demanderait un effort beaucoup plus élevé que la moyenne. Dès lors, elles lui ont appris à apprendre. À son rythme et à sa façon avec le résultat dont elles peuvent se réjouir aujourd’hui.

«Ma mère est calée en mathématiques. C’est sa force. Ma grand-mère, elle, a déjà enseigné dans une école de rang. C’est une passionnée.»

Soir après soir, après l’école et jusqu’à la fin du secondaire, la bonne dame s’est dévouée pour sa petite-fille qui habitait à deux pas de la maison, dans le comté de Portneuf.

«Elle me réexpliquait tout ce que j’avais vu en classe durant la journée», louange Béatrice qui a hérité des trucs de sa grand-mère pour étudier l’histoire et la géographie, deux domaines où la lecture est incontournable et laborieuse pour un élève dyslexique.

«Je devais tout relire deux fois et même plus pour être certaine d’avoir bien compris», explique Béatrice qui n’a pas lésiné sur les tableaux, les fiches de couleurs et autres aide-mémoire pour l’aider à réussir. Aujourd’hui encore, la cégépienne utilise d’innombrables outils de révision pour avoir le dernier mot.

Les miroirs de sa chambre et de la salle de bain de son appartement sont recouverts de petites feuilles de papier autoadhésives sur lesquelles sont notamment inscrits des noms de médicaments. Plus facile à mémoriser. Juste avant de s’endormir, Béatrice jette un coup d’oeil à ses manuels et refait le même exercice dès le réveil. Ça marche.

«Mes notes sont toujours en haut de la moyenne!», se félicite Béatrice qui bénéficie de mesures de soutien pour favoriser sa réussite telles que du temps supplémentaire pour compléter ses examens et l’utilisation d’un logiciel d’assistance à la lecture et à l’écriture.

Béatrice Marcotte regarde sa médaille qui reluit comme ses yeux. «Je commence à réaliser tout ce que j’ai fait et ça me rend très fière.»

Pas étonnant que le Collège Shawinigan ait soumis sa candidature pour l’obtention d’une médaille qui récompense son attitude, son rayonnement et l’atteinte de ses objectifs.

Après seulement une session, le personnel enseignant qui gravite autour de Béatrice a compris à quel genre d’étudiante il avait affaire. Une première de classe en matière de persévérance.

Et une bûcheuse avec un «b».